BOUGHEZOUL : LE SCANDALE OUBLIE

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Des milliards de dollars perdus dans les terres craquelées des steppes à 200 kilomètres au sud d’Alger se rappellent au regard du voyageur dans un décor de lendemain d’une explosion nucléaire.
A l’entrée ouest de ce qui devait être la capitale administrative de la modernité algérienne, on découvre un alignement de lampadaires rouillés dont la plupart portent leurs branches pendantes dépourvues de lampes comme les blessés de guerre trainent leurs épaules sans bras. Un peu plus loin, des excavations éventrent ce qui devait être le centre ville. Des blocs de ciment emprisonnés dans des amas de rond à béton sont jetés tout autour. A quelques dizaines de mètres de ces cratères, des bâtiments cages à poules mal crépies attendent d’être finis.
De l’autre côté de la rue principale quelques échoppes dont les devantures sont surmontées par des panneaux posés à la hâte témoignent de l’anarchie urbanistique si typique des cités bidonvilles des hauts plateaux algériens. Les premiers étages de ces commerces sont hérissés de poteaux préparant une surélévation qui viendra signer une architecture de l’urgence et du provisoire. Derrière des grues rouillent. Tout autour des arbustes rachitiques, naguère promis au goutte à goutte, tentent de prolonger une agonie à l’issue fatale.
Au rond point, un grand support publicitaire, miraculeusement resté lisible dans ce décor de fin de monde, annonce « le pôle D’Execellence et D’Equilibre. »
« Les Coréens qui devaient encadrer le suivi de la ville du futur algérien sont partis et depuis huit mois les sous-traitants disparaissent les uns après les autres », souffle Bachir, la quarantaine bedonnante, chauffeur de fourgon clandestin qui convoyait ses passagers vers Djelfa, Tiaret, Boghari ou Berrouaghia. « Maintenant même le transport de voyageurs chute. Je vais partir. Mon frère qui avait loué ici pour ouvrir sa rôtisserie a déjà évacué sa famille. La ville est morte », se désole-t-il en balayant du bras le paysage écrasé par un soleil torride qui ajoute à l’hostilité de ces lieux où seuls les essaims de mouche semblent prospérer sans limites.

On connaissait le scandale de l’autoroute est –ouest qui dépassera probablement les quinze milliards de dollars. Sur un trajet sensiblement équivalent, le Maroc a réalisé l’autoroute Tanger-Agadir en moins de quatre ans pour une enveloppe quatre fois moindre. Avec une traversée du Haut Atlas qui a nécessité une succession de viaducs et de tunnels sur près de 200 kilomètres quand l’Algérie devait réaliser la plus grande partie de son projet sur les hauts plateaux.
On devise tant et plus sur le minaret-phallus d’une mosquée qui viole la baie d’Alger et dont les dépenses avouées ne représentent même pas la moitié de celles qui sont déjà engagées. Et la facture s’allonge toujours.
On commence à découvrir le scandale des stades. Celui de Tizi Ouzou a dépassé la bagatelle des 800 millions de dollars soit plus du double de celui du « Nid de Pekin », un joyau architectural qui accueillit les cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux olympiques .
Pour de mystérieuses raisons, Boughezoul, ville fantôme, ne fait pas débat. Elle a pourtant englouti, selon des estimations que des analystes étrangers estiment largement sous évaluées, plus de neuf milliards de dollars. Sans compter le financement de l’assèchement du chott. A ce jour nul n’a entendu parler d’une enquête sur ce scandale financier et personne n’est en mesure de dire ce que deviendra ce site en perdition livré à l’implacable linceul des vents de sable.

Akli Rahmoune

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