APW de Tizi Ouzou : La guerre pour les postes rémunérés fait voler en éclats les groupes de la majorité

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Il a fallu attendre deux mois après l’installation de l’APW de Tizi Ouzou le 10 décembre 2017 pour que les commissions permanentes soient installées à leur tour le 8 février. Et pour une fois, ce retard n’était pas le fait de l’opposition. On a assisté carrément à une guerre de tranchées entre les élus des formations politiques constituant la majorité pour l’accaparement des postes permanents. C’est ce qui a retardé l’installation de ces commissions. Et pour cause, de graves dissensions n’ont épargné aucun des partis FFS, FLN et RND. Pour rappel, pour la constitution d’une majorité au lendemain du 23 novembre dernier, les FFS, avec 19 sièges, s’est allié au FLN et au RND avec 7 sièges chacun. En plus de la présidence, le FFS s’est adjugé 1 vice-présidence et 5 présidences de commissions. Le FLN, de même que le RND, ont négocié 1 vice-présidence et 2 présidences de commissions chacun. Sauf que ce nombre de postes permanents n’est jamais suffisant pour satisfaire les appétits voraces des élus de ces partis. Nous avons rencontré plusieurs élus de ces 3 formations politiques. Nombre parmi eux sont en premières lignes de cette guerre fratricide. Ce sont eux qui ont eu «l’amabilité» de nous fournir les détails de cet article. Ils se sont même épanchés avec une facilité déconcertante.

A la tête de l’APW, le groupe du FFS au bord de l’implosion.

Le premier parti à en pâtir de cette lutte intestine : le FFS. Le groupe des élus du parti de feu Hocine Aït Ahmed fait face à une grogne jamais vécue auparavant à cause de la répartition des postes. Premier élu à en faire les frais, le Dr Mohamed Mselah qui a occupé le mandat dernier, le poste de président de la commission santé plus de 4 années durant avant de finir 4e président de l’APW. Mal aimé de son groupe depuis toujours (il en est à son 3e mandat à l’APW), le Dr Mselah a occupé de mai 2017 à septembre 2017 le poste de président d’APW par effraction puisque sa désignation a suscité la désapprobation de la fameuse instance présidentielle et a même valu au fédéral de l’époque, Farid Bouaziz, une suspension en bonne et due forme de son poste. Reconduit à la peu flatteuse 4e position sur la liste APW pour les dernières élections locales, le Dr Mselah est, cette fois, évincé définitivement de toute fonction au sein de l’APW. Un autre cas édifiant : celui de Nabila Smaïl. Cette avocate élue pour la seconde fois s’est distinguée durant le mandat dernier pour avoir crée un véritable incident. On se souvient que Me Smaïl avait traité l’administration algérienne «d’administration coloniale» ce qui avait provoqué l’ire du wali de l’époque, Abdelkader Bouazghi (actuel ministre de l’agriculture), qui avait quitté l’hémicycle suivi de tous les membres de l’exécutif. Le wali n’a regagné la plénière qu’après les supplications du P/APW de l’époque, Hocine Haroun. Aujourd’hui, l’avocate assume une rébellion au grand jour contre son parti. Durant les tractations pour la répartition des postes, elle a exigé une vice-présidence de l’APW même non rémunérée «on a bien crée une vice-présidence illégale sur mesure pour l’épouse du fédéral de Tizi Ouzou durant le dernier mandat, pourquoi ne le ferait-on pas pour moi ?» martèle-t-elle à qui veut l’entendre. Mieux que ça, elle a, d’ores et déjà, annoncé sa candidature pour les élections sénatoriales prévues à la fin de cette année, histoire de mettre la direction de son parti devant le fait accompli. Nabila Smaïl aura réussit son coup et fait plier (pour le moment) ses responsables politiques puisque l’avocate héritera d’une des 2 vice-présidences illégales. Autre élu très remonté contre son groupe, Youcef Sahli, avocat aussi de profession. Malgré sa fonction de membre de la direction nationale du parti depuis le dernier congrès et sa proximité avec l’ex-fédéral, Farid Bouaziz, cet ancien militant a toujours été relégué à des postes électifs «subalternes». Après 2 mandats successifs à l’APC de Tizi Ouzou, il réussit à se positionner, malgré tout, sur une place éligible à l’APW. Timoré, il ne réussira jamais à s’imposer. Il est éjecté facilement de la course aux postes. Autre victime de la purge, Mohammed Achir qui a été évincé de la très convoitée commission finances ; il se contentera d’une vice-présidence non rémunérée. Il est fort probable d’ailleurs que la création des 2 vice-présidences non rémunérées pour contenter des militants mécontents ne serve à rien. Selon des indiscrétions du Chef de cabinet du P/APW, «le wali a saisi le P/APW pour lui demander de revoir le règlement intérieur et de le rendre conforme à la réglementation ». La loi prévoit, effectivement, que «le nombre de vice-présidence ne saurait excéder 3» pour l’APW de Tizi Ouzou.

Au FLN  tous les coups sont permis.

La situation n’est guère reluisante au FLN. Ils sont 3 élus à s’être étripés pour 2 postes. Au terme de plusieurs semaines d’obscures et tumultueuses manœuvres, la situation ne s’est éclaircie que la veille de l’installation des commissions. Connaissant parfaitement «ses troupes», le roublard mouhafedh Saïd Lakhdari a vite fait de détecter le maillon faible parmi les élus du parti dont il gère les affaires à Tizi Ouzou. Il laissera, dans un premier temps, tout ce beau monde manœuvrer à sa guise pour faire croire que rien n’a été décidé d’avance. En réalité, les jeux étaient faits depuis longtemps. Hamid Malki, qui a présidé la commission éducation durant le dernier mandat, passera à la trappe ; il sera remplacé par Ahcene Dahmane. Ce dernier a déjà fait un passage à l’APW de Tizi Ouzou de 2007 à 2012. Exerçant à la SONATRACH dans le sud, il a confié à ses amis qu’il «fera tout pour prendre un poste rémunéré et garder son salaire du Sud». Il n’est un secret pour personne au FLN que Ahcene Dahmane a du casser sa tirelire pour figurer en bonne place sur la liste de l’ex-parti unique pour l’APW et qu’il a fait de même pour bénéficier d’un poste rémunéré. Pour la petite histoire, Ahcene Dahmani ne perd guère au change puisqu’il percevra le salaire de son poste au sud du pays. La seconde commission, comme pour le précédent mandat, sera présidée par Saïd FARSI qui, au prix de plusieurs semaines de tractations, a réussi à «sauver sa croûte». En panne d’élus, c’est Lydia Mansouri, employée à la CNR, qui est désignée au poste de chef de groupe des élus FLN. Selon notre source «ceux qui suivent de près les travaux de l’Assemblée vous diront que pour le mandat dernier, Lydia Mansouri n’a pas dit un seul mot 5 années durant». Sans surprise donc, le 8 février, Dahmane a été élu président de la commission éducation et Farsi président de la commission urbanisme.

Dans la maison RND, on n’est pas prêt de sortir de l’auberge.

Le plus cocasse est certainement ce qu’ont sorti les élus du parti du RND. Ils sont 6 élus en conflit ouvert, depuis le début, pour qui prendra la présidence de l’une des 2 commissions en jeu. Parmi les plus acharnés : Mohamed Mesbahi -retraité et protégé du coordinateur du bureau de wilaya, Tayeb Mokadem-, Djafar Sahraoui -ex-P/APC de Mekla, sous le coup de 2 condamnations judiciaires-, Saïd Bougheda -ex-P/APC d’Aït Yahia Moussa- et Roza Habichi -ex-présidente de commission à l’APW précédente-. Le groupe du RND a été, certainement, celui qui aura tenu le plus de réunions pour tenter de trouver un consensus. Mais en vain. Aucun des 6 prétendants ne voulait lâcher quoi que ce soit. Etant la seule femme à tenir tête ouvertement au groupe des hommes, Roza Habichi a réussit à faire le consensus contre elle mais ce n’était pas suffisant : il restera toujours 5 prétendants pour 2 postes seulement. Tayeb Mokadem a tenté à plusieurs reprises de manœuvrer pour placer ses favoris (Mesbahi et Sahraoui) mais il se heurtera, à chaque fois, à l’intransigeance des autres élus. L’irascible ex-maire d’Aït Yahia Moussa a ouvertement menacé de rejoindre l’opposition s’il n’est pas retenu et Roza Habichi n’en pensait pas moins mais, par calcul, elle ne l’a exprimé qu’en aparté. Le groupe est réellement au bord de l’implosion. Au bout d’une énième réunion tenue la veille de l’installation des commissions, un semblant de solution est enfin trouvé. Il faut contenter tout le monde et réserver une part du gâteau à chacun. Pour cela, le coordinateur du bureau de wilaya, Tayeb Mokadem, proposera de couper la poire en 3 : 2 élus présideront les 2 commissions durant les 18 premiers mois du mandat, 2 autres élus les 18 autres mois qui suivront et les 2 derniers élus pour les 18 derniers mois du mandat. Mokadem réussira à placer ses 2 protégés, Sahraoui pour présider les 2 commissions lors du premier tiers du mandat. Mais, car il y a un mais, la situation n’est pas dégoupillée pour autant. Les autres élus parlent «d’un marché de dupes»; maitrisant parfaitement les pratiques de la maison du parti d’Ouyahia, ils savent pertinemment, qu’une fois installés à la tête des commissions, Sahraoui et Mesbahi ne démissionneront jamais pour céder leurs places aux autres élus du groupe. Comme attendu, c’est Mesbahi et Sahraoui qui ont hérité des commissions aménagement du territoire et technologie de la communication.

Telle est la situation des partis de la majorité FFS, FLN et RND à l’APW de Tizi Ouzou et aucun semblant d’accalmie n’est annoncé à l’horizon. Bien au contraire, les élus de ces 3 partis promettent des retournements qui étonneront plus d’un. D’ores et déjà, le Dr Msela et Hamid Malki sont en rupture de banc avec leurs partis. Ils parlent déjà de la création d’un groupe d’opposition en plus de celui du RCD. Il se pourrait qu’ils soient rejoints par plusieurs autres élus tellement les mécontents sont nombreux, particulièrement au FFS et au RND. Quant au RCD, seul parti de l’opposition dans cette assemblée, il semble observer de loin toute cette turbulence et il doit, certainement, s’en délecter.

Rabah Kacimi.

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