6e anniversaire de la disparition de Abderrahmane Bouguermouh : Porte-étendard du cinéma algérien d’expression amazighe

 

A l’occasion de la commémoration du 6ème anniversaire de la disparition du réalisateur Abderrahmane Bouguermouh, la télévision algérienne lui a rendu hommage, cette semaine.
L’émission Ciné thématique d’Amir Nebbache lui était, en effet, consacrée, avec la diffusion du très beau documentaire de Ali Mouzaoui intitulé « Mon ami, mon double », suivi de « Kahla ou Beida », long métrage à succès du cinéaste disparu.

Da Abderrahmane, comme aimaient à l’appeler ses très nombreux admirateurs, était surtout connu par la jeune génération pour son film « La Colline oubliée », adapté du roman éponyme de Mouloud Mammeri. Pourtant, Abderrahmane Bouguermouh traînait derrière lui une carrière longue d’un demi-siècle.

Abderrahmane Bouguermouh voit le jour le 25 février 1936 à Ouzellaguène. Son père, instituteur à l’Ecole normale de Bouzaréah et sa mère, analphabète, mais non moins détentrice d’un riche héritage poétique berbère oral, veillent à transmettre à leur progéniture instruction et mémoire identitaire.

A l’adolescence, Abderrahmane quitte son village pour aller poursuivre ses études secondaires à Sétif. C’est durant cette période que surviennent les événements sanglants du 8 mai 1945 qui vont faire des dizaines de milliers de morts. Témoin impuissant de cette barbarie sans nom, le jeune Abderrahmane sera marqué à jamais par cette violence.
C’est en 1957 que Bouguermouh rencontre l’écrivain Mouloud Mammeri avec lequel il nouera une solide et longue amitié.

En 1960, Bouguermouh entre à l’IDHEC (Institut des hautes études cinématographiques de Paris). Aussitôt diplômé, il se lance dans la réalisation d’émissions de variétés pour la télévision française dans ses studios de Cognacq Jay. Ainsi engagé sur la voie de la réalisation, il espère faire de grandes choses. Au cours d’une rencontre avec son ami Mammeri, l’idée d’adapter à l’écran son roman « La Colline oubliée », sorti en 1952 est évoquée. L’idée est si séduisante qu’elle ne quittera plus jamais son esprit. En 1963, Abderrahmane Bouguermouh rentre au pays. Jeune réalisateur plein de promesses, il participe à la création du Centre national cinématographique algérien (CNCA) puis, à partir de 1965, il réalise une série de documentaires sur commande (Le Souf, Ghardaïa, Jeux universitaires maghrébins, 8 Mai 1945). C’est à cette époque qu’il rencontre Taous Amrouche, Mouloud Batouche, Mohand Arab Bessaoud et Mouloud Mammeri avec lesquels il engage le débat sur la culture amazighe.

En 1967, sort le moyen-métrage intitulé « La grive », sur un texte engagé de Malek Haddad. Encensé par la critique, le film sera plusieurs fois primé.
Vers la fin des années soixante, il tourne plusieurs courts métrages et réalise un épisode pour le film collectif « L’Enfer à dix ans », sorti en 1968. C’est cette même année qu’il dépose le scénario de son film « La Colline oubliée » à la commission de lecture du ministère de la Culture, précisant dans une lettre d’intention que son film ne peut se faire qu’en langue kabyle. Le projet n’est pas retenu. Abderrahmane Bouguermouh travaille alors sur d’autres projets mais ne perd jamais de vue l’adaptation au grand écran du roman de son ami Mouloud Mammeri.

Assistant-réalisateur, en 1973, sur le film « Chronique des années de braise » de Mohamed Lakhdar-Hamina, réalisateur, en 1978 de « Les Oiseaux de l’été » puis en 1980 de « Kahla oua Beida », un film au franc succès et en 1987 d’un autre film primé, en l’occurrence « Cri de pierre », Abderrahmane Bouguermouh ne reçoit, finalement, l’autorisation de produire « La Colline oubliée » qu’en 1989. L’attente aura été très longue et elle le sera encore plus puisque le réalisateur devra d’abord réunir les fonds pour lancer le projet. Le film verra enfin le jour en 1996, au grand bonheur du public qui a longtemps espéré voir ce long métrage voir le jour. Le succès est rendez-vous, notamment dans les festivals cinématographiques auxquels il prend part. Le réalisateur a encore beaucoup de projets, il veut raconter au cinéma l’histoire de Massinissa et de Jugurtha. Il veut aussi réaliser une trilogie sur Cheikh El Mokrani. Malheureusement, sa santé déclinante l’en empêchera.

Victime d’un accident de la circulation en 2007, le réalisateur en garde de graves séquelles, ce qui le conduit à faire de fréquents séjours dans des hôpitaux à Alger et en France.
Le 3 février 2013, Abderrahmane Bouguermouh perdait son combat contre la maladie. Il est enterré dans son village natal, sur les cimes des montagnes qu’il aimait tant. Son œuvre foisonnante est aujourd’hui un repère pour une jeunesse en quête d’un cinéma à la fois visionnaire et engagé.

Kahina A.

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