LITTÉRATURE / THÉÂTRE : Aziz Chouaki tire sa révérence

Triste nouvelle. Aziz Chouaki n’est plus. L’enfant prodige de Tizi Rached est décédé mardi, 16 avril 2019 à l’âge de 67 ans.

Né le 17 août 1951 à Tizi Rached, dans la wilaya de Tizi Ouzou, au sein d’une famille d’instituteurs, le jeune Aziz n’a que 4 ans quand sa mère, institutrice, s’installe à Alger. Marqué par l’abandon de son père, le jeune garçon trouve refuge dans les livres.

Elevé dans la richesse des trois langues -berbère, arabe et française- pratiquées en Algérie, Aziz développe pourtant un certain penchant pour la littérature française classique qu’il découvre au grès de ses lectures à la bibliothèque de la caserne, lors de son service militaire. A sa sortie en 1977, il se met à écrire, sentant en lui ce besoin irrépressible de dire des choses pour libérer ces émotions enfouies en lui. En 1983, il rassemble ses poèmes en un recueil qu’il intitule « Argo » puis le publie à compte d’auteur. Ses poèmes au style particulier ne laissent pas indifférents. Il est alors encouragé par les critiques positives qu’il reçoit à continuer sur cette voie. Inscrit à l’université d’Alger, il y prépare une licence de lettres anglaises puis un magister sur « Ulysse » de James Joyce. En parallèle, il flirte un peu -beaucoup- avec la musique jusqu’à devenir l’un des noms de la scène rock algéroise. Fort de ses reprises des répertoires en vogue à l’époque, comme les Beatles, Hendrix ou Wes Montgomery, il va se produire dans les boîtes et cabarets de la côte algéroise. Sa carrière d’artiste va du reste influencer sa carrière d’écrivain et lui inspirer quelques ouvrages, notamment « L’Etoile d’Alger » qui paraîtra en 2004. Traduit en plusieurs langues, ce roman sera auréolé de prix (Prix Fnac 2004, Prix Flaïano 2006 à Rome).

Mais c’est avec son premier roman, paru en 1988 qu’Aziz Chouaki fera son entrée dans le monde très fermé de la littérature. « Baya » -c’est son titre- est une sorte de long monologue où l’inconscient féminin algérien se trouve libéré par la parole. Baya, à la fois produit colonial et héritière de la tradition algéroise va alors incarner « l’Algérie du bon sens populaire, un peu nostalgique du « temps de la France », ce qui ne manquera pas de lui être reproché. Deux ans plus tard, ce texte sera néanmoins repéré par le metteur en scène Jean-Pierre Vincent qui lui proposera de l’adapter au théâtre. Le texte sera monté aux Amandiers en 1991et pour Aziz Chouaki, c’est une carrière de dramaturge qui commence.

C’est d’ailleurs en cette même année 1991 qu’il quitte définitivement l’Algérie suite à des menaces de mort proférées à son encontre, en raison des « Nouvelles sulfureuses » qu’il publiait chaque semaine dans le Nouvel Hebdo où il mettait en scène FLN et islamistes.

Sa carrière va connaître un bond considérable avec la publication de plusieurs titres dont « Les Oranges », publié en 1997 aux éditions Mille et une nuits et qui sera l’un des textes majeur du théâtre francophone, « Une virée », texte théâtral monté en 2004, 2005 et 2006, « Aigle », Arobase » (romans), « Avoir 20 ans à Alger » (fiction), « Chez Mimi », « La Pomme et le Couteau », « Zoltan »… (théâtre).

« Nénesse », paru aux éd. Les Cygnes en 2018 et mis en scène au théâtre Déjazet par Jean-Louis Martinelli sera un grand succès populaire, tout comme « Esperanza », à l’affiche, il y a encore quelques semaines à peine.

Kahina A.

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