Décès de la comédienne Sonia: Le brillant parcours d’une icône

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Sonia n’est plus. Celle qui a interprété quelques-uns des rôles féminins phares du théâtre algérien a tiré sa révérence des suites d’une longue maladie, à l’âge de 63 ans.

Grande figure du théâtre algérien, comédienne et dramaturge racée, Sonia a consacré plus de 40 années de son existence au service de la culture. Pourtant, rien ne prédestinait cette jeune fille, native d’El-Milia, à une si brillante carrière d’artiste. Mais les rêves sont faits pour être vécus et c’est ce qu’a fait Sonia.

Née en 1953 dans la wilaya de Jijel, la rencontre prodigieuse entre Sakina Mekkiou et le 4ème art a lieu alors qu’elle est lycéenne. Assister à un spectacle théâtral va complètement bouleverser sa vie et lui montrer la voie de sa future destinée. Mais dans une Algérie des années 1960, encore très traditionnaliste, certains métiers comme celui d’artiste ne sont pas bien vus. Mais Sakina Mekkiou sait trouver les bons arguments pour convaincre sa famille de son choix de carrière.

Elle quitte donc sa région natale et met le cap d’abord sur Constantine puis Alger où elle s’inscrit à l’Institut national d’art dramatique et chorégraphique de Bordj El Kiffan (aujourd’hui ISMAS), d’où elle sort diplômée en 1973. C’est le début d’une nouvelle vie, entièrement consacré aux planches.

Avec quelques camarades de l’INADC dont Fellag et Hamid Remas, elle participe à la création d’une troupe théâtrale, à l’invitation du ministère de la Jeunesse et des Sports. Cette formation monte une pièce intitulée « Es-Soussa » (La vermine) qui est jouée sur la scène du Mouggar à Alger. Le soir de la générale, le grand Sid Ahmed Agoumi qui vient d’être nommé à la tête du Théâtre régional d’Annaba, est dans la salle. Marqué par l’interprétation judicieuse des jeunes comédiens, il les recrute. En 1977, Sonia est de retour à Alger où elle rejoint le Théâtre national.

Sakina Mekkiou devenue Sonia est très sollicitée. Elle enchaîne rôle sur rôle, s’illustrant notamment dans « Galou laârab galou » (Les arabes ont dit), « Chouhadâ ya’oudoun hâdh al-ousbou’ » (Les martyrs reviennent cette semaine). Ces deux pièces, mises en scène pas Ziani Chérif Ayad, décochent le Prix de la meilleure mise en scène et le Grand Prix du Festival.

Toujours en quête de nouvelles expériences, Sonia quitte le TNA pour former avec M’Hamed Benguettaf, Ziani Cherif Ayad et Azzedine Medjoubi « Masrah El Qalaâ » (Le théâtre de la citadelle). Cette compagnie indépendante marque de son empreinte le 4e art algérien, en montant des pièces de haute facture telles que « El Ayta » (Le cri) qui reçoit en 1989 le Grand Prix de Carthage, « L’amour et après » de Mohamed Farrah en 1993, « Alf tahya li Arfiya » (Mille hourras pour une gueuse), adaptation d’une œuvre de Mohammed Dib en 1994.

Mais c’est surtout avec des pièces comme « Fatma » de M’Hamed Benguettaf en 1990 et « Journal d’une femme insomniaque » de Rachid Boudjedra que Sonia finit de montrer toute l’étendue de son talent. En cette même période, la comédienne fait figure de résistante puisque dans une Algérie à feu et à sang, elle choisit de rester, de résister et d’exister sur scène.

En 1995, elle joue dans « Les Généreux » (El-Adjouad) d’Abdelkader Alloula, mise en scène par Jean-Yves Lazennec, aux côtés de Sid Ahmed Agoumi et Mohamed Haimour. L’année d’après, elle est distribuée dans « Les fils de l’amertume » de Slimane Benaissa, avec une mise en scène de l’auteur et Jean-Louis Hourdin.

Dès 2000, Sonia met en scène « Nuit de divorce » de Mohamed Bouchibi aux côtés du regretté Rachid Farès, avant d’enchaîner, un an plus tard avec « Les Maudits de Vérone », une adaptation de Roméo et Juliette de Shakespeare, créé en arabe classique.

En 2001, son installation à la tête de l’Institut national d’arts dramatiques (INAD) de Bordj el-Kiffan, ne l’éloigne pas pour autant des planches, puisqu’en 2002, on la retrouve dans « Les Mimosas d’Algérie » de Richard Demarcy. Après son départ de l’INAD en 2004, elle enchaîne avec « Hadria ouel-hawas » en 2005, « Hata el-tam » puis « Jugurtha » en 2007 sur un texte de Khaled Bouali.

En 2009, elle préside aux destinées du Théâtre régional de Skikda, puis entre 2011 et 2015, dirige le Théâtre régional d’Annaba. Elle reprend à cette époque « Les Martyrs reviennent cette semaine », met en scène « El Djamilate » de Nadjet Taibouni en 2012, « Imraa min waraq » de Mourad Senouci en 2012 et « Hadda ya Hadda » de Djallel Khachab en 2015, en hommage à la grande artiste chaouie, Beggar Hadda.

Entre-temps, entre 2012 et 2015, elle est commissaire du Festival culturel national du théâtre féminin d’Annaba. Ce sera son ultime travail avant son départ en retraite.

Gagnée par la maladie, Sonia décède entourée des siens. Elle laisse derrière elle, un parcours exemplaire et une œuvre foisonnante.

Kahina A.

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