ARRESTATION DE TOUFIK, TARTAG, ET SAID : Que des feuilles mortes, l’arbre est toujours là

Les trois « intouchables » du régime sont aux arrêts à la prison militaire de Bilda en attendant la fin de l’enquête ouverte, et probablement leur jugement. « Un mini-séisme », juge Said Sadi, dans une contribution parue hier sur sa page Facebook.

La diffusion en continue des images de Toufik, Tartag et Said Bouteflika, en train de rejoindre le bureau du procureur militaire, a donné lieu à un sentiment mitigé chez les Algériens. Les réseaux médiatiques et sociaux proches du chef d’état major, pressés d’aller aux présidentielles et mettre sous étouffoir cette révolution citoyenne qui a « trop duré », ont très vite crié victoire, loué l’acte de bravoure de Gaïd Salah et chanté la fin de l’ère de « la bande». « Place au dialogue ! », pressent -t-ils dans un espoir d’engager l’esprit citoyen dans une autre courbe que celle de la défiance du système en place.

Hormis ces mains du régime, l’écrasante majorité du peuple a vu dans l’opération « une poudre au yeux » qui ne règle en rien l’équation posée un certain 22 février. Pour cette majorité avide de changement radical de système, ces dernières arrestations sont certes réjouissantes, nécessaires et revendiquées mais insuffisantes, voire secondaires par rapport au corpus des revendications levé par près de 22 millions d’Algériens à travers les 48 wilayas.

« Yetnahaw gaâ », ce slogan consensuel de la révolution en marche, n’a pas connu la moindre satisfaction. La gestion par procuration de la république a simplement été transférée de la main de Said Bouteflika, depuis hier arrêté, à celle d’Abdelkader Bensalah, cet homme de main zélé de la famille « qui bouffe ». Nordine Bedoui, ce ministre de l’intérieur aux mains magiques qui sait faire sortir les toutous désirés des fonds des urnes, a été promu chef de gouvernement que personne ne pourra dégager en vertu de l’article 104 de la constitution, Livre Saint du nouveau maitre d’Alger. Les apparatchiks du système maffieux continuent de se pavaner dans les résidences d’État et les salons de la magouille. Le parti FLN, cet appareil politique par lequel toute l’imposture post-indépendance a été légitimée, continue de profiter du droit de jouissance du sigle le plus noble et le plus commun de tous les Algériens. Ce parti que les 22 millions d’Algériens ont réclamé la dissolution est même instruit par le nouveau sultan à jouer la main pieuse et le bras généreux du système en ce mois du ramadhan. Les élections présidentielles rejetées en masse et en toute clarté par le peuple algérien, ses élus et ses juges, sont maintenues. Les grosses fortunes qui ont prospéré sous le règne des Boutef continuent leurs belles affaires. Les nababs qui émargent au registre du clan dominant sont même rassurés. Le dispositif juridique et institutionnel qui a permis la félonie et la rapine est toujours maintenu. Bref, le système politique que la révolution citoyenne pacifique est venu balayer n’a pas suivi le processus naturel du cycle de vie.

Quelques feuilles sont tombées mais l’arbre noueux est toujours là. S’il n’est pas déraciné, il est fort possible qu’il donne d’autres fruits amers sous peu. D’où cette nécessité historique de continuer le combat.

Moussa T

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