Les révélations du général Khaled Nezzar sur l’attitude de Said Bouteflika vis-à-vis du Hirak

L’ancien ministre de la défense, le général Khaled Nezzar, donne des informations précieuses sur l’état d’esprit de Said Bouteflik, « cet homme qui ne voulait pas comprendre, qui ne voulait pas imaginer, que le rideau était définitivement tombé »

« Jusqu’à la dernière minute, le porte-parole du président – son frère Saïd – s’est accroché au pouvoir, multipliant les tentatives de diversion, les manœuvres, les manigances désespérées pour garder la haute main sur les affaires du pays », révèle le général Nezzar dans Algérie Patriotique.

Le général « Janvieriste » révèle avoir rencontré Said Bouteflika deux fois depuis le début du mouvement populaire : le 7 mars puis le 30 du même mois. « Je lui dis : étant donné que le peuple ne veut pas d’un cinquième mandat, qu’il veut aller à une deuxième République et qu’il rejette les membres de la classe politique en charge actuellement de responsabilités, j’estime qu’il faut répondre à ses demandes »,révèle Khaled Nezzar qui lui a suggéré d’étudier deux propositions.

« La première proposition : – Prendre comme base de travail la lettre du président qui parle de conférence nationale, la compléter en précisant les délais quant à sa durée de vie ; – Donner la date exacte du départ du président qui ne devrait pas excéder 6 à 9 mois : – Remplacer l’équipe gouvernementale actuelle par un gouvernement de technocrates », poursuit Khaled Nezzar.

« La seconde proposition, la plus raisonnable : – Que le président se retire soit par démission, soit par invalidation par le Conseil constitutionnel ; Parallèlement : – Désignation d’un gouvernement de technocrates ; – Création de plusieurs commissions indépendantes qui seraient compétentes pour préparer les futures élections et mettraient en place les instruments pour aller vers la deuxième République ».

L’ancien ministre de la défense révèle avoir suggéré à Said Bouteflika « la démission du président du Conseil constitutionnel et ceux des deux chambres du Parlement. Le nouveau président constitutionnel assurerait la vacance du président de la République et légiférerait par ordonnances. Inconvénient : une maîtrise moins aisée du processus du changement. Avantage : cette solution aurait toutes les chances d’être acceptée par l’opinion publique du moment que la décision serait entre les mains d’une instance de transition crédible parce qu’indépendante ».

Said Bouteflika a jugé cette deuxième proposition « dangereuse pour eux ». Et lorsque Khaled Nezzar le sonde sur la façon de gérer un éventuel refus de la lettre-proposition du président, Said Bouteflika a répondu séchement : « Ce sera l’état d’urgence ou l’état de siège ! ». Nezzar qui comprit que c’est Said Bouteflika, seul, qui prenanit les décisions présidentielles lui rétorqua : « Si Saïd, prenez garde, les manifestations sont pacifiques, vous ne pouvez en aucun cas agir de cette manière ! ».

Le second échange entre l’ancien ministre de la défense et Said Bouteflika a eu lieu par téléphone. « Le 30 mars, vers 17 heures, nouvelle tentative du même Saïd Bouteflika pour me joindre, cette fois-ci au téléphone. Après m’être demandé s’il était encore utile de lui répondre, j’ai finalement décidé d’écouter ce qu’il avait à me dire. Au son de sa voix, j’ai compris qu’il était paniqué. Il me dit que le vice-ministre de la Défense et chef d’état-major de l’ANP était en réunion avec des commandants des forces et qu’il pouvait agir contre Zéralda d’un instant à l’autre. Il voulait savoir s’il n’était pas temps de destituer le chef d’état-major. Je l’en dissuadai fortement au motif qu’il serait responsable de la dislocation de l’armée en cette période critique », affirme le général à le retraite.

Khaled Nezzar révèle aussi avoir conseillé à son interlocuteur l’application de « l’article 7 réclamé par le hirak et la désignation de membres de la société civile représentatifs pour assurer la transition et, ensuite, faire savoir immédiatement après que le président se retirait ». Mais les Bouteflika ont refusé. « La mise en pratique d’une telle proposition nous aurait sortis de la crise. Ils n’ont pas voulu le faire », estime le général Khaled Nezzar.

Arezki Lounis

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