Décès de l’artiste Azwaw Ali Mammeri : Un grand artiste parti sur la pointe des pieds

La peinture algérienne est en deuil. L’artiste plasticien Azwaw Ali Mammeri vient de tirer sa révérence en ce mardi 21 mai 2019, suite à une chute survenue dans son atelier ayant entraîné une insuffisance puis un arrêt respiratoire. Il laisse la scène culturelle algérienne et la scène plastique, plus particulièrement orpheline.

Celui dont le nom se confondait souvent avec celui de son illustre grand-père – Azouaou Mammeri, lui aussi artiste peintre-, Azwaw Ali Mammeri, a vu le jour le 24 septembre 1954 à Belfort, dans la daïra d’El Harrach, une semaine après le décès de son aïeul. C’est à Larbaâ dans la Mitidja qu’il passe les premières années de sa viedans la grande maison de son grand-père. C’est à travers les récits de sa grand-mère paternelle, Aziza, qu’il apprendra à mieux connaître son grand-père dont le parcours artistique aura sans doute une influence sur sa propre destinée. En 1956, l’armée coloniale bombarde le village de Larbaâ, détruisant ainsi de nombreuses fermes dont celle des Mammeri. Contrainte de tout abandonner, la famille part donc pour le Maroc. Azwaw rentre en 1961 à l’école de Sidi Slimane dans les environs de Rabat. Dans cette terre d’exil, ses parents trouvent réconfort et solidarité auprès des Gaty, un couple d’Algériens, amis de son grand-père. Mme Gaty est elle aussi artiste-peintre. Pour le petit Azwaw, chaque visite chez ces nouveaux amis est un enchantement car il découvre le monde de la peinture à travers tous les accessoires utilisés par l’hôtesse de maison, à savoir des chevalets, des palettes, des pinceaux, des tubes de peinture…etc

En 1962, l’indépendance de l’Algérie recouvrée, la famille d’Azwaw décide de rentrer au pays. Elle s’installe dans un premier temps, aux Issers chez la grand-mère maternelle d’Azwaw, Mekioussa Aberkane. Cette dernière, issue d’une famille de bijoutiers d’Ath Yenni marquera le jeune enfant, fasciné par la façon qu’elle avait de manipuler l’argent pour en faire des bijoux de toute beauté, symboles de la culture et de l’identité berbère. Peu après, le père d’Azwaw est nommé à un poste de haut fonctionnaire au ministère de l’Agriculture, la famille dispose alors d’un logement de fonction au Jardin d’Essais du Hamma, à Alger. Sa maman,Louiza Mammeri, travaille comme conservatrice à l’insectarium national d’Alger au Jardin d’Essais jusqu’à son départ en retraite en 1999. Là encore, le petit Azwaw toujours aussi curieux par tout ce qui se passe autour de lui s’intéressera beaucoup au métier de sa maman, observant ses gestes minutieux et s’imprégnant de sa passion.

Deux ans plus tard, les Gaty rentrent à leur tour au pays, pour les Mammeri ce seront d’heureuses retrouvailles ;les enfants eux, entretiennent des rapports privilégiés avec le couple d’amis qui, n’ayant pas eu d’enfants, considère Azwaw et sa fratrie comme les leurs.

C’est Mme Gaty qui, en quelque sorte, mettra au jeune Azwaw le pied à l’étrier de l’art et de la peinture. En lui offrant régulièrement des livres d’art, elle lui fait, en effet, découvrir de grands noms de la peinture comme Picasso, Delacroix, Kandinsky…etc

Le jeune garçon se met alors à reproduire les personnages qu’il voit dans les bandes dessinées. Il est encouragé par son entourage, notamment par sa maman.

A l’école, Azwaw est un élève plutôt moyen, manifestant peu d’intérêt pour l’enseignement classique. En revanche, il se passionne beaucoup pour tout ce qui a trait au dessin de cartes géographiques, de schémas de sciences naturelles ou de graphes de fonctions mathématiques.

En 1976, et après avoir décroché son bac, il s’inscrit à l’université d’Alger pour y préparer une licence de français. Même s’il a peu d’intérêt pour cette branche, il découvrira, néanmoins, à travers un enseignement de grande qualité, les différents concepts à la base de la communication moderne. Sa vision réflexive s’ouvrira davantage aux principes fondamentaux notamment à travers les conférences d’éminents intellectuels auxquelles il aura la chance d’assister comme celles de Tahar Djaout, Rachid Mimouni, Kateb Yacine, Mouni Berrah, Abdelkader Alloula, et d’autres encore. Ses enseignants -Dalila Morsly, Christiane Achour, Ismaïl Abdoun, etc – le marqueront à leur tour, de façon indéniable.

Diplômé en 1980, il rejoint le lycée mixte de Mohammadia (El-Harrach) pour y enseigner le français. Malheureusement, la profession d’enseignant ne lui convient pas, d’autant que les élèves manifestent peu d’intérêt pour la matière qu’il enseigne. C’est durant cette période d’insatisfaction professionnelle que sa passion pour la peinture refait surface. Il s’aménage un espace dans la maison familiale pour en faire un atelier de peinture. Sa première exposition se fera à la faveur d’un hommage à Kateb Yacine organisé par l’université d’Alger à l’occasion du trentième anniversaire de Nedjma. Azwaw y présente une série de peintures. C’est sa première exposition. Azwaw abandonne son poste d’enseignant pour travailler comme chargé d’affaires culturelles à la Wilaya d’Alger. Il est alors nommé conservateur du musée de Bordj El Kiffan, chargé de la supervision des travaux de réhabilitation de l’ancien fort turc. Un projet qui sera, malheureusement, voué à l’échec. La même année, il est chargé d’organiser le festival de la bande dessinée, un rendez-vous qui lui permet de rencontrer la crème des bédéistes algériens dont Slim, Maz, Melouah, Ait Kaci.

Lorsque qu’éclatent les événements d’Octobre 1988, l’artiste est tellement marqué par la violence de la répression qu’il peint une série de toiles qu’il accrochera sur les cimaises de l’enceinte universitaire de Bab Ezzouar en 1990, en guise de soutien à la grève des étudiants.

Artiste talentueux, généreux et sensible, Azwaw Ali Mammeri se dévoilera à travers ses œuvres lors d’expositions auxquelles il participe. Avant son décès, il travaillait sur une énième exposition.

Kahina A.

vous pourriez aussi aimer Plus d'articles de l'auteur

%d blogueurs aiment cette page :