REGIONALISME ECONOMIQUE : PEUGEOT AUSSI IRA A ORAN

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Après plusieurs rebondissements et reports, la marque au lion va, elle aussi, devoir s’installer à 0ran, prolongeant la litanie des aberrations de la laborieuse naissance de l’industrie automobile en Algérie . Dans un premier temps, 75 OOO véhicules seront produits par an ; la sortie des premières unités étant prévue pour 2019.

Les analystes étrangers avaient longtemps imputé ces retards aux difficultés de négociations concernant, entre autre, les taux d’intégration voire le principe même du montage automobile, grand tabou politique depuis que Renault qui était installé dans les années soixante à El Harrach avec un taux d’intégration de 40% avait été sommé d’arrêter sa production algérienne pour des raisons strictement idéologiques.

Si ces problèmes dogmatiques ont pu surgir encore dans un passé récent, ils ne sont, en réalité, que la face visible de l’iceberg régionaliste qui avait durablement gelé la coopération du secteur automobile dans notre pays.

Même le très bureaucrate Ouyahia qui avait méthodiquement diabolisé l’arrivée des constructeurs est désormais tout feu tout flamme pour une industrie automobile privée. Y compris au rabais. On sait maintenant , selon des sources même du ministère de l’industrie requérant l’anonymat, que le taux d’intégration obtenu par Tahkout à Tiaret auprès de Hyundai ne dépasse pas, en fait, les 7%, ce qui représente des chiffres huit à dix fois inférieurs à ceux ayant prévalu jadis chez Renault avant que le mentor du quadruple premier ministre, Belaid Abdeslam, ne démantèle l’entreprise au losange.

En vérité, les raisons des refus opposés à l’implantation de ces usines tiennent tout simplement du régionalisme économique, conséquence mécanique du régionalisme politique institué par Bouteflika en principe de gouvernance.

En effet, depuis l’intronisation de ce dernier, pas un constructeur n’a pu s’installer en Algérie s’il n’accepte pas de se soumettre à un préalable non négociable : baser son ou ses usine(s) dans l’ouest du pays.

Aucun des arguments industriels, économiques, financiers voire environnementaux avancés par les différents opérateurs n’a été entendu.

Terre à vocation agricole s’il en est, l’Oranie est naturellement destinée à faire prospérer l’industrie agro- alimentaire. Elle sera imposée, contre toute logique, comme site exclusif à tous les investisseurs du secteur de l’automobile.

Pourtant les grands gisements minéraux ( fer dans l’Ouenza, verre dans l’Algérois, aluminium en Kabylie…) qui peuvent pouvoir aux besoins de cette industrie ne se trouvent pas à l’ouest.

La tradition de l’émigration ouvrière en matière de montage, toujours importante, est quasiment inexistante dans l’Oranie. Du reste, les réalisations d’avant ou d’après guerre, ont toutes été implantées dans le centre et l’est du pays où d’autres potentialités industrielles étaient appelées à favoriser les stratégies d’intégration. On se souvient de Berliet à Rouiba, Sonacome à Constantine…érigés au milieu de zones industrielles dédiées à l’émergence de futurs équipementiers.

Autre inconvénient, la faible pluviométrie qui caractérise l’ouest, sérieux handicap pour des activités grandes consommatrices d’eau, a été balayée d’un revers de main.

Plus grave encore, les bassins d’emploi, plus disponibles au centre et à l’est du pays, avancés par l’ensemble des constructeurs comme facteurs déterminants dans la productivité, n’ont pas rencontré meilleure écoute…

Le résultat est là : Hyundai, Renault, Mercedes, Volkswagen et maintenant Peugeot ont tous été invités à opter pour des régions agro-pastorales s’ils voulaient avoir quelque chance de pénétrer le marché algérien. Tout ceci est commis au moment où les pouvoirs publics ne manquent pas une occasion pour dénoncer la dilapidation des terres agricoles.

Des spécialistes de l’union européenne se sont d’ailleurs « naïvement » étonnés de l’aspect éminemment stratégique de cette politique industrielle contre-nature. Ils notent, à juste titre, que les investissements lourds comme la métallurgie réalisés par le groupe CEVITAL à Oran ne connaissent aucune entrave alors qu’une unité de trituration de graines oléagineuses prévue à Béjaia est bloquée par des manoeuvres qui n’ont rien à envier à celles de la Camora.

Et la totale affectation des marques automobiles vers l’Oranie est étendue avec la même tendance à d’autres domaines comme l’extension des chemins de fer, la réalisation de la grande hôtellerie, les infrastructures de recherches, les industries chimiques…

Les vingt ans de règne de Bouteflika n’ont pas fini de piéger le futur moral, social et économique du pays avec les implications politiques que tout un chacun peut aisément deviner. Sans pour autant que les « gardiens du temple », comme d’ailleurs la presse bienpensante, pourtant si susceptibles quand il faut exalter la sacralité de l’unité nationale, osent simplement parler du plan maléfique qui la torpillera. Irrémédiablement.

Malik Souali

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