Saïd Sadi : « la survie de la nation se joue sous nos yeux  »

Saïd Sadi, ancien président et fondateur du RCD, intervient dans le débat qui anime, à la veille de la présidentielle du 18 avril prochain, la scène nationale. Dans une longue contribution publiée, ce matin par le journal électronique TSA, il livre, partant de sa longue expérience politique et son long parcours militant pour la démocratie, son analyse de la situation politique du pays. Intitulée « l’épreuve de vérité » la contribution livre, comme il le précise son auteur dès le début du texte, une analyse « aussi claire que possible de la situation algérienne avec, hélas, ses avatars présents et ses sombres présages ».

D’emblée, le Dr Sadi fait une mise au point sur le but de sa réaction. Il affirme n’avoir aucune intention électoraliste. « L’auteur de ces lignes n’est ni candidat à quelque poste que ce soit ni partie prenante de l’une ou l’autre des mises en scènes qui se profilent sous nos yeux depuis maintenant plusieurs semaines », précise-t-il.

Une fois la mise au point est faite, Saïd Sadi entame son analyse de la situation en faisant un rappel d’un constat fait déjà par le passé : « L’Algérie a manqué son départ d’après guerre ». Dénonçant les politiques du système et lançant des piques aux prétendants à la magistrature suprême, Saïd Sadi donne une nouvelle piste pour réaliser « un nouveau destin » pour les algériens.

« La mise en perspective d’un nouveau destin ne sera pas le fait du pouvoir. Il ne sait pas et ne voudra pas le faire. Il peut, dans le meilleur des cas, être associé à une sortie honorable consacrant sa fin de vie. Aucun des acquis qui viennent d’être rappelés n’a été le fruit d’une décision du régime. Il en sera de même pour la recherche d’une nouvelle configuration nationale à laquelle appellent depuis des années les opposants les plus raisonnables », explique-t-il.

Et d’ajouter dans ce sens : « Sauf que si on attend de voir le pouvoir s’y résoudre, ce sera trop tard car, cette fois, le sujet tient du one shot. On peut toujours rattraper un retard ou corriger une trajectoire sur un chantier si lourd et si complexe soit-il, mais l’Histoire n’offre pas beaucoup d’exemples de nations ressuscitées quand elles ont sombré. Or c’est bien la survie de la nation qui se joue sous nos yeux ».

Selon lui, « l’inévitable menace islamiste qu’on ne manquera pas de brandir ne vaut que s’il y a une volonté du régime de l’instrumentaliser pour justifier un maintien que son bilan condamne ». « Imposer un cahier des charges où les principes démocratiques seraient des postulats auxquels doit souscrire tout compétiteur est une chose faisable et éprouvée avec succès chez nos voisins », souligne-t-il.

« L’enjeu du destin national »

Poursuivant, le fondateur du RCD précise que «l’échéance du 18 avril prochain est, au fond, un épiphénomène face à l’enjeu du destin national. « Ceux qui, ignorant les enseignements du passé, ont, malgré tout, voulu s’y engager vérifient quotidiennement, et à leurs dépends, la vanité de disputer dans son antre la victoire à un spectre représenté par son image ». « Qu’ils se retirent au dernier moment ou qu’ils crient leur indignation le soir des résultats est, en vérité, anecdotique. L’essentiel et l’urgence sont ailleurs », indique-t-il.

« (…) Nous sommes, écrit-il, obligés de nous regarder tels que nous sommes avant d’affronter le regard de nos enfants ». « Nous n’avons d’autres choix que de nous repenser à travers de nouvelles valeurs et par des mécanismes opérationnels étrangers à la grammaire politique du système », enchaîne-t-il.

Précisant que la bataille « sera rude », mais cela, ajoute-t-il, « ne veut pas dire qu’elle ne sera pas loyale si nous nous  donnons les moyens de la préparer avec clarté et méthode ». « C’est bien connu, il n’y a de bataille perdue que celle qui n’a pas été livrée. A ceux qui seraient impressionnés par les menaces d’apparatchiks vantant la capacité du régime à contenir la rue, il faut rappeler cette vérité. Les Algériens n’ont pas gagné leur indépendance parce qu’ils disposaient d’une force supérieure à celle de l’armée française. Ils se sont libérés le jour où ils ont compris qu’il n’y avait rien à espérer de l’ordre colonial », conclut-il.

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