LIVRE DE BERNARD BAJOLET : susceptibilités algériennes

Le livre publié récemment par l’ancien ambassadeur et coordinateur du renseignement français Bernard Bajolet, aujourd’hui en retraite, a suscité, comme on pouvait s’en douter, une mini-tempête en Algérie. Motif : il aurait fait montre d’une approche partiale dans son analyse de la scène algérienne .

Observation contestable a tous égards. D’ailleurs, le passage consacré à notre pays n’est ni le plus long ni le plus intéressant comparé à ceux consacrés à la Jordanie, l’Irak, l’Afghanistan ou même la Syrie où l’auteur, jeune diplomate, n’a exercé qu’en tant que conseiller.

Sobre et relativement soporifique, le chapitre algérien n’apporte rien de nouveau si ce n’est cette perception un peu désabusée sur ces relations où il est impossible de parler vrai sans être taxé de nostalgique du colonialisme. Et quand Bajolet écrit que les Algériens se plaisent à penser que leur pays est au centre des préoccupations françaises alors que Paris a tourné la page, il énonce une plate vérité qu’Alger se refuse à admettre car on a toujours besoin de croire que l’on nous en veut pour nous rassurer sur notre importance. Que deviendrait la « diplomatie » algérienne s’il n’y avait pas quelques cranes, un canon et les polémiques récurrentes contre l’ancienne puissance coloniale ? Pour le reste, apprendre que la corruption a ravagé le pays y compris à travers la famille du chef de l’Etat n’est pas franchement une révélation de première fraicheur.

A l’inverse, le lecteur trouvera dans les descriptions du Moyen Orient des analyses passionnantes nourries par une érudition digeste qui stimulent la réflexion et ouvrent l’appétit sur des dossiers fanés par des décennies de censure ou de routine politicienne. Oui le livre de Bajolet mérite son succès mais pas pour ce que les commentateurs algériens ont cru devoir signaler.

Mourad Drali

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