Pénurie d’eau : Retour sur un été de soif et de flammes

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L’impératif de la gestion de la demande.

Le décalage entre le calvaire des pénuries récurrentes d’eau dans le pays profond subi par les populations avec les discours officiels qui s’appuient sur une alimentation acceptable de certaines grandes villes et agglomérations pour décréter que les pouvoirs publics sont venus à bout du manque d’eau potable est flagrant. Cette approche de la gouvernance qui s’apparente à la méthode Coué masque le vrai problème à savoir que notre pays est situé dans une région de stress hydrique et que la gestion durable de la ressource passe impérativement par la maîtrise de la demande.

Car pendant que les autorités alignent des chiffres comme des trophées de guerre que seuls les initiés peuvent apprécier (en termes d’effort), les pages de la presse quotidienne, pour ce qu’elle peut rapporter, sont garnies par le spectacles des enfants qui transportent des jerrycans d’eau, l’envolée des prix des citernes livrées par les camions et les protestations voire des affrontements entre quartiers ou villages que la gestion de la rareté de la ressource oppose.

Pratiquement aucune localité de l’intérieur du pays n’est épargnée par les pénuries d’eau, avec des situations dramatiques vécues par de nombreuses communes des  wilayates telles que Béchar, Tarf, Tizi-Ouzou, Annaba, Bouira ou Oran… Pourtant, en terme de raccordement aux conduites d’eau potable,  l’Algérie est classée parmi les pays en développement qui ont fait des efforts pours porter  ce taux à plus de 95% (chiffres officiels).

De notre point de vue, on  ne viendra jamais (géographie) à bout de “la pénurie d’eau” en l’absence d’une politique de rénovation des réseaux de distribution pour juguler les fuites doublée par la maitrise indispensable de la demande.

Ériger l’eau en ressource stratégique

La politique de la gestion par l’offre adossée à des transferts sociaux à la fois inconsidérés et non ciblés ne peut produire d’autres comportements que le gaspillage là où la ressource est disponible.

Dans certaines villes où l’eau coule H24, le gaspillage est énorme mais ce n’est pas qu’un problème moral. Les pertes énormes dans les réseaux, leur vétusté dans certaines régions et l’absence de raccordements dans d’autres sont autant de raisons qui privent des populations entières de ce liquide vital. Mais les inégalités socio-spatiales ne peuvent être vaincues par de simples transferts de ressources, aussi gigantesques soient-ils, vers des régions moins pourvues.

Il convient d’ériger l’eau en ressource stratégique qui a un coût. L’accès à l’eau comme un droit fondamental du citoyen n’est pas synonyme d’une jouissance illimitée mais de mécanismes économiques qui concrétisent ce droit et assurent le renouvellement et la disponibilité par la facturation au niveau des prix de revient des autres sollicitations à des fins de confort ou de processus de fabrication de plus-values.

Prendre conscience de notre vulnérabilité implique des décisions.

Des pays du Moyen-Orient,  beaucoup moins pourvus en ressources hydriques arrivent, par une politique vigoureuse de la gestion de la demande à concilier la nécessité de pourvoir aux besoins incompressibles des populations et d’entretenir un afflux de touristes très regardant sur la disponibilité de l’eau.

Gérer la demande repose sur le fait que les quantités d’eau disponibles ne peuvent augmenter alors que la demande en eau ne peut que croître en raison de  la croissance démographique, de l’élévation du niveau de vie et de la nécessité de gagner des terres sur le désert (démographie, infrastructures, agriculture…). Il faut donc une politique qui régule la demande en fonction de l’offre.

Le péril imminent auquel doit faire face le pays est le stress hydrique. C’est simple, nous sommes  dans la liste des 30 premiers pays dans le monde qui auront à affronter de graves pénuries en eau d’ici 2040. C’est une donnée de la nature, aggravée par le réchauffement climatique que les décideurs politiques doivent mettre en avant pour amorcer une politique de gestion de la demande au lieu de laisser les gestionnaires du secteur, ministres et directeurs, collectionner des promesses sans lendemains.

Nihad Derrar

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