Repression, activités officielles et discours de Gaid Salah : La stratégie de redéploiement du système

La stratégie du pouvoir commence à devenir claire. Il procède à quelques changements de façade en adoptant la technique agricole du goutte à goutte. A Chaque vendredi mobilisateur, le chef d’état major répond par un mardi mystificateur. Il ne touche à rien au socle du régime mais procède à quelques retouches qui n’entame en rien le système qui l’a adopté, promu et propulsé à la première ligne.

Depuis le 22 février, le général de corps de l’Armée est devenue le chef d’orchestre d’une partition du régime qui agace. Dans sa case d’objectifs ciblés : la faiblesse de la dynamique, arriver à imposer un fait accompli et, biensûr, s’imposer comme« l’unique Sauveur » d’une nation en crise.

Dans cet espoir perdu d’affaiblir la dynamique citoyenne, Gaid Salah compte sur le facteur temps. Mais pas que ça. Il laisse faire la machine répressive des forces de l’ordre. Ces dernières usent de bombes lacrymogènes à volonté pour dissuader les familles de revenir lors des prochaines marches et grogner un peu dans le chiffre des manifestants. Elles conduisent des femmes au commissariat, les déshabillent avant de les libérer au milieu de la nuit pour terroriser la gente féminine et la désolidariser du corps du mouvement. Elles filtrent les accès de la capitale pour dégrossir les rangs des manifestants à Alger. Gaïd Salah a même tenté le diable en suggérant, sans le dire expressément, que le drapeau amazigh est une atteinte à  l’un des symboles de l’État les plus chers à la natio, à savoir l’emblème national. Et il n’est pas un pur hasard si le lendemain, les forces de l’ordre ont ouvert la chasse aux drapeaux amazighs. Le but de cette manœuvre est de créer un schisme dans le corps du peuple Algérie uni dans son objectif de faire tomber le système, cher à Gaïd Salah.

Pour imposer le fait accompli, Gaïd Salah feint d’oublier l’engagement d’activer l’article 07 et 08 de la constitution. Pire encore, il laisse les hommes du régime redistribués sur l’échiquier de commande passer à l’offensive provocatrice. Abdelkader Bensalah entame de faux dialogues avec des personnes non représentatives et appelle à une conférence nationale en vue d’installer la commission de surveillance des élections. Bien avant, il nomme, sans avoir les prérogatives constitutionnelles, un wali et le nouveau président du conseil constitutionnel. Les membres du gouvernement Bedoui, décrié par 22 millions de voix Algériennes, multiplient les sorties furtives sur terrain. Et leur porte parole officiel s’offre le luxe de traiter le peuple qui les chasse de minorité non représentative. Le but de cette manœuvre est créer le doute dans les esprits et tenter de ramasser toutes les forces éparpillées du régime, jusque là sonnées par l’ampleur du mouvement populaire.

Au milieu de tout ça, le général de corps de l’Armée, Gaid Salah, multiplie les signaux pour faire comprendre à l’opinion qu’il est le nouveau maitre d’Alger sur qui, et avec qui, il faut compter. Il se pose en unique protecteur du peuple face à de prétendues menaces d’un clan rival qui chercherait à créer le chaos. Il donne des ordres à la justice, lui dicte les dossiers à traiter et lui règle la cadence de travail. Il promet d’ouvrir de nouvelles perspectives quand il le jugera nécessaire. Bref, il use d’un discours de chef d’état et de propos purement électoralistes, tout en laissant le soin aux réseaux d’en amplifier la signification dans l’espoir de voir, un vendredi, la foule acclamer son intronisation officielle. Et réussir le retour du régime avec un nouvel habit vert kaki.

Nadia Mehir

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