Le chef d’état major a-t-il lu la constitution ?

Le chef d’état major a-t-il lu la constitution Algérienne ? La question mérite d’être posée. Malgré son amour pompeusement déclaré à la loi fondamentale et son entêtement à ne pas s’en éloigner ne serait-ce que d’un iota, l’inconstitutionnalité reste le caractère premier de sa démarche.

D’abord dans la forme. le chef d’état major, en treillis de combat,  s’adresse au peuple Algérien à partir d’une caserne sur des affaires purement politiques, donne des directives politiques et en impose la cadence. Tout ça, au nom de la constitution. Cette même constitution qui, paradoxalement, interdit tout ça. L’article 28 de la constitution, chère au général Gaïd Salah, encadre de façon claire les missions et champs d’intervention de l’armée. Dans son 2e et 3e alinéa , il stipule textuellement que « l’Armée Nationale Populaire a pour mission permanente la sauvegarde de l’indépendance nationale et la défense de la souveraineté nationale. Elle est chargée d’assurer la défense de l’unité et de l’intégrité territoriale du pays, ainsi que la protection de son espace terrestre, de son espace aérien et des différentes zones de son domaine maritime ». Le traitement des crises politiques, économiques et sociales est dévolu, selon les termes de cette constitution, au président de la république ou à son intérimaire, en cas de décès, incapacité physique ou démission du premier. Par conséquent, toutes les interventions publiques du chef d’état major sont inconstitutionnelles et les silences du chef de l’Etat sont troublants.

Laissons la forme et intéressons nous au fond. Le général Gaïd Salah tient à la tenue des élections même si tout le corps électoral est descendu dans la rue exprimer leur rejet. N’est-pas là un attentat militaire à blanc contre l’article 07 de la constitution ? En vertu de quel article constitutionnel, raison d’Etat ou logique politique ou militaire, peut-on se dresser seul contre la volonté de tout un peuple ?

Allons plus loin. Le chef d’état major de l’armée presse le gouvernement d’installer au plus vite la commission nationale d’organisation et de surveillance des élections. Ce mécanisme est présenté comme un signe de bonne volonté – politique ou militaire ? – d’organiser une élection libre et transparente. Mais en vertu de quel article de la constitution va-t-on l’installer ? Quelles sont ses prérogatives, sa composantes, le mode de désignation de son président et membres, son statut, ses missions ? La loi électorale actuelle ne fait aucune référence à cette commission et la constitution, très chère à Gaïd Salah, ne parle que de la commission nationale de surveillance des élections. Gaïd Salah et toute sa mouche électronique peuvent le vérifier en lisant l’article 194 de ladite constitution.

Le chef d’état major rame à contre-constitution au nom d’une constitution qu’il n’a probablement jamais lu ou ,du moins, mal lu.

Moussa T

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