Tombe ou musée?

L’information rendue publique par Azzedine Mihoubi ministre de la culture concernant le « mat’haf » qui serait dédié à la « mémoire » de Matoub Lounes suscite, pour le moins, suspicions et fortes interrogations. Pire, un sentiment de reniement (un énième !) de tout ce que portait le Rebelle comme symboles et valeurs.

Dans l’absolu, cette information aurait pu faire sauter de joie les millions de fans, d’admirateurs, amis, compagnons du chanteur et poète de Taourirt Moussa. Car, qui objectivement s’opposerait à ce que « l’Etat » mobilise ses moyens en faveur de la culture, de l’Homme et du patrimoine que constitue l’œuvre de Matoub ?

Alors, qu’est ce qui peut expliquer tant de scepticisme dans, principalement, les milieux proches de ce que fut l’environnement artistique, culturel et politique de feu Matoub?

Cet effarement est encore plus perceptible dans les couches populaires qui, probablement, sont celles qui « préservent » le mieux l’âme du rebelle.

Il n’est pas nécessaire de refaire ici tout l’historique de la « Fondation » qui porte le nom de chantre de la chanson kabyle, les polémiques souvent stériles que provoque l’agitation de certains de ses membres, les alliances les plus douteuses les unes que les autres, les amitiés d’hier devenus inimitiés au grès des renoncements de sa présidente (sœur par opportunisme), pour pouvoir dire qu’on est là à un énième épisode que d’aucuns n’hésitent à désigner comme une opération de « privatisation » d’un des symboles les plus éclairants de ces dernières décennies de luttes et d’engagement pour en faire, sous le label d’une « fondation », un juteux fonds de commerce.

Une filiation biologique qui sert d’outils d’expropriation d’un bien commun, d’un héritage culturel, artistique et moral que « notre mémoire doit garder intacte comme un lumineux repère ».

La #Kabylie a toujours été pour le régime source de soucis mais jamais un sujet en soi. A chacune de ses crises et tumultes, le pouvoir en fait « un élément de marchandage » aux mains des différents clans. Une « variable d’ajustement » convoquée pour les équilibres internes au régime et nécessaire à sa survie avec, rapine et détournement de richesse nationale, comme oxygène et seule boussole.

Jamais la Kabylie n’a autant subi les assauts du pouvoir et de ses alliées que sous le règne de #Bouteflika. Détournements des symboles des combats et luttes démocratiques, récupérations des luttes légitimes pour mieux les dévoyer, infiltrations des milieux militants, mercenariat, corruption, clientélisme, sont les seuls outils, « éléments structurants » de l’intérêt que porte le pouvoir pour cette région.

Ces méthodes éculées ne pouvaient postuler à la moindre opérationnalité sans la complicité des agents locaux du régime recrutés sur la base de CV « riches » de reniements, d’appétits voraces, de lâcheté et de la servilités de larbins zélés.

C’est sans doute à l’aune de cet environnement politique pollué que peut se lire la « joie » de #Malika_Boukhetouche relayant « la décision de Bouteflika de consacrer un musée à #Taourirt_Moussa ».

Sinon, comment accorder un moindre crédit à un pouvoir qui a littéralement livrée la Kabylie (et l’#Algérie) aux projets les plus rétrogrades, laisser à l’abandon territoire et population et ne pas se douter de cette vulgaire opération de « charme » cachant mal les traditionnelles manœuvres du régime, encore plus criardes à la veille de rendez vous électoral qui finirait par porter le pays au panthéon des moqueries.

Les détenteurs de mandats nationaux offerts pour services rendus faisant de leurs déchéances morale une monnaie d’échange de ripoux, les agents locaux emmargeant aux registres des affidés les plus apathiques vont certainement se charger de tenter de faire le service après vente de cette « nouvelle grande réalisation de leur Fakhamatou ». Dans l’attente de recevoir de leurs maitres ordres et instructions, #Ould_Abbas le martyr vivant a déjà indiqué la voie en l’inscrivant honteusement au registre des « acquis de la réconciliation nationale » ! Faisant de Matoub une « autre tragédie nationale ».

A l’image d’autres annonces qui ont leurré ceux qui ont tenté de faire passer leur connivence pour conviction ou les plus naïfs d’entre nous, ce « projet » a toutes les chances de constituer un mensonge de plus.

L’œuvre de #Matoub est déjà inscrite au « registre de la mémoire de son peuple ». Il est éternel. Veillons à ce que les falsificateurs de tout bord ne fassent pas passer leurs caveaux pour des musées.

Réda Boudraâ.

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