Et si on donnait aux mots leurs sens

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                  Je ne sais plus qui a dit «quand l’Homme donnera aux mots les sens qu’ils ont, il vivra dans le Bonheur.» Cette citation montre oh combien il est primordial pour les Hommes d’avoir, dans leur communication, leur discours et/ou leurs paroles les mots appropriés, exacts et  justes quand ils prennent la parole. Car dans ce qu’il dit, il n’y a pas que lui mais aussi les autres, l’Homme étant un animal sociable. C’est parce que l’acte de parole n’est pas individuel dans ce qu’il dit (le contenu, le sens) et avec quoi il le dit (le contenant, la langue.) mais social, collectif. Ces deux concepts, (le véhicule et le véhiculé) sont en fait le résultat du cumul de l’expérience humaine depuis la nuit des temps et au fil des générations. C’est pour cela que l’on dit que «les idées (et pas seulement, mais les mots aussi) n’appartiennent à personne.» Avec le cumul des savoirs, tous les savoirs, le savoir, le savoir-faire, les savoir-être, le savoir-devenir,  l’Homme n’a fait qu’ajouter le sien à celui des autres de ses semblables qui l’ont précédés quelque soient la distance et le temps qui les séparent. C’est ainsi que l’on est arrivé à mettre sur ou plutôt sous ces mots des sens « conventionnels.» Ce sont ces «conventionnels» qui font que l’on se comprenne d’un pays à un autre, d’un continent à un autre, d’une langue à une autre, voire d’une culture à une autre.

     Toutes ces expériences, au sens large et général du terme, que les Homme partagent font d’eux l’Humanité et l’universalité. Le contraire aurait fait dire à une personne qui ne comprend pas ce que lui dit une autre  «c’est un Martien ? » ou « il vient de Mars ou quoi ? », sous-entendu, il n’est pas de notre planète, il n’est pas terrien, il est extraterrestre, on ne partage rein avec lui en terme de langage, de culture et de communication. C’est ce patrimoine commun aux humains qui fait l’entente, la négociation, la cordialité, l’accord même en temps de guerre et de conflits. L’Homme, doué d’intelligence, de bon sens et de raison, sait faire des compromis et tout au moins tolérer l’autre dans les limites de son espace vital.

      La politique, qui n’est pas une science exacte mais qui a ses règles, est souvent définie comme étant « une affaire de mots. » Les hommes politiques font très attention à ce qu’ils disent, aux mots qu’ils emploient, aux concepts dont ils enrobent leurs idées et avec lesquels ils empaquettent leurs programmes car cela peut leur couter leurs postes, ou tout simplement tout le pouvoir.

      Enfin cela se passe ailleurs, sous d’autres cieux. Là où les politiques font attention à ce qu’ils disent.  Là où un mot mal placé, une parole prêtant à équivoque ou un discours plein d’amalgames, rapporté par la presse, peut soulever toute la population et entrainer la chute de l’autorité en place. Un lord britannique a déposé sa démission après qu’une député lui ait fait remarquer son retard. Le premier ministre d’Islande a démissionné car cité dans l’affaire des panama papers, un ministre français de la justice a démissionné après un soupçon de corruption.                                                                                                                             Chez nous, c’est parce que le citoyen ne peut même pas exprimer son choix à l’occasion d’une élection ou faire entendre sa voix devant une administration sourde et muette qu’il cherche à se défouler dans l’émeute et le saccage des biens de son pays. Certains diront que c’est normal, «c’est de bonne guerre, le peuple se défend comme il peut. » D’autres, sans espoirs, devant toutes les portes fermées, se jettent à la mer en famille.

     Pour illustrer le découragement et le dégout qui ont touché des pans entiers de notre jeunesse, même ces deux sentiments ne sont pas justifiés, nous prendrons l’exemple de deux irresponsables « politiques. »  L’énormité de la déclaration de Djamal Ould Abbas qui reprochait à « l’opposition de chercher après le pouvoir » et celle de Naima Salhi qui confond tout et qui «tuerait sa fille s’il lui parlait en tamazight » qui est la langue non seulement de ses ancêtres mais de son propre père qui est Chaoui. Passe encore pour le citoyen lambda qui ne s’intéresse plus à la politique pour les raisons que nous venons de citer, mais lorsque la presse laisse passer de telles sottises, notamment pour la première citée, l’on est en droit de se demander «quel est vraiment le rôle de la presse.»

      Dans les pays démocratiques, la presse constitue réellement le quatrième pouvoir, c’est elle qui révèle les scandales, c’est elle qui débusque toutes sortes de personnes malintentionnés tapis au sein des institutions et/ou dans le secteur économique. C’est parce que chez nous, les mots n’ont pas le même sens pour tout le monde que n’importe qui définit ce qu’il veut comme il veut. Si on savait la définition d’une langue et à quoi sert une graphie, on serait serein et on aurait de l’avance dans la réhabilitation de notre identité.

     Si on respectait un peu le peuple, on ne le prendrait pas à témoin pour accuser les partis politiques de vouloir le pouvoir. Une telle fable aurait fait les choux gras de la presse durant des années et serait reprises à chaque élection ou apparence publique de son auteur.  Mais c’est parce que chez nous, les mots ne sont pas importants et n’ont pas leurs sens que nos problèmes s’accumulent et nos difficultés s’amoncellent. Le verbe est faible alors que l’on parle de « la force du verbe », et nous nous battons comme des chiffonniers sans règles et sans lois et nous nous épuisons dans des polémiques stériles, des disputes insipides et des débats byzantins.

      Les deux exemples pris ici sont en fait l’arbre qui cache la forêt et cela nous arrive parce que le personnel politique méprise le peuple et le prend pour un mineur. Il aurait suffi pourtant que les responsables prennent la peine d’expliquer de quoi ils parlent pour que cette difficulté soit résolue, et « que nous ayons enfin une nation éclairée avec laquelle pourrait s’installer un dialogue fructueux débarrassé de tout malentendu.» Or, le médecin sait qu’un « diagnostic exact ne débouche pas automatiquement sur un traitement efficace ! » Nous avons absolument besoin que les mots aient un sens. Et lorsque nous abordons un domaine dont nous ignorons tout, nous leur attribuons un sens inexact, imprécis, mais chargé de tous nos fantasmes acquis lors de nos lectures.  Et c’est là qu’est le danger : si nous bluffions, ce serait un moindre mal ; mais « nous croyons comprendre alors que nous n’avons rien compris. » Le diagnostic étant ainsi posé, nous pourrions croire que le traitement qui en découle est alors simple : Le phénomène est encore aggravé par Internet, qui met une masse d’ informations à la portée de tout le monde, tout en les privant de toute analyse critique ; les  remarque du genre « c’est vrai, je l’ai lu dans le journal », puis « c’est vrai, ils l’ont dit à la télé » ont malheureusement disparus et remplacés par le « c’est vrai, je l’ai trouvé avec google »…qui ne vaut guère mieux. »

    Ainsi « nous entrons dans un univers nouveau et étrange, l’univers du malentendu généralisé, dans lequel chacun a une opinion ferme sur un sujet dont il ne sait pas qu’en réalité il ignore tout ( « Les convictions sont des ennemies de la vérité plus dangereuses que les mensonges », Nietzsche) et s’adresse aux autres en une langue différente alors qu’il croit parler la même – illusion dont les habitants de la tour de Babel n’étaient au moins pas victimes. »

      Le jour où nous aurons la même définition des concepts, alors nous serons sur la même longueur d’ondes. A ce moment-là, nous pourrons dire que nous avons au moins la certitude d’avoir avancé d’un iota et d’avoir commencé à nous entendre (s’écouter) avant de nous entendre (se mettre d’accord).

                                                                 Slimane Chabane

 

                                                            

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