Système éducatif: à quand une véritable refonte?

Hier, étaient annoncés les résultats du Baccalauréat de l’enseignement secondaire, le plus prestigieux des examens scolaires de par la culture ambiante de notre société.
Cette contribution est un petit résumé d’une profonde réflexion sur notre système éducatif et se veut à la fois un hommage et un message de félicitations aux lauréats.
Ce diplôme si cher fut à la seule portée d’une poignée de privilégiés pendant la période coloniale, puis d’un nombre réduit de lycéens durant les premières années post-indépendance. Cela s’expliquait par, non seulement, les conditions socio-économiques des familles algériennes mais aussi par les multiples « barrages pédagogiques » que constituaient l’examen de 6éme et de 5éme et le passage en seconde (1ére année secondaire) qui fut plus un concours qu’un examen car avant la généralisation de l’application de l’ordonnance no 76-35 du 16 avril 1976, le B.E.G et puis le B.E.M était un diplôme. Le passage en seconde se faisait par le classement par rapport à la moyenne obtenue pendant la 3éme ou la 4éme année moyenne et seulement les 50o/o premiers avaient une place au lycée par C.E. M . Ce qui rendait la concurrence et l’immutation ardues et par voie de conséquence le niveau scolaire plus élevé.
Cependant, les débouchées furent multiples et intéressantes : Les titulaires du C.F.E (Certificat de fin d’étude) avaient accès à une formation professionnelle de qualité par rapport à ce temps-là. Les élèves recalés des C.E.G ou plus tard des C.E.M avaient la possibilité de concourir à l’entrée aux différents instituts tels l’I.N.H, l’I. N.I.L ou tout simplement les C.F.A pour ne citer que ceux-là et qui ont formé l’essentiel de l’encadrement technique et administratif du pays.
Pour les recalés au BAC, des formations valorisantes, conséquentes et variées étaient disponibles.
L’ordonnance 76-35 de Boumediene aux relents idéologiques de l’arabo-islamisme intervint pour mettre fin à l’ère d’or de l’éducation pour ouvrir celle de la déculturation /acculturation. En effet, par son poids idéologique, elle a sclérosé toute une société.
Les dramatiques événements de la décennie dite noire ont mis à nu les limites de notre système éducatif et les ravages qu’il a induit. Le pouvoir ayant senti qu’il était pris dans son propre piège et sans avoir le courage de recourir à une réelle refonte du système éducatif, tente des bricolages appelés pompeusement réformes. Ces dernières ont été malheureusement menées sans concertation ni étude sérieuse et encore moins l’analyse scientifique nécessaire à la prise en charge de tous les paramètres entre autres les périphériques et le plus épineux parmi eux : La déperdition scolaire et les débouchés car feignant savoir qu’une réforme ne se limite pas aux seules orientations, méthodologie, pédagogie et didactique mais s’étend à tout ce qui a trait à la vie citoyenne. La déperdition a atteint aujourd’hui des seuils alarmants reconnus et avoués par tous.
– Combien d’élèves inscrits en 1ére année élémentaire décrochent leur BAC ? la réponse fait mal.
– Avons-nous fait un diagnostic sérieux de la situation ?
– N’est-il pas grand temps de se résoudre à l’amère réalité et d’enclencher un processus de refonte plus sain dans l’intérêt de la nation ?
Pour se faire il s’agit de :
_ La mise à niveau et de la modernisation de la formation professionnelle.
_ La valorisation et la modernisation des métiers (ne faisons –nous pas appel aux marocains pour les travaux de maçonnerie et de finition ?)
_La spécialisation précoce. Il s’agit de détecter les dons et les talents précocement chez nos élèves pour une orientation pédagogique. Cela fera l’économie de la durée et de la dépense de la formation et de la scolarisation aux profits de résultats plus probants et précoces.
_ Les arts sont longtemps ignorés et exclus de notre système éducatif : Les arts dramatiques, les arts plastiques, la danse et la chorégraphie, la musique et les sports. Ceux-ci doivent avoir leurs écoles généralisées juste après le cycle primaire en parallèle aux collèges du système éducatif. Car à l’âge de 16 et 18 ans l’on est déjà à l’apogée de sa gloire pour un artiste ou un sportif sous d’autres cieux.
Cela constituera un moyen pédagogique sûr pour la bonne orientation, la bonne formation et une assurance de débouchées sur une vie active réalisée et aussi une solution pour contrecarrer la déperdition. Nous sommes l’un des rares pays où l’on oriente à l’institut national des sports ou à l’école des beaux-arts, par exemple, des élèves à l’âge de 18 ans et plus sans avoir de prérequis nécessaires pour la réussite dans d’aussi prestigieuses écoles. C’est ainsi que l’on voit s’y former des fonctionnaires au lieu et place de champions ou d’artistes accomplis.
L’Algérie recèle un énorme potentiel de champions et de stars dans diverses spécialités qui sont soit exclus du système éducatif et condamnés pour incompétence ou repêchés par des vautours de tous les horizons.
A quand se profilera une vraie refonte qui tiendra en compte tous ces paramètres pour le bien de la collectivité nationale ?

Kamel Aïdli

vous pourriez aussi aimer Plus d'articles de l'auteur

%d blogueurs aiment cette page :