LOUH, OUYAHIA, GENERAUX, DRS, GAID SALAH

Tayeb Louh, peu habitué aux joutes oratoires, a commis des déclarations fracassantes contre Ouyahia lequel, pour la première fois de sa longue carrière, a osé faire réponse aux puissants en l’occurrence, un proche du chef de l’Etat. Car on se doute bien que dans l’émission des messages politiques, le premier ministre sait que la parole du ministre de la justice n’a rien à voir avec les élucubrations de Djamal Ould Abbas avec lequel il lui est arrivé de polémiquer. Un cap vient d’être franchi.

Quand Tayeb Louh assure qu’à l’époque où il était responsable du syndicat de la magistrature, il s’était élevé contre les décisions d’emprisonnement des cadres, il affirme une vérité. Quand Ouyahia se défend en arguant qu’à la même période il n’était « que » premier ministre de Betchine et que c’était son ministre de la justice qui, en toute indépendance, a décidé d’enfermer illégalement des centaines de responsables d’entreprises économiques, il sait qu’il ne peut convaincre.
Mais lorsque monsieur Louh décrit une justice souveraine, équitable et transparente sous Bouteflika il manque de sérieux. Les soumissions de l’institution judiciaire se sont perpétuées et même multipliées avec l’homme d’Oujda.
Reste l’essentiel qui occupe les analystes officieux des salons algérois.
Pourquoi Monsieur Louh a organisé une rencontre avec la « société civile » à partir de la capitale régionale de l’ouest dont sont originaires la majorité des décideurs qui composent le groupe qui détient le pouvoir ?
En attaquant Ahmed Ouyahia, Louh (donné comme l’émissaire privilégié du cercle présidentiel), ne cible pas le chef du gouvernement dont tout le monde s’accorde à dire qu’il aurait docilement quitté ses fonctions quelles que soient les ambitions qu’il croit pouvoir entretenir ou qu’on l’encourage à cultiver.
Qui est donc visé par ces attaques où les charges lancées contre Ouyahia ne valent que par les vertus dont le ministre de la justice crédite le chef de l’Etat ?
Les mêmes analystes se plaisent à rappeler que Bouteflika n’a accepté de sacrifier le général Hamel, responsable de la sureté nationale, dont le limogeage fut le point départ d’un ébouriffant feuilleton, que contraint et forcé après sa menace publique d’engager le fer avec ceux « qui prétendent lutter contre la corruption et qui gagneraient à prouver leur propre intégrité. » Les commentateurs de l’ombre ne manquent d’ailleurs pas de rappeler que le général Hamel avait longtemps tenu tête à Gaid Salah.

Dans les salons algérois, on susurre que les anciens réseaux du DRS, brusquement réactivés, et la haute hiérarchie de l’armée s’activent à préparer (ensemble ?) le prochain scénario.
Pour le cercle présidentiel, l’urgence ne serait plus de vendre un cinquième mandat mais de préserver sa capacité de décision (ou de participation) à peser dans la guerre de succession. Et si l’on a décidé de sortir l’ultime rempart à l’occasion du premier novembre dans des conditions aussi pitoyables c’est que l’on a estimé qu’il y avait péril en la demeure.
D’où la volonté de récupérer certains pans de l’armée. La présidence pousse bruyamment à l’incident diplomatique avec la Suisse pour témoigner son soutien à Khaled Nezzar et ordonne la libération des généraux arrêtés dont les sources algéroises assurent que certains auraient été victimes de sérieuses violences. Ceux qui connaissent les faibles atomes crochus qu’il y avait entre l’ancien membre du HCE et l’actuel vice ministre n’hésitent pas à interpréter ces décisions comme un désaveu de ce dernier.
Parallèlement la guerre via les réseaux sociaux fait rage. Anis Rahmani, milicien médiatique assumé du cercle présidentiel, est pris en chasse à partir de l’étranger par des agents généreusement fournis en informations par des sources bien documentées.
Combien de temps durera la gestion sur mode billard de ces tensions souterraines qui purulent depuis des mois ?
La sortie oranaise de Louh est tout sauf anodine. Elle pose la question récurrente de l’alternance des clans régionalistes autour du contrôle du pouvoir.
Dans ce scénario Ouyahia peut être un leurre, un putching-ball ou un éclaireur mais en aucune façon un concurrent capable d’exister par lui même dans des enjeux aussi décisifs.

Akli Rahmoune.

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