Chanson kabyle : « Na Djamila » tire sa révérence

Elle était l’une des voix emblématiques de la chanson kabyle. « Na Djamila » n’est plus, elle est partie aussi discrètement qu’elle a vécu, sur la pointe des pieds.

Originaire du village d’Ait Bouhini (Yakouren), Djamila –Djohra Bachène de son vrai nom- y voit le jour en 1926 (1930, selon d’autres sources). En l’absence de la figure paternelle qu’elle perd alors qu’elle est à peine âgée de 12 ans, Djohra se retrouve dans l’obligation de s’occuper de ses frères et sœurs. Les ressources étant maigres dans l’Algérie profonde, de surcroît sous domination coloniale, la jeune fille débarque à Alger à 16 ans.

Grâce à sa voisine Chabha, elle intègre la Radio algérienne, alors dirigée par Mme Lafarge.

Elle participe également à diverses émissions de la radio chaîne II. Grâce à sa personnalité et à sa maturité, elle devient animatrice au sein de cette radio. Sa voix devient très vite incontournable sur les ondes de la radio kabyle.

Djamila a le vent en poupe. Entre l’animation radiophonique et la chorale, elle est en train de se frayer un chemin sûr sur la scène algéroise. Et pourtant, son ascension ne s’arrêtera pas là puisqu’elle sera sollicitée par des producteurs pour camper des rôles dans des sketches et feuilletons radiophoniques. Elle jouera aux côtés des plus grands, en l’occurrence Rouiched, Ali Abdoun, Mohamed Hilmi, Djamila Bouguermouh et d’autres encore. Elle tournera également dans des longs métrages avec le regretté Cheikh Noureddine ou encore avec Sid-Ahmed Agoumi. On la verra notamment dans « Roméo et Juliette » de Mohamed Hilmi, « Kazwirli », « Les hors la loi », « Bab el Web», …etc

Djamila se verra par ailleurs offrir un rôle dans le film de Abderrahmane Bouguermouh, « La colline oubliée », adaptation du roman du grand Mouloud Mammeri. Voulant toucher à d’autres répertoires mais surtout ouvrir son horizon artistique, elle se perfectionne dans l’apprentissage écrit de la langue française, apprend même en cours du soir l’arabe et passe son permis de conduire.

Djamila a composé et interprété tout au long de sa longue carrière 217 chansons dont « Amlaâiur – Igurzra wulis – “Al Ferhnegh essoudnegh », « Arnuyas amane »…etc

Après près d’un demi-siècle consacré à l’art, Djamila décide de prendre sa retraite après son pèlerinage à la Mecque. Bien qu’elle fût invitée parfois à des hommages artistiques, organisés en son honneur, elle préférait néanmoins la sérénité familiale. 

Na Djamila sera enterrée aujourd’hui au cimetière de Dely Ibrahim. Qu’elle repose en paix.

Kahina A.

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