Bouchouareb, l’arbre qui cache la forêt

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Jusque-là les activités du gouvernement Tebboune semblent tourner autour du secteur géré par Abdeslam Bouchouareb. L’annonce faite par le premier ministre des 70 milliards de dinars débloqués pour investissements sans aucune trace avait fait l’effet d’un premier coup de tonnerre dans un régime où la règle veut qu’un gouvernement ne critique pas le précédent puisque tous appliquent « le programme du président de la République ». Un deuxième coup de semonce arrive avec le communiqué d’un conseil interministériel tenu, aujourd’hui, le 12 juillet et qui a regroupé autour du Premier ministre, les ministres de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Bedoui, des Finances, Abderrahmane Raouya, et de l’Industrie et des Mines, Mahdjoub Bedda, qui décide de l’installation d’une commission pour rendre compte de l’état du foncier industriel.

Quand on a vu les réactions qu’a suscitées « ce détournement de 70 milliards de dollars », on peut s’attendre à un autre échange médiatique sur la question explosive du foncier. D’autant que le communiqué de ce mini-conseil donne de nombreux chiffres sur le nombre et la superficie des parcelles attribuées et non exploitées.

On sait quel sort est, généralement, réservé aux commissions en Algérie, mais il y a lieu de s’interroger sur l’identité des centres d’arbitrages dans la politique gouvernementale du pays. De nombreux dossiers semblent être gérés en marge des normes et règlements en vigueur. Il est de notoriété publique que sur la question du foncier, l’Agence nationale de l’intermédiation et de régulation du foncier (Aniref) n’est qu’un appendice des ministres de l’industrie successifs.

En effet, le détournement de nombreuses assiettes foncières de la ville de Sidi Abdellah au profit des projets AADL s’est fait sur intervention et pressions de l’actuel premier ministre. Le résultat est l’annulation de projets de construction de nombreuses infrastructures pour, en définitive faire de la nouvelle agglomération une cité dortoir comme tant d’autres.

Pour le reste, les accointances d’Abdselam Bouchouareb avec divers milieux financiers, notamment français, ne constituent pas des révélations pour les observateurs de la scène nationale. Son lobbying au grand jour pour « donner » le marché de la première tranche du plan des énergies renouvelables, 4 milliards de dollars, aux entreprises françaises est du domaine public. Le bras de fer qu’il a entrepris pour rapatrier l’ensemble du programme des énergies renouvelables du ministère de le l’énergie (Sonatrach-Sonelgaz), alors piloté par Nordine Boutarfa, a abouti à l’élimination des deux protagonistes et au gel du lancement de ce programme pourtant prévu pour janvier 2017.

Dans le nouveau gouvernement Tebboune, le secteur des énergies non conventionnelles échappe à la tutelle des deux ministères puisqu’il est rattaché au ministère de l’environnement. Un expert dans ce domaine, au fait des luttes de sérail, estime que les décideurs n’ont pas encore tranché sur la question de savoir quel partenaire étranger associer à cette manne financière par le biais de la création de sociétés mixtes pour capter les marchés. La nouvelle ministre, Fatma Zohra Zerouati confirme « ce gel » en déclarant, le 07 juillet, lors d’une réunion avec les cadres de son ministère qu’ « il n’ y a aucun retard dans le lancement du programme des ENR, on attend le rapport d’une commission d’experts pour lancer les appels d’offre ». Cela pour la façade. Sur le fond,on sait que sur la question des réfugiés, Ouyahia a pris le contre pied de la déclaration du premier ministre. Aujourd’hui, il prend sous son aile un Bouchouareb qui l’avait pourtant défié dans un passé pas si lointain. Présentement, le sort de Bouachouareb apparait plus comme l’un des signes des tensions qui minent le sérail qu’une expression d’une nouvelle volonté d’assainir une gestion du foncier agricole et industriel effectivement calamiteuse.

Rabah Said

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