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Mathilde Panot, députée de mouvement La France insoumise à Ameslay : « Il y a en France un silence coupable et intéressé autour de la révolution algérienne »


Mathilde Panot députée Française du mouvement La France Insoumise de ‎Jean-Luc Mélenchon a été en visite en Algérie, il y a quelques jours. Accompagnée de son suppléant Mourad Tagzout, ils étaient interpellés à Béjaia après la marche de la communauté universitaire. Ils ont, par la suite, subi une exclusion qui ne dit pas son nom. Mme la députée revient dans un entretien qu’elle nous a accordé sur cet incident et nous livre son analyse de la révolution du sourire et de son impact sur la scène internationale.
Contrairement à ce qui est communément partagé concernant l’exportation de la démocratie occidentale vers les pays du sud, Mathilde Panot estime que c’est cette révolution que mène en ce moment le peuple Algérien qui doit inspirer l ’occident.

 L’ENTRETIEN :

Quel bilan faites-vous de votre visite en Algérie ?

D’abord, j’étais heureuse d’aller à la rencontre de citoyens et citoyennes algériens qui se battent pour leur souveraineté, condition première pour la prise en compte de leurs droits sociaux et démocratiques et des intérêts des générations futures. J’ai voulu le faire, en discutant en toute fraternité avec des personnes qui, en Algérie, se battent à partir des mêmes principes politiques que nous. Partout, les peuples sont fatigués d’oligarchies qui servent les intérêts économiques d’une minorité. La France avec les gilets jaunes, le Liban, l’Algérie, et le Chili désormais : partout, les peuples prennent conscience de la force historique qu’ils représentent et de la possibilité qu’ils ont de se battre pour leurs droits. C’est une bonne nouvelle. C’est à la rencontre d’un peuple libre que je suis allé. C’est un peuple libre et déterminé que j’ai rencontré.
Ensuite j’espère modestement que notre visite aura aidé à briser le tabou et le mur du silence en France autour de la révolution citoyenne algérienne et de la répression qu’on lui oppose. Presque une centaine de personnes sont aujourd’hui arbitrairement en prison pour avoir porté l’emblème amazigh, vendu des pin’s ou juste participé à une manifestation. J’ai écrit une lettre à ces détenus d’opinion, en majorité des jeunes gens, pour leur dire mon admiration et mon soutien plein et entier. D’un côté et de l’autre de la Méditerranée, la jeunesse des différents pays doit construire des ponts dans nos luttes pour la justice sociale et la dignité populaire.

 Êtes-vous surprise des agissements policiers à l’égard de votre délégation, attitude qui a écourté votre séjour, et que pensez-vous de la polémique qui a occupé les réseaux sociaux, juste après ?

Non je ne suis pas surprise. Le gouvernement algérien craint les effets de la Révolution citoyenne en cours en Algérie. Je le comprends, le peuple algérien semble bien décidé à rompre avec le régime actuel. Ma visite n’avait aucun caractère d’intervention politique. Les accusations d’ingérence sont délirantes et infondées – ingérence de qui, d’ailleurs, je ne suis même pas dans la majorité parlementaire et présidentielle en France. Les attaques sur les réseaux sociaux sont le fait de bots électroniques, et leur caractère insultant, menaçant et machiste marque un certain manque d’inventivité de la part de ces robots du régime.

 Lors de votre court séjour, vous avez rencontré trois partis politiques progressistes (RCD, MDS et PST) et vous avez participé à des actions de rue, particulièrement au rassemblement de solidarité avec les détenus d’opinion devant le tribunal d’Alger, auquel étaient présents des cadres des mêmes partis, estimez-vous que la classe politique progressiste accompagne d’une manière efficace la révolution du sourire du peuple algérien ?

Puisque, je vous le redis, mon objectif n’était pas de m’immiscer dans la vie politique interne de l’Algérie, il ne m’appartient pas de répondre à cette question. J’ai écouté les explications de mes interlocuteurs non pour m’ériger en juge ou en tutrice, mais pour être plus au fait des évènements qui se déroulent en Algérie de sorte à mieux fonder mon action de solidarité en France et à partir de la France.

 Comment évaluez-vous la réaction de la diplomatie française suite aux déboires policiers que vous avez vécus pendant ce séjour ?

La diplomatie française a été extrêmement « effacée ». Il y a en France un silence coupable et intéressé autour de la révolution algérienne. Je continuerai à me battre avec la France Insoumise pour briser ce silence. Lorsque je dis que nous avons des combats communs avec les Algériens contre une oligarchie rapace et mortifère, je pense notamment aux centaines de milliers d’Algériens qui ont manifesté contre la nouvelle loi hydrocarbures. S’élever contre l’oligarchie c’est dénoncer notamment Total qui, en rachetant des actifs américains, se voit offerte la possibilité de prendre la majorité de l’exploitation des hydrocarbures du sud algérien. Alors que la fracturation hydraulique pour extraire des gaz de schiste est interdite en France, ce major pétrolier s’apprête à la mettre en œuvre dans le sud algérien au péril de la préservation de la seconde réserve d’eau douce planétaire après celle représentée par les calottes polaires. Nous devons dégager de nos pays respectifs cette multinationale à la cupidité sans limite.

Il y a un véritable amalgame entre solidarité militante internationale et ingérence étrangère dans les affaires des pays du sud. Les pouvoirs du sud entretiennent cet amalgame pour diaboliser toute solidarité humanitaire. Comment comptez-vous procéder, en tant que militants insoumis, pour convaincre les peuples du sud que votre démarche ne s’inscrit nullement dans le sens d’ingérence pratiquée par les politiques officielles ? Un vrai dilemme, vous ne pensez pas ?

Je dois commencer par dire que le pouvoir en diabolisant toute solidarité internationale, fait injure aux combats passés du peuple algérien. Considérer que l’expression de la solidarité est une ingérence, c’est délégitimer tous ceux qui ont soutenu la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, c’est oublier l’engagement des algériens contre l’inique régime d’apartheid en Afrique du Sud, sa solidarité avec le peuple palestinien. C’est jeter l’opprobre sur la venue du Che en 1963 à Alger, qu’on appelait après l’indépendance la « Mecque des révolutionnaires ». Ceux qui tiennent ce discours ont une perception infantile des peuples et sous-estiment le génie dont ils font preuve lorsqu’ils accomplissent l’histoire, comme c’est le cas en ce moment en Algérie.

Comme je le disais, je ne suis pas dans la majorité parlementaire et présidentielle. Le respect de la souveraineté des pays du Sud est un principe cardinal de la France insoumise en matière de politique internationale. Cela ne doit pas nous empêcher, toutefois, d’analyser ce qui se passe dans d’autres pays afin d’en tirer des leçons politiques. Le capitalisme et la crise écologique ne connaissent pas les frontières nationales. Où que nous soyons, nous devrons les affronter à plusieurs. En Europe, aussi, il y a un « Sud » : ce sont les classes populaires en périphérie, ceux dont les conditions de vie sont détruites par l’oligarchie concentre toujours davantage le pouvoir politique et les richesses. Nous avons, d’un côté de la Méditerranée comme de l’autre, le même ennemi. Il joue sur les divisions au sein de nos pays et entre nos pays : nous sommes pour la fraternité des peuples et l’égalité sociale.

 Vous avez déclaré que la France a des choses à apprendre du peuple algérien, lesquelles ?

Nombre de nos concitoyens ont la double nationalité et ont en commun la France à l’Algérie. Lorsqu’un mouvement d’ampleur, comme la Révolution du sourire, se produit en Algérie, il y a des effets immédiats sur la France et les pays de la Méditerranée. D’ailleurs depuis plus de huit mois, des rassemblements de soutien au peuple Algérien ont lieu tous les dimanches,Place de la République à Paris. Mais au delà de cette solidarité internationale que nous voulons avoir avec tous ceux et toutes celles qui se battent dans le monde, je pense que nous avons beaucoup à apprendre d’un mouvement aussi massif que celui qui a lieu aujourd’hui en Algérie. Le peuple algérien, digne et fier, est en train d’écrire l’histoire et de tracer les contours des révolutions du 21ème siècle, celles de l’ère des peuples. Ce changement peut traverser la Méditerranée, et l’élan démocratique qui vient de toute l’Algérie devrait nous inspirer.

Entretien réalisé par Moussa Nait Amara

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