La légende Mennad en concert à Montréal : Ameslay l’a rencontré


Invité par l’Association des Amis de TQ5, une télévision de la diaspora kabyle qui émet à partir de Montréal, le rossignol de la chanson moderne kabyle, Mennad, retrouve la scène après une traversée du désert qui aura duré une trentaine d’années.

De notre correspondant à Montréal : Salah Amrane

Chanteur à la voix voluptueuse et cristalline, compositeur prodigieux hors pair, mais également poète au verbe finement ciselé, héritage de sa grand-mère maternelle, qui lui transmit la quintessence de la culture kabyle, Mennad puise à la source des ancêtres et à la poésie ancienne kabyle.

Homme de grande culture, imbu de valeurs universelles avec un fort attachement à la langue et à la culture ancestrales, qui ont traversé des siècles, l’artiste, en revisitant l’histoire et en puisant dans le terroir, a œuvré à dépoussiérer les trésors du patrimoine, d’abord, et du coup, à faire prendre conscience et à réveiller « les oublieux de la langue ancienne », pour paraphraser Assia Djebbar, sur la richesse et la beauté de notre patrimoine culturel, qu’ils se doivent de se réapproprier. Et c’est ainsi qu’il a contribué avec tant d’autres artistes au renouveau culturel et à l’éveil identitaire amazigh de la fin du siècle dernier.

Issu de la fabuleuse génération des artistes de talent des années 70 et 80 qui ont propulsé vers le haut la musique kabyle pour la mettre en orbite de la modernité, à l’instar des Idir, Ferhat, Djamel Allam, Meksa, Djurdjura, Brahim Izri, Sofiane, Malika Domrane, Chennoud et autres icônes de la belle épopée, Mennad a inscrit son nom en lettre d’or dans le registre de la musique kabyle.

Auteur de chefs-d’œuvres impérissables, tels que Hmed Umerri (bandit d’honneur), Ttuha ! (berceuse), Amedyaz (le poète), Ay Aggur ihin (chanson champêtre), Iseyyaden n Tnes (les Pêcheurs de Ténès), Azetta (la Prisonnière du tissage), Aheddad Lqalus (le Forgeron de Lqalous), Imucagh (les Touareg), Tizizwit (l’abeille), etc., le chanteur Mennad a marqué de son empreinte toute une génération de fans et d’admirateurs qu’il avait laissés sur leur faim il y a trois décennies, en arrêtant de chanter. Une faim que son public montréalais assouvira à coup sûr la soirée de ce samedi 08 juin 2019 au Patro Le Prevost.
S.A
 

Courtois et disponible qu’il est, l’invité de Montréal a bien voulu répondre aux questions d’Ameslay.

Avec une notoriété déjà bien établie et une carrière prometteuse, vous arrêtez subitement de chanter à la grande surprise de vos admirateurs…

L’explication est simple. À la fin des années 80, soit plusieurs années après l’enregistrement de mes deux albums, le premier en 1980 et le second en 1983, je n’avais toujours pas réussi à attirer l’attention d’un manager dont le métier est de gérer, entre autres, l’activité logistique de l’artiste. En fait, la musique kabyle ignorait totalement la notion même de management artistique. Je crains qu’à ce jour ce ne soit toujours le cas. C’est ce qui m’a fait arrêter l’activité musicale. 

Après 30 ans d’absence de la scène artistique, vous avez choisi la ville de Montréal pour les grandes retrouvailles. Des raisons particulières ?

Oh! Il y a déjà l’existence d’une communauté kabyle importante à Montréal. Ensuite, Racid At Ali Uqasi de la TQ5, une TV kabyle basée au Canada, a fait le reste en m’y invitant à la suite d’un échange nourri en vue de la préparation d’un spectacle-hommage, bien que je sois plutôt réservé par rapport à ce terme d’hommage.

Peut-on parler d’un retour ?

Difficile de parler d’un retour possible en ce qui me concerne, à l’heure qu’il est. Un minimum de recul est de mise.

Vous animez ce samedi un gala au Patro Le Prevost, à Montréal. Quels sont vos pressentiments ?

Un peu d’appréhension tout de même, après tant d’années de silence. Ayant perdu complètement le contact avec le public, je ne sais pas trop comment celui-ci va réceptionner ce retour qui pour l’instant n’en est pas vraiment un.

Un mot pour votre public.

Qu’il soit indulgent avec moi.

Propos recueillis par S. Amrane

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