Après « Le Prêt À Porter », Voici « Le Prêt À Parler »

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

La définition Wikipédia : « le prêt-à-porter est constitué de pièces vendues en tant que produit fini et non pas réalisées sur-mesure. »

Et pour « le prêt à parler » dont raffolent les Algériens, tentons une définition : il s’agit de tous ces mots et expressions qui sont dans plusieurs langues et qui sont utilisées dans leur langage quotidien par des gens parce que tout simplement, ils les ont entendus.

De tous ces mots et expressions que vous entendez dans la rue, les cafés et maintenant les foyers, beaucoup d’entre eux ont fait leur apparition dans les conversations on ne sait comment et surtout à quel moment puis se sont socialisés au point de devenir inévitables.

Si vous ne voulez pas paraitre bizarre et déphasé dans un certain milieu, mais à la page et in, vous ne pouvez plus vous exprimer sans utiliser ces codes figés et passe partout.

     A titre d’exemple, le mot «normal » qui est du français, est utilisé dans toutes les situations possibles et imaginables,  à tort et à travers. Vous dites à quelqu’un «il fait beau », il vous dira «normal », vous lui dites «il pleut », il vous dira «normal ». Si «je suis malade », c’est «normal »  et si « je ne suis pas malade » c’est tout aussi «normal. »

Deux autres expressions très socialisées «warrah lmuchkel » (où est le problème ?) et «makach muchkel » (pas de soucis ou problème) sont aussi employées dans tous les cas de figure. Des fois, elles font même office de « fonction emphatique » du langage et servent à remplir un vide dans la chaine parlée. Elles ont même réussi à remplacer «ulac uɣilif », expression très employée par nos grands-parents.

Comme est remplacé « tawaɣit » par « karitha », « ma yebɣa Rebbi » par « inchallah », «ḍebbar aqerru-k » par « debbar rassek » . Et les exemples sont légion et ont tendance à se généraliser.

  Une présentatrice du bulletin météo sur une chaine privée a particulièrement attiré mon attention. Elle vous fait de belles phrases en tamaziɣt, le tout dans une langue soutenue mais arrivé à la fin de sa présentation, elle vous lance «inchallah » au lieu de continuer dans la même langue et dire «ma yebɣa Rebbi.»

Par ailleurs, c’est parce que  la majorité des Algériens parlent trois langues dans le même discours (tamaziɣt, arabe, français) sans maitriser aucune séparément, ils se voient souvent obligés, notamment dans les réunions, conférences, rassemblements, de saluer dans trois langues en utilisant Azul, Salam et bonjour.

Mais le clou de ce trilinguisme débridé et archaïque, c’est l’expression «ma chaa Allah.» On la retrouve partout, dans toutes les bouches mais aussi sur les lunettes arrière et les pare-brises des véhicules, sur les devantures des magasins …

Cette expression «prêt à parler » ou « ………à écrire » peut, à court ou long terme, constituer un danger pour la langue arabe. Si, à chaque fois que quelqu’un, au lieu de qualifier une personne, un animal, un objet, utilise ce groupe de mots, on en arrivera à ne plus utiliser les qualificatifs qui sont dans langue. Et comme un mot qui n’est pas utilisé sur une certaine période, forcément disparaîtra un jour, alors ……………………. Parlez bien, ne cherchez pas la facilité, surtout en premier lieu, parlez votre langue.

                                                                                                         Slimane Chabane

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

%d blogueurs aiment cette page :