UN TEMPS, DEUX DISCOURS : Qui corrige Ahmed Gaïd Salah ?

Au fil des discours-contre discours, les doutes se confirment. Le chef d’état major de l’Armée n’est pas maitre de ses mots. Ce n’est pas la première fois qu’une main invisible vient le recadrer, le corriger et le pousser à revenir au peuple avec une copie plus sereine.

Hier, Ahmed Gaid Salah a lu un discours très tendu, ferme et surtout menaçant. Il a admonesté l’opposition qui s’est permise de boycotter sa fiche de route, menacé le peuple qui empêche les ministres de faire leurs tournées, qualifié les animateurs du hirak de voix qui sèment le trouble et assuré que l’armée accompagnera l’agenda politique arrêté par Ben Salah.

Quelques heures plus tard , le même chef d’état major revient au même auditoire avec la même feuille corrigée, revue et délestée de beaucoup de mots qui fâchent. Il ignore la présidentielle et Ben Salah. Il lance une invitation à l’opposition de lui livrer une « proposition constructive et initiative utile allant dans le sens du dénouement de la crise et menant le pays vers la paix ». Qui a revu son discours et qui l’a sommé de revenir au pupitre pour corriger « la gaffe » ?

Ahmed Gaid Salah n’est pas à son premier exercice du genre. Rappelons-nous le discours du mardi 26 février ,lu devant un parterre d’officiers à Tamanrasset, dans la semaine qui a suivi le premier vendredi du Hirak. Gaid Salah avait reproché aux manifestants d’être « manipulés » avant d’user de propos menaçants à l’encontre du peuple qui commençait son mouvement. Quelques heures après, le discours du chef d’état major a été révisé, censuré et remis à l’APS sous une forme plus soft, linéaire et apaisante.

En livrant deux discours différents en un laps de temps très court, le chef d’état major donne la preuve formelle qu’il ne tient pas seul les rennes de commande. Du moins, Il donne le signal qu’il incarne un pouvoir qui vacille.

Arezki Lounis

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