BOUTEFLIKA : JE NE ME PRESENTE PAS, JE RESTE

Le long communiqué, rédigé dans un style pompeux, qui vient d’être rendu public au nom du chef de l’Etat annonce le report des élections et le renoncement au cinquième mandat dont ( sic) il n’aurait jamais été question. Bouteflika propose également la tenue d’une « conférence nationale inclusive » qui serait pilotée par une personnalité nationale «  consensuelle » tout en restant au pouvoir au delà du terme du mandat constitutionnel qui expire le 28 avril 2019 pour une durée non précisée.

De nombreuses questions surgissent. Si le cinquième mandat est une vue de l’esprit, il serait utile de savoir qui a déposé le dossier de candidature de Bouteflika au conseil constitutionnel et dont cette institution a accusé réception ? Qui a actionné la « bande des quatre » qui a proclamé officiellement que le chef de l’Etat avait demandé un cinquième mandat pour assurer la continuité ? Comment Abdelaziz Bouteflika justifiera-t-il son maintien au sommet de l’Etat alors que rien ne l’y autorise ? Pour combien de temps se donne-t-il ce cinquième mandat qui ne dit pas son nom ?..Nul ne le sait.

Comme l’avaient annoncé certains acteurs politiques, la tentation de Bouteflika de se présenter comme l’auteur ou, du moins, l’initiateur  de la transition semble avoir prévalu.

Survient une autre question de taille : comment la rue algérienne va-t-elle accueillir cette annonce dont l’invraisemblance et les inquiétudes qu’elle suscite ne manqueront pas de relancer les suspicions à l’encontre d’un pouvoir, précisément rejeté pour caractère manœuvrier ?

A noter que, selon des sources bien informées, Ramtane Lamara a fait hier un voyage éclair à Paris au cours duquel on croit savoir qu’il a rencontré le président français Emmanuel Macron. L’aurait-il informé des décisions annoncées aujourd’hui ?

La France a tenu à manifester une distance remarquée par rapport aux manifestations saluées à travers le monde pour leur ampleur et leur civisme pour ne pas donner prise, assure Paris, à l’argument de l’ingérence. Mais son empressement, ce soir, à soutenir  cette dernière annonce de Bouteflika est révélateur d’un investissement politique français dans la recherche d’une solution salvatrice d’un régime garant de ses intérêts. Le masque est tombé.

Younes Lakrib

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