RADIOSCOPIE ELECTORALE N°3. LE FFS : LIMITES DU DOUBLE JEU

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

Dans une édition d’Ameslay précédente nous signalions que les 3 Baloul, députés à Tizi Ouzou, Bouira et Boumerdes et dont aucun n’a milité dans la clandestinité, sont désormais héritiers du sigle FFS. Ils ont réussi à provoquer et obtenir l’exclusion de Rachid Halet, dernier militant de la période clandestine et également l’un des 24 détenus d’avril 80. Cette seule information est, en elle même, suffisante à donner une image de la relégation politique et morale dans laquelle se débat désormais le FFS.

Cette dérive, il est vrai, a commencé avant l’installation officielle de ce trio qui a longtemps drivé les structures du parti dans l’ombre. Exemple parmi d’autres: les trois présidents d’APC du FFS qu’a connus la ville de Tizi Ouzou ont été tous condamnés en pénal pour des détournements multiples et massifs. Certains d’entre eux sont réfugiés en France depuis des années. Le parti n’a jamais pris position sur ces scandales ni, bien évidemment, sanctionné ses élus indélicats.

Après deux semaines de campagne le FFS ne semble pas particulièrement soucieux de se mobiliser pour sensibiliser l’électorat. Mieux, ce parti s’enlise dans des attitudes et décisions que le citoyen normal peut légitimement considérer comme suicidaires.

Son mutisme à l’APN déroute, lui qui aimait faire de la surenchère verbale pour occulter ses alliances douteuses avec le FLN, le RND ou même les islamistes dans les institutions locales. Sa désertion dans la conflit qui oppose CEVITAL au directeur du port de Bejaia continue d’intriguer…

Pourquoi camper sur des positions aussi risquées en Kabylie ?

La réponse est plurielle. Le FFS ne cherche même plus à faire semblant d’appartenir à l’opposition comme il l’avait fait jusque là en recourant à un double langage: participer à la rente ( voir scandale de l’APW de Tizi Ouzou ) et jouer à l’opposant verbal. Maintenant, le trio des Baloul est dans l’affairisme. Et il assume.

Comment dès lors pallier à la défection des électeurs ?

En analysant bien la nature de ses listes et les initiatives prises en catimini, on relève deux aspects importants dans la stratégie électorale du FFS.

Les candidats têtes de listes peuvent n’avoir jamais milité dans le parti, l’essentiel étant qu’ils soient soutenus par des sectes ou des clientèles. A Tazmalt et Akbou ( Bejaia), par exemple, ceux qui conduisent les listes FFS n’ont jamais adhéré à ce parti. Pareil pour les communes d’Iferhounene ou d’Ait Aissa Mimoune à Tizi Ouzou. Les cas où des individus se revendiquant d’un gisement électoral clanique ou du soutien d’une quelconque officine sont adoubés par le FFS sont majoritaires dans les listes de parti.

La deuxième option qui autorise les 3 Baloul à se désintéresser des problèmes quotidiens des citoyens ou des dossiers mobilisant le région renvoie à une considération sociologique. Le FFS investit certains noyaux « maçonniques », très actifs dans des réseaux informels, qui l’assurent d’un suivisme sans limite. Il en irrigue les notabilités à travers les institutions qu’il dirige et il sait que ces catégories ont toujours servi de relais aux pouvoirs centraux. Des Turcs à Boumediène en passant par l’époque française où ils ont fourni le gros des bachagas, aghas et caïds. Le trio baloulien sait, à juste titre, que les segments de ces groupes mercantilisés ne peuvent être captés par aucune autre formation.

En soi le calcul est juste. Mais ce jeu n’est pas sans risque. Quantitativement ces sous-ensembles sociaux sont très minoritaires. Cela peut-il assurer des résultats conséquents pour remporter un nombre d’APC et d’APW suffisantes pour rétribuer des clientèles très proches de leurs intérêts matériels ?

Les Balouls tablent sur deux atouts. Ils continuent à espérer que l’abstention sera encore forte, ce qui donnera un poids d’autant plus important à leur score. Et, en cas de besoin, ils ne désespèrent pas de bénéficier de quelques coups de pouce de l’administration. Agujil b-bwawal comme appelait feu Matoub Lounes Ahmed Ouyahia n’a-t-il pas salué le silence du FFS à l’assemblée nationale comme l’expression « d’une opposition civilisée  » ? Tout un programme.

Rabah Ait Lounis

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

%d blogueurs aiment cette page :