COMMENT LIRE LES REPONSES DE HADDAD ?

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

Avec plusieurs jours de retard, certes, Haddad a répondu aux sommations des mises en demeure concernant plusieurs des chantiers où est engagé son groupe.

Accusé de retards et de surcoûts ( mais, curieusement, pas de malfaçons alors qu’il en a eu, notamment sur le tronçon autoroute est-ouest reliant Blida à Chlef ou celui allant de Aomar à Lakhdaria dansla wilaya de Bouira ), Haddad contre attaque et cible des dysfonctionnements impliquant l’Etat et ses démembrements ou des contraintes liées aux expropriations de privés dont l’exécution relève de l’autorité publique .

Dans un document d’une dizaine de feuillets, il cite à titre d’exemple l’évitement de Boumerdes, la réalisation de la ligne de chemin de fer Relizane- Tiaret, la connexion de Bouinane à l’autoroute est-ouest…

Les arguments de l’homme d’affaire sont factuellement inattaquables. Mais le problème de l’empire Haddad est-il bien celui là ?

Les tentations interdites de Haddad

On relèvera d’abord que le magnat du goudron avait promis de répliquer sur  le champ «  point par point à ces mises en demeure ». Pourquoi avoir attendu plus de deux semaines avant de rendre public un document que ses services de comptabilité pouvaient écrire en quelques jours voire quelques heures ? La réponse est à rechercher dans les méandres des arcanes d’un pouvoir par essence opaque. Sonné au départ, Haddad n’a pas vu venir le coup. En tout cas pas dans ces termes ni avec cette violence. Il lui a fallu prendre le temps d’identifier l’origine politique de la vague avant d’organiser la réaction. La lecture est complexe et les motivations de ceux qui ont « sensibilisé » Bouteflika sur le danger Haddad sont diverses et même, pour certaines d’entre elles,  antagoniques.

Entre les accusations d’accompagner les prétentions de Sellal à la succession, les soupçons le donnant comme le tremplin financier et logistique d’Ouyahia, les maladresses protocolaires d’un parvenu qui s’estime en droit et mesure de dicter ses lubies au gouvernement et le financement des marches du Mak ( le 20 avril 2016, on a vu Mohand Haddad, frère du président du FCE, s’afficher fièrement parmi les marcheurs et exhiber l’emblème du parti de Ferhat Mehenni ), il y a à boire et à manger.

Si le compagnonnage de Sellal peut s’expliquer par la défense  et la préservation future d’intérêts communs accumulés par des années de complicité, on a du mal à se convaincre que le financement des activités du Mak ne soit pas béni par quelques officines des services de renseignement ; ce qui ne veut pas dire que l’initiative n’a pas irrité d’autres centres de décision. Les incidents provoqués par l’empressement à se voir en haut de l’affiche ou la proximité avec Ouyahia pouvaient être réglés d’un coup de sifflet.

Le tabou des vrais enjeux

Les constatations de mauvaises exécutions d’aujourd’hui ne sont ni nouvelles ni inconnues. La croissance précipitée et protéiforme du groupe ne pouvait pas se faire à une telle échelle sans sortir des clous au plan juridique avec de grands dommages techniques et économiques.

La vraie question que soulève l’ascension Haddad renvoie à l’accès massif et injustifié au trésor public. Les premières investigations estiment au bas mot ces prélèvements à sept milliards de dollars ! L’autre aspect interroge la question des transferts colossaux de devises vers l’Europe et le Golfe. Mais ce dossier, ni Kouninef ni Mazouz, pour ne citer que les plus sulfureux des protégés du cercle présidentiel, ne peuvent se permettre de le voir étalé sur la place publique.

Alors les hommes de l’ombre s’activent, directement ou par le biais de relations privilégiées. A commencer par l’inoxydable Ouyahia qui tente de convaincre le chef de l’Etat de la possibilité de dissolution du pacte qui lierait  Haddad et Sellal. Il est vrai que le repêchage de l’homme d’affaire serait également une bonne prise de guerre pour son avenir personnel. Mais cet aspect n’a pas échappé aux courtisans du camp adverse qui surveillent les ambitions du postulant permanent du système comme le lait sur le feu.

Autre intervenant de poids : Said Bouteflika. Longtemps familier et même confident de Haddad, ce dernier n’a pas vu avec grand plaisir la disqualification de son ami.

Il a donc fallu attendre le retour de ces sondes et d’autres, testant les cercles militaires, pour lancer la réplique.

Tout cela peut donner une bouffée d’oxygène à l’homme d’affaire mais pas de retour en grâce définitif. Quand Bouteflika s’estime à tort ou à raison floué, il pardonne rarement. Le commandant Azzedine en sait quelque chose. Et Haddad ne fera pas exception.

Tebboune risque d’être, au final, le dindon de la farce. Propulsé dans une opération main propre qui ne convainc pas grand monde parceque, précisément, ne touchant qu’un segment de la nomenklatura, il s’expose à un double risque. Etre décrédibilisé par un nettoyage à la carte qui interdit de généraliser les investigations à des prédateurs dont les méfaits n’ont rien à envier à ceux de Haddad et faire les frais d’un rétropédalage présidentiel qui n’aurait plus avantage à la noyade complète d’un Haddad, définitivement débranché de Toufik et de Sellal. Même quand il est imputé à des KDS ( Kabyles de service) le complot berbère reste une constante du fantasme politique en Algérie. Nous y reviendrons.

 

Akli Remache

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

%d blogueurs aiment cette page :