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Karim Younes : « Nous ne sommes qu’une interface »

Karim Younes, en bon vieux militant du FLN, sait jongler avec les mots et faire le tour des questions sans les aborder telles qu’elles se présentent. Les longues années qu’il a passées dans l’appareil du FLN et dans les chambres du système lui ont appris l’art de la démagogie politique. Au lendemain de l’installation difficile du comité des sages qui regroupe un bon nombre de porteurs d’eau au système, le coordinateur du panel fait le plaidoyer du dialogue pour charmer, et refuse toujours d’être présenté comme le promoteur de la feuille de route concoctée aux Tagarrins.

« Nous ne sommes qu’une interface. Nous ne parlons pas au nom de l’Etat. Nous ne parlons pas au nom du Hirak. Nous ne parlons pas au nom du peuple. Nous parlons au nom de notre raison qui nous pousse à penser que le dialogue est la meilleure voie pour trouver des solutions à la crise qui sévit actuellement dans le pays », a précisé le coordinateur du panel, estimant que « si on ne trouve pas de solution, le pays peut aller vers des lendemains qui nous font craindre le pire ».

Karim Younes refuse toujours d’indiquer que le rejet populaire massif concerne le dialogue tel que décliné et non en tant principe universel au sens large. Tous le monde est conscient des vertus du dialogue et sa necesité pour regler des crises politiques. Sur ce chapitre,  Karim Younes et une bonne partie de son équipe, militants du FLN, sont les mal placés de la scène politique pour donner des leçons sur le sujet. Si le pays est arrivé à cette crise, c’est parce que leur parti et le système qu’ils défendent ont fermé les portes du dialogue sérieux un demi-siècle durant.

Si Karim Younes veut un dialogue sérieux, serein et, surtout,  prometteur d’un changement radical du système en fin de cycle, il doit expliquer aux tenants du pouvoir qui l’ont missionné que ce dialogue doit être  axé sur les modalités d’entamer une phase de transition démocratique. Le peuple a clairement dit que nul dialogue n’est envisageable avec la bande. Le départ total et définitif de tous les symboles du système finissant est par conséquent une condition sine qua non pour assurer un dialogue serein entre toutes les forces vives et composantes politiques, sociales et culturelles du pays pour mettre en place cette phase transitoire réclamée par tout un peuple et qui sera constituante de la nouvelle république.

Le dialogue que propose Karim Younes, et porté à bras le corps par tous les débris du système éclaté, n’en est pas un. Il est limité à l’examen des modalités d’organiser des présidentielles le plus tôt possible pour faire sortir le système de sa propre impasse. Le dialogue que veut le peuple est celui qui consacre le départ total et définitif de tous les symboles du système, la remise à plat du dispositif constitutionnel et la fondation d’une vraie république qui consacre l’indépendance de la justice, la séparation des pouvoirs, la liberté d’expression, le renforcement des contre-pouvoirs et l’égalité des chances entre tous les citoyens. Karim Younes propose un atelier de replâtrage du système. Le peuple ordonne l’ouverture d’un grand chantier pour la construction d’un nouvel État. Le système précipite le pas car il est en crise. Le peuple n’est pas dans cette posture. Karim Younes cherche un échange d’amabilités et le peuple veut une discussion franche et profonde. C’est pour ça que le peuple et le système ne parlent pas du même dialogue.

Nadia Mehir

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