L’émergence des régions, une alternative salvatrice pour notre économie.

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Il faut dépasser la réflexion simpliste autour de la question des régions et dépassionner le débat autour d’elle. Les régions ne peuvent pas émerger en tant que entités politiques et institutionnelles si ce débat n’est pas recadré dans son véritable contexte qui est celui du respect des particularités régionales d’ordre linguistique, culturel, économique, sociologique et géographique. Il faut construire le potentiel local pour qu’il puisse être exploité dans la construction du bloc nord Africain. Toute revendication d’autonomie régionale ou de régionalisation quand elle n’est pas réfléchie dans cette perspective ne fera qu’aggraver la situation catastrophique des régions que se soit en Algérie ou dans tout autre pays nord africain. En ce qui nous concerne, il faut savoir défendre nos régions intelligemment et loin de la passion archaïque de la notion de la tribu.

Régionaliser pour fédérer ça veut dire rationaliser et mieux exploiter les potentialités locales pour réussir l’intégration nord africaine au sens bloc politique du terme. Le repli sur soi est suicidaire.
Il est suicidaire de sombrer dans la logique de régionaliser ou d’autonomiser pour ghettoïser. Toute alternative de refondation de l’Etat doit se construire sur une pensée, une littérature politique et une réalité économique qui s’inscrit au delà même de l’Algérie. Elle se projette dans la perspective de construire une Afrique de Nord fédérale.

Il est certain que l’état des lieux de cette thématique en Algérie et particulièrement en Kabylie est catastrophique. L’attitude du pouvoir central à l’égard des régions répond à une logique négationniste qui caractérise l’existence de ce pouvoir et son idéologie mais nous ne ferons que rejoindre ce pouvoir dans cette logique si nous optons pour une attitude réactionnaire ethnicisée. Il est impératif de réfléchir les régions d’une manière rationnelle et objective.

A mon sens, la refondation institutionnelle pour instaurer les régions est un préalable pour l’instauration une légitimité démocratique. Il est des plus urgent pour notre pays d’aller vers une reformulation de mode de gestion du pays pour le mettre en adéquation avec les aspirations des régions Algériennes et en symbiose avec l’universalité des droits de l’homme et les exigences de l’économie mondiale.

Il faudrait commencer, à priori, par l’abolition pure et simple du jacobinisme Français qui a érigé la bureaucratie centrale en mode de gouvernance.
Ce pouvoir qui ne cesse de donner des leçons de patriotisme et de nationalisme à tous ceux qui s’opposent à lui n’est autre qu’un prolongement du colonialisme Français à traves la reconduction de ce système de gestion. Il ne veut pas lâcher l’empreinte de son mentor qui est le colonialisme.
C’était La régionalisation adoptée au congrès de la Soummam qui a permet à l’Algérie d’accéder à son indépendance.
La remise en cause de cette organisation par les assassins d’Abane Ramdane a été fatale pour notre pays.
Le jacobinisme comme mode de gestion accompagné de l’Arabo-islamisme comme idéologie à engendré un régionalisme de plus destructeurs.
Comment ?

Etat des lieux :

Dans l’état actuel du système de répartition des enveloppes financières qui n’est rien d’autre qu’une gestion opaque de la rente, notre région est budgétisée au même titre que tous les autres départements d’Algérie, a travers une loi de finances établie chaque année d’une manière très centralisée, et dont les critères d’affectation de budget pour le développement local ne sont soumis à aucune étude préliminaire en fonction des particularités sociales, économiques, géographiques ou culturelles d’une région donnée. Cette opération de partage de gâteau est dictée par l’influence des équilibres politiques, claniques voir tribaux ainsi que les humeurs régionalistes négatives qui gangrènent le fonctionnement des structures de l’Etat.

Pour vérifier la pertinence de ce constat amer, il suffit de quantifier le nombre des infrastructures de base et des équipements publics réalisés dans la wilaya de Tlemcen pendant cette dernière décennie et de les comparer à ceux réalisés dans notre wilaya.

Contrairement à cette croissance extraordinaire de la région de l’ouest algérien, la région de Kabylie n’a rien reçu d’autre qu’un très important lot de blocages et d’entraves pour mettre à genou son économie et pénaliser sa population. Bureaucratie tentaculaire qui décourage tout investisseur potentiel de s’installer en notre territoire, délocalisation consécutive aux désordres, abus fiscaux et gestion opaque du foncier rendant toute affectation de terrain illusoire dans des délais raisonnables.

Rien n’aura été épargné pour paralyser le développement local. La politique d’anéantissement économique pratiquée par le pouvoir à l’égard de la région de Kabylie a atteint son summum. L’Etat bloque même les projets antérieurement agréés. Le cas du groupe Cevital est le plus édifiant.

Les blocages et les retards volontaires dans la réalisation des équipements publics affectent sérieusement la stabilité économique. Cette situation ne peut être dépassée que dans le cadre d’une réorganisation de la manière de gérer les affaires locales. Il n’y a que le renforcement de l’autorité locale et la réhabilitation de l’élu local qui peuvent redorer le blason de l’économie régionale.

Pour tromper l’opinion publique et à chaque début d’exercice financier, le gouvernement annonce des budgets colossaux destinés à la région. Ces chiffres annoncés ne sont affectés que dans la théorie. Ils n’ont jamais été consommés dans la pratique. Cette non-consommation des budgets est due aux blocages, en amont et en aval, cités ci-dessus.

Perspectives :

La solution appelle au respect des particularités régionales à travers la constitutionnalisation d’un Etat unitaire régionalisé (EUR) organisé sur la base du principe d’une régionalisation modulable. Cette forme de gouvernance représente l’alternative à l’impasse politique et institutionnelle actuelle. L’Etat unitaire régionalisé a l’avantage de conjuguer la maitrise de la bonne gouvernance tout en accordant une modulation souple dans les intégrations des régions, selon leurs niveaux de développement économique, leur capacité d’encadrement et la volonté de leurs populations à disposer de plus ou de moins de prérogatives par rapport à l’autorité de l’Etat central. Voici une alternative assumée par le parti RCD connu pour être une force de proposition de plus courageuses.

Quelles seront, concrètement, les pistes d’améliorations destinées à la relance économique dans le cadre de la réhabilitation des régions ?

– Avec un système de régionalisation modulable, nous aurons, au niveau régional, tous les mécanismes financiers et autres qui vont nous permettre de dépasser ce stade de stagnation du développement local.

– Le dépassement des obstacles et des blocages dont on a parlé ci-dessus du fait que les instances financières qui budgétisent vont dépendre des autorités locales.

– A travers sa position de proximité et de visibilité, la régionalisation renforce la démocratie locale qui va construire ses institutions régionales que dans le respect et la prise en charge effective des questions sociales.

Avec la régionalisation, les collectivités locales influent sur le quotidien des citoyens. Se pose alors la question de la démocratie locale, c’est-à-dire des rapports entre les citoyens, les élus locaux et le pouvoir central et plus largement celle de la démocratie de proximité qui vise à permettre une meilleure association des citoyens aux décisions locales. L’article 2 du code communal algérien dit clairement que « La commune est l’assise territoriale de la décentralisation et le lieu d’exercice de la citoyenneté. Elle constitue le cadre de participation du citoyen à la gestion des affaires publiques ». La mise en œuvre effective de cet article du code communal peut constituer un début de solution pour la démocratie locale et du coup l’économie locale parce qu’à mon sens ce sont les politiques adoptées qui font les économies et non l’inverse.

Le monde de l’entreprise à déjà répondu à cette problématique de la citoyenneté en adoptant dans les nouvelles versions des normes qui régissent et qui évaluent la performance managériale de l’entreprise le terme des « parties intéressées » par l’environnement de l’entreprise. Ces nouvelles versions de l’ISO notamment ont élargi les parties intéressées par l’entreprise aux voisinages, à savoir les citoyens. Elles ont dépassé les intéressés classiques, c’est-à-dire ceux qui traitent avec l’entreprise (clients et fournisseurs). Les institutions publiques locales doivent faire de même et s’ouvrir à leur tour aux citoyens et à l’entreprise.

Les länder allemands demeurent l’exemple le plus édifiant dans le renforcement du principe de la démocratie participative et sociale. Ils permettent à leurs citoyens de s’engager politiquement dans leur environnement immédiat. La démocratie devient d’autant plus vivante que les citoyens, en particulier au niveau qui leur est familier, peuvent participer au processus politique et à celui du développement économique aussi.

Ces quelques illustrations ne sont que des exemples qui prouvent que la régionalisation conjugue le développement local avec la démocratie et la prise en charge des questions sociales.

Moussa Nait Amara

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