MIGRANTS SUBSAHARIENS : boucs émissaires de la guerre des clans

Assourdissant tintamarre.

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Le samedi 8 juillet, et sans qu’aucun événement particulier ne le justifie, Ahmed Ouyahia, secrétaire général du RND et ministre conseiller auprès de la présidence, provoque l’émoi, dans et en dehors du pays, en déclarant que les migrants sont « sources de crimes, de drogues et de plusieurs autres fléaux. »

Pourtant, le vendredi précédent, le premier ministre Abdelmadjid Tebboun, avait assuré devant les députés que « la présence de nos frères africains sera réglementée…, ajoutant qu’une carte sera attribuée à tout déplacé dont la présence en Algérie a été approuvée et lui donnera accès au travail…» Le premier ministre enfonce le clou et dénonce « des parties qui veulent ternir l’image de l’Algérie en lui collant l’étiquette de pays raciste. »

Le 10 juillet, le porte parole du FLN, Moussa Benhamadi, opposant déclaré à la gestion à l’emporte pièce de son secrétaire général, Djamal Ould Abbas, monte au créneau. Tout en convenant de la nécessité de réglementer la présence de ces populations, il rappelle que « nous sommes tenus d’adopter un langage plus approprié envers nos frères africains qui ont fui la guerre pour se réfugier en terre algérienne ».

Aussitôt, Abdelkader Messahel, le ministre des affaires étrangères, réplique et vole au secours d’Ouyahia. Dans un propos peu coutumier des usages diplomatiques, il propose des « mesures urgentes » car les migrants sont à l’origine de « réseaux organisés » qui constituent « une menace pour la sécurité nationale ».

Le 11 juin, Moussa Benhamdi annonce au site électronique Tsa qu’il a demandé à être déchargé de sa mission de porte-parole du Fln. Son secrétaire général, Ould Abbas qui ne répond pas à sa demande publie, quelques heures plus tard, un communiqué où il déclare avoir mis fin aux fonctions de Moussa Benhamadi, remplacé par Sadek Bouguettaya. Ce dernier s’est rendu célèbre par son langage particulièrement fleuri.

Que dire de cet imbroglio politico-diplomatique ?

Un ancien ambassadeur explique que ces contradictions apparentes sont une signature de la méthode Bouteflika : satisfaire les instincts xénophobes de la rue agacée par la prolifération de campements de fortune qui se multiplient partout dans le pays tout en faisant émettre des messages de compassion en direction de l’étranger par d’autres membres du régime. D’autres acteurs, comme ce membre contestataire du comité central du Fln, assurent que la cacophonie est tout simplement le signe de l’absence de cap, chacun jouant sa carte selon ses intérêts conjoncturels. D’où ce grand écart.

Le premier ministre et le désormais ex porte-parole du Fln tentent de réduire les fractures claniques et d’apaiser les tensions sociales dans une conjoncture de sévères contraintes budgétaires par des approches qui se veulent raisonnables. Ce qui passe, pour le premier, par une tentative de construction d’un dialogue avec l’opposition et, pour le second, par une remise en ordre de la maison Fln.
Par contre, pour le trio improbable, composé de Messahel , Ouyahia et Ould Abbas, personnages rompus aux tactiques individualistes mais soudés par une soumission zélée et sans faille aux courtisans présidentiels, la stratégie est différente. Il faut donner en pâture les migrants pour faire diversion et espérer gagner du temps dans une période sans visibilité politique.

Akli Rahmoune

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