RADIOSCOPIE ÉLECTORALE N°5 : LA BANDE DES QUATRE

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Ils s’appellent TADJ, MPA, EL MOUSTAQBAL ou PT ( d’autres sigles folkloriques à l’instar du RPR ou FNA pullulent mais leur nuisance est moindre). Il n’y a aucun lien entre la perception médiatique que renvoient ces quatre partis et les identités politiques du reste changeantes et qu’ils affichent au gré des conjonctures. Leur survie dépend de la confusion de valeurs largement amplifiée par le long et sinueux règne de Bouteflika qui a massivement brouillé la scène nationale.

En étouffant la vie publique, l’homme d’Oujda a réussi à réduire l’attractivité d’une poussière de partis à leur seule capacité à franchiser les candidatures lors des élections. Du coup, les sigles servent de label à tous les aventuriers en quête de mandatures vénales, de visibilité ou de parasitage d’une liste gênante pour le pouvoir.

Rien ne permet de distinguer l’engagement, si tant est qu’il existe, de ces prétendants interchangeables. Ils passent allègrement d’un parti à l’autre sans état d’âme ni, d’ailleurs, trop de commentaires chez les observateurs.

Voici quelques unes des fantaisies de ces « dirigeants » qui éclairent leur rôle et raison d’être.

Benyoumes déclare soutenir la politique d’Ouyahia et, dans le même souffle, éructe contre « la bureaucratie et le socialisme qui ont ruiné l’économie algérienne ».

Comment prêter allégeance à l’homme synonyme de bureaucratie et revendiquant le boumédiénisme le plus rigide et dénoncer ce qui définit le plus et le mieux le quadruple premier ministre ?

Le même individu ne manque pas une occasion pour déclamer son adoration de Bouteflika dont le cerveau fonctionnerait, assène-t-il, « mieux que ceux de tous les Algériens réunis », après l’avoir régulièrement qualifié dans une autre vie de nabot.  Mais, admettons.

Comment peut-on vénérer l’homme qui symbolise le système et se réclamer du « renouveau démocratique » ? Nul n’a semblé gêné par ces revirements permanents. Le discours importe peu dès lors que les biens mal acquis sont préservés.

Pour ce qui le concerne, Ghoul ne s’embarrasse même pas de sauver les apparences. Il n’a pas fait de congrès et ne dispose d’aucune instance organique. Il n’empêche : il a réussi l’exploit d’avoir une députée sans même penser à faire imprimer des cartes de militants. Ghoul est tour à tour islamiste, démocrate, nationaliste et même, a-t-il confié l’été dernier, écologiste…Pour lui aussi, tout peut changer sauf la religion de la corruption qui a toujours réglé la gestion des ministères qu’il a occupés.

A l’inverse des deux précédents qui réservent l’aveu de leur allégeance à la police politique aux privilégiés des confidences ou aux discussions en aparté,  Belaid n’a jamais fait mystère de son appartenance aux services spéciaux alors même qu’il était responsable de la jeunesse du FLN. Son programme se limite à des slogans primaires qui varient d’une campagne à l’autre quand ils ne sont pas contradictoires d’une région à l’autre lors d’une même échéance. Illisible, la pagaille verbale offre l’avantage de ne jamais être pris dans une filiation politique qui exige cohérence et argumentation dans ses promesses électorales.

Elle même franchisée par l’internationale trotskyste ( ce qui, en principe, lui interdit de fait la formation d’un parti algérien ), Louisa Hanoune n’échappe pas à  ces postures pendulaires. Une fois les professions de foi sur le secteur public expédiées, les approches idéologiques fluctuent selon les périodes. Elle assure que son gauchisme ne l’empêche pas d’être une adepte de la basmala et déclare rejeter la politique du pouvoir tout en assumant la mission de groupie de Bouteflika qu’elle veut protéger de proches maléfiques qui le poussent à renier ses « vraies convictions » !..

Il est vrai que c’est pendant ce règne que la « vétérane » des responsables de partis s’est construit le faramineux patrimoine qui lui a valu le surnom de « milliardaire rouge ». Mais en plus de son soutien à Bouteflika, la vieille dame sait aussi donner des signaux de soumission aux cercles militaires. Sait-on jamais. Au cas où… A un ou deux séminaristes près, aucun des individus qui ont gravité au PT n’est trotskyste, pire ils ne savent même pas ce que recouvre ce terme.  Peu importe les discours, pourvu que la boutique rapporte financièrement. Et, en l’occurrence, elle rapporte beaucoup.

Comment Hanoune la « trotskyste » et Benyoumes, le « libéral », peuvent-ils soutenir le même programme du chef de l’Etat ( qui d’ailleurs n’a jamais existé ) ? Mystère. L’essentiel est de faire partie de la Cour.

Et en matière de courtisanerie, les concurrences entre ces groupuscules peuvent être féroces. Elles revêtent souvent des allures de querelles de concubines qui amusent beaucoup le Pacha. Ainsi, L. Hanoune ne peut pas sentir A. Benyoumes qui le lui rend bien, mais tous deux se disputent la fonction de première favorite de Bouteflika.

Ces écuries cacophoniques ont pourtant en commun deux constantes : la  grosse rentabilité matérielle de l’action politique et la dépendance des services spéciaux.

Lors des échéances électorales, la mission qui leur est dévolue est nette. Drainer les clientèles des deuxième et troisième cercles du système que le RND et le FLN ne peuvent capter.

Entre deux scrutins… et deux affaires, quand ils en ont le temps ou l’envie, ces jouisseurs  parasitent le climat politique déjà miné par la censure et les télévisions parapubliques conçues pour,  justement, mettre en relief ces caricatures du militantisme.

 Akli Rahmoune.

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