Saïd Sadi : « Bouteflika a ramené l’Algérie à la case des républiques bananières »

L’ancien président du RCD et militant de la démocratie, Saïd Sadi, charge violemment le président Bouteflika et les tenants du pouvoir. S’exprimant aujourd’hui au forum du quotidien Liberté, il revient longuement sur le contenu de la dernière offre politique du chef de l’Etat en la qualifiant de lettre « surréaliste ».

« En une lettre surréaliste, le chef de l’État nous a ramenés à la case des républiques bananières. C’est là le sentiment que m’a inspiré la déclaration du chef de l’État après l’avoir relue à trois reprises et qui figurera, à n’en pas douter, dans les annales des souffles burlesques des régimes autocratiques en fin de vie », lance-t-il.

L’orateur fait le parallèle entre l’attitude du président Bouteflika et celle de l’ancien président ivoirien, Laurent Gbagbo avant sa chute et son transfert devant le tribunal pénal international. Ce faisant, Saïd Sadi revient longuement sur l’impressionnante et surprenante mobilisation populaire qui réclame le départ du système.

Affirmant qu’il ne s’attendait pas à une telle « insurrection du peuple », Saïd Sadi salue ce sursaut. « En trois week-ends, notre jeunesse a réhabilité l’honneur, le crédit et le statut du pays dégradés par plus d’un demi siècle de tyrannie (…) On croyait avoir touché le fond après les menaces en direct infligées à l’ancien président de l’assemblée nationale (Bouhadja ndlr) pour qu’il se retire de l’élection alors qu’il venait de déposer son dossier au conseil constitutionnel quelques minutes plus tôt. Eh bien non ! Au chalenge de l’humiliation nationale, le régime a de la ressource », lance-t-il.

C’est pour cela, enchaîne-t-il, que la mobilisation populaire doit se maintenir et se renforcer. « Si la volonté populaire faiblit, le clan au pouvoir aura gagné et le chaos par lequel il a menacé, en vain, le citoyen, mais qu’il parvient encore à vendre à certains partenaires adviendra inéluctablement et ce sera terrible pour l’Algérie et la région nord-africaine», avertit-il.

« Mettre du contenu à la deuxième République »  

En homme expérimenté et en politique averti, Saïd Sadi appelle « à transformer l’insurrection citoyenne en une révolution démocratique ». A cet effet, il recommande « l’invention de nouvelles institutions et de laisser tomber celle hérité du sous-développement ».

« Ce n’est ni à Bouteflika, ni à l’armée de gérer cette transition. Il est plus pertinent pour le pays que le peuple se dote d’instruments d’organisation. Oui pour la deuxième République, mais il faut mettre du contenu », indique-t-il.

Poursuivant, il précise qu’il n’y a pas d’inconvénients à ce qu’il y ait un encadrement du mouvement populaire. « Les étudiants commencent à s’organiser. Il faudra aussi  des comités de quartier. Des personnalités connues et reconnues par les citoyens peuvent guider cette insurrection. Cependant, l’encadrement ne devrait pas être synonyme d’embrigadement », met-t-il en garde.

Le fondateur du RCD appelle, aussi les leaders de l’opposition à « faire preuve de retenue et à se taire ». « L’ambition est légitime. Mais nous avons une priorité. C’est de dire au gens du système : partez d’abord », affirme-t-il.

 Risques islamiste et DRS : « les deux existent »

Sur une question concernant le risque de voir ce mouvement récupéré par les islamistes, Saïd Sadi précise que celui-ci existe, comme d’ailleurs les tentatives de sa récupération par la police politique (DRS). « C’est une possibilité hémiplégique. Les deux risques existent. Le retrait des islamistes peut avoir une dimension tactique. Mais jusqu’à présent, et j’ai participé au trois dernières marches, je n’ai pas entendu de slogans islamistes », dit-il.

Saïd Sadi nie également toute volonté de briguer un mandat électif. « Je n’ai aucune ambition partisane ou exécutive. L’ancienne génération doit s’effacer. Même la mienne doit savoir se rendre utile sans avoir de prétention à l’exercice du pouvoir. Notre rôle est d’aider, quand cela est possible et nécessaire, à passer le gué, mais non à postuler à des responsabilités organique ou exécutive », indique-t-il.

Et d’ajouter : C’est en tout cas comme cela que, personnellement, j’appréhende ma place aujourd’hui ».

Massinissa Ikhlef 

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