Auteur de « A vava inouva »: Ben Mohamed, le ciseleur de mots

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Poète, parolier et producteur d’émissions radiophoniques, Mohamed Ben est connu pour être l’auteur du célèbre poème « A vava inouva », chanté par Idir.

Ce texte n’est, pourtant, pas son unique référent, lui qui depuis son plus âge, n’aura eu de cesse d’écrire des textes d’une grande force poétique.

Originaire du village de Tikidout, dans la commune d’Ath Ouacifs, Mohamed Benhamadouche, plus connu sous le diminutif de Mohamed Ben, y a vu le jour le 10 mars 1944. Après des études primaires, entamées dans son village natal auprès de l’instituteur, Monsieur Albertini, il est contraint d’accompagner son père à Alger, lorsque son école est incendiée. A un confrère, il revient sur cet épisode en confiant : « J’ai entamé mes études, dans le primaire dans mon village, que j’ai dû interrompre, car l’école a été brûlée. Mon père, Mohamed Saïd, qui exerçait à Alger, m’y a emmené pour poursuivre ma scolarité à l’école de la rue du Divan dans la Basse Casbah. Pendant la grève des 8 jours, les militaires venaient chercher les enfants, mon père a eu peur. C’est comme ça que je suis retourné au bled, déclaré zone interdite. On ne pouvait sortir dehors. Je lisais tout ce qui me tombait entre les mains, les revues, les journaux, les bandes dessinées. Et lorsque je n’en disposais pas, cela me restait comme une immense frustration ».

Il sera ainsi balloté entre Alger et Tikidout. Au cours de l’un de ses continuels allers et retours, plus précisément en 1952, l’enfant, alors âgé de 8 ans, fait une rencontre mémorable qui influera sur la vie et la vocation du jeune Mohamed, dans le futur. Accompagnant son père à Ath Ouacifs, il assiste à un récital donné dans un café par le grand maître de la chanson kabyle, Slimane Azem. Voyant la fascination de son fils, son père lui achète un petit fascicule comprenant les textes du chanteur. Pour Mohamed, le bonheur est sans fin : « Le fascicule m’aidait sur deux plans : mémoriser et apprécier les chansons et m’imprégner des caractères latins. Quand je suis retourné à Alger, j’ai caché ce fascicule en l’enfouissant sous terre. Mais un jour, quand j’y suis retourné, je ne l’ai pas retrouvé. J’avais perdu mon trésor et c’était pour moi une profonde blessure », se remémore-t-il encore.

En 1958, sa famille s’installe définitivement dans la Basse Casbah mais l’adolescent continuera à porter le même intérêt pour la poésie berbère. De sa mère, il garde un lien filial avec la langue de ses ancêtres mais c’est une autre femme, une inconnue réfugiée dans son village après les bombardements opérés en Kabylie, qui lui insufflera la beauté des mots. Sans cesse collé à ses jupons, le jeune Mohamed savourait, en effet, les beaux poèmes que cette femme déclamait de sa voix cristalline. Pourtant, elle ne chantait pas la joie et le bonheur, elle exorcisait les peines et les déchirures d’une guerre affreuse.

A Alger, son voisin Hamma, disquaire de son état, l’invite souvent à venir chez-lui écouter des chansons. « J’allais chez lui pour écouter des chansons en ayant le privilège de côtoyer des artistes qui passaient souvent par-là. Comme je ne maîtrisais par l’arabe, certaines chansons me plaisaient, mais je n’en comprenais pas le sens. J’ai su qu’elles ne reflétaient en rien la réalité dure et amère que nous vivions. Cette contradiction m’a amené à composer des textes que je collais aux musiques qui m’enchantaient. Ces textes, évidemment, étaient d’une brûlante actualité. Puis, il y avait un bouquiniste, un ancien prof retraité qui avait beaucoup de relations et qui connaissait fort bien Momo. Il me prêtait des bouquins. C’est lui qui m’a initié à l’écriture. Il a éveillé en moi l’esprit critique ».

Dès lors, la passion du jeune homme est toute dessinée. Pris dans le tourbillon des mots, il en jouit jusqu’à en avoir le tournis. Des rencontres providentielles, comme celle de Cheikh Noureddine en 1961 ou celle de Tahar Oussedik, auprès duquel, il prend des cours du soir, finissent par forger sa personnalité et enrichir ses idées.

Devenu comptable, il n’en mène pas moins, en parallèle, une carrière artistique, écrivant et composant sans relâche. En 1966, il participe en tant que chanteur amateur à l’émission de Cherif Kheddam mais sa voix, ne le convainc pas lui-même : «J’ai compris que je n’avais rien à voir avec la chanson. Cela m’a permis au moins de connaître le milieu de la radio», dira-t-il. Et d’ajouter « Saïd Hilmi animait une émission poétique Plumes à l’épreuve. Je lui ai envoyé les textes. Cela lui a plu. On a sympathisé et on m’a même proposé une émission, Heureux matin, mais j’avais peur que ça ne marche pas. Quand j’arrivais au studio, je me posais la question : «Comment faire pour ne parler qu’en kabyle ?» J’ai pensé à ma mère, comme si je m’adressais à elle. J’entrais par effraction dans des foyers. Il fallait avoir de la pudeur et du respect pour ne pas froisser les susceptibilités ».

Rencontre avec Mouloud Mammeri

C’est à l’université qu’il rencontre Mouloud Mammeri auprès duquel il prend des cours de berbère. Au contact de ce dernier, sa plume s’enrichira d’un nouveau discours, celui de cause identitaire et de la défense de la langue amazighe. Il confiera : « «A l’université, j’ai ouvert les yeux sur d’autres horizons. A la radio, mes auditeurs avaient compris à travers mes messages qu’il y avait un nouveau langage, que je n’étais pas là pour le +cachet+ ».

S’abreuvant sans cesse à la source de l’authenticité et des traditions ancestrales, Mohamed Ben a pu ainsi composer des textes poétiques de haute facture qui seront chantés par quelques bardes de la chanson kabyle, notamment Idir, Matoub lounes, Aït Menguellat, Djamel Allem…etc

Kahina A.

 

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