ALGER : capitale du bazar électoral

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Ameslay termine les évaluations des élections locales du 23 novembre par la description synthétique du déroulement de ce scrutin dans la capitale, Alger.

Au moment où des manifestations se déroulent un peu partout dans le pays pour contester des résultats scabreux, la capitale est retombée dans son quotidien fait de débrouilles et d’embrouilles où chacun tente de protéger son pouvoir d’achat avec des pratiques exécutées le plus souvent en marge de la légalité.

Les gardiens de parkings sauvages auto-proclamés reviennent aussitôt chassés, les épiciers augmentent les prix tout en essayant d’écouler auprès des plus misérables, à des prix moins agressifs, des marchandises périmées voire franchement suspectes…

Pourtant, il s’en est passé des choses dans Alger ce 23 novembre. Et la ville a mérité son titre de capitale tant elle a concentré toutes les magouilles patiemment testées et améliorées par 55 ans de fraude électorale.

A commencer par Alger centre où le DRS a prêté main forte au successeur de l’honorable Zitouni intronisé par le général Toufik avant d’être missionné sur le dossier du Polisario. Bettache, l’heureux « élu » des services, a bénéficié de toutes les « commodités » pour se voir offrir une majorité absolue. Les moyens humains et matériels de l’APC ont été mobilisés des semaines avant le début de la campagne et des dizaines de commerçants sont ouvertement rackettés pour contribuer à la distribution de couffins aux électeurs sous peine de se voir retirer leurs titres.

D’autres, dont les échoppes sont bien situées, sont obligés d’exposer l’affiche du P/APC sortant s’ils veulent accéder aux services municipaux. Ces abus ne sont pas surprenants en eux mêmes. Les pressions indirectes des élus envers leurs administrés sont monnaie courante. Mais cette fois ce sont des groupes formellement identifiés qui se présentent devant les boutiques pour poser les conditions d’allégeance. Dans les couloirs de la wilaya d’Alger certains employés s’offusquent que des cages d’escaliers et des locaux sous séquestre soient transformés en permanence électorale du protégé de Zoukh, wali d’Alger.

Hamid G., retraité algérois originaire d’Azeffoun, ville de naissance de Bettache raconte : « Pour avoir vu la façon dont ont opéré ces commandos en plein jour, j’ai d’abord pensé que c’étaient des adversaires de Bettache qui voulaient le discréditer en lui imputant ces actions de chantage. Eh bien non ! C’était bien la stratégie du maire sortant menée avec des indicateurs de la police ou des services ( de renseignements NDLR )».

L’homme était si sur de son fait que des membres de ses équipes se sont permis d’intimider puis de chasser des surveillants du FLN qui protestaient contre l’orientation du vote à l’entrée des bureaux.

A Leveilley (Mkaria), le tête de liste du FFS (Bahidj) ayant fait une année de prison, ancien maire du FLN a changé de casquette en moins de temps qu’il ne faut pour le dire. Le même scénario s’est exactement reproduit à Bab Ezzouar où le premier de cordée, maire sortant FLN, a lui aussi abandonné en dernière minute l’ex-parti unique pour se déporter sur le FFS.

A Kouba, les policiers postés devant les centres de vote ont refusé d’intervenir quand des surveillants du RCD leur ont signalé des jeunes qui distribuaient des bulletins du RND devant les bureaux de vote. Alerté le directeur du centre a avoué son incapacité à s’approcher des ces jeunes particulièrement agressifs. Après de véhémentes protestations, un policier a fini par essayer de raisonner un groupe de cinq jeunes dont deux étaient visiblement éméchés. L’un d’eux, les mains pleines de bulletins, ordonne à l’agent de « s’occuper de ses affaires », lequel rebrousse chemin pour prendre à témoin la surveillante du RCD : « que veux-tu faire ? »

A Chéraga, le quatrième de liste du RND qui venait de sortir de prison trois mois auparavant passe derrière la table sur laquelle sont posées les urnes vitrées. L’une d’elle est dépourvue de son panneau intérieur. Le candidat se place à côté de la jeune fille qui est supposée valider l’acte de vote et qui lui est visiblement familière et bourre les urnes par le côte sans vitre. Seuls électeurs présents dans la vaste salle, un couple interloqué tente une timide question. La réponse vient de la jeune fille : idirou gaâ fifkif » ( ils font tous pareil ). Devant le regard sombre du candidat, l’époux n’insiste pas. Il signale le manège à deux policiers de faction devant le bureau : « mon frère, nous on s’occupe de la sécurité ».

A Bachdjerah, deux listes ont été vendues contre des sommes impossibles à vérifier mais dont des bénéficiaires mécontents de la part qui leur a été rétrocédée assurent que, pour l’une d’elle au moins, il y en avait pour deux milliards trois cents millions de centimes.

La nouveauté dans ce trafic c’est que les abus ont été commis avant et pendant le vote en plein jour et au vu et au su de tous alors que jusque là, les trafiquants attendaient la fin de la journée pour procéder au bourrages ou à la substitution des urnes après avoir provoqué une panne de courant, à la falsification de procès verbaux…

Alger a, pour ainsi dire, joué son rôle de capitale en banalisant et en démocratisant la fraude.

Les limites du combat électoral sont atteintes. Accepter de servir de vecteur au nomadisme politique pour labelliser des « militants » qui émargeaient à un autre parti la veille du scrutin? Se fourvoyer dans des combines du marché des voix à supposer que l’on en ait les moyens ou continuer à agir comme si les normes électorales légales régentaient le vote et risquer le naufrage ?

Au delà de ces questions de stratégies, d’autres interrogations, plus essentielles, se posent.
De quel crédit peuvent se prévaloir les municipalités nées dans des conditions aussi visiblement contestables ? Quelle sera leur cohésion ? Quelle autorité pourront-elles faire valoir quand il y a aura un problème dans la cité ?

Rabah Ait Lounis

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