Clôture du 10e FICA : « Wardi » parmi les films auréolés par le jury

Après 10 jours de projections et de débat autour du cinéma, le Festival international du cinéma d’Alger dédié au film engagé a pris fin jeudi soir, avec la remise des prix aux lauréats de cette 10ème édition.

 

Bien que le niveau des films en compétition était dans l’ensemble de bonne voire très facture, les membres du jury ont néanmoins dû faire un choix, en récompensant dans les trois catégories compétitives (long métrage, court métrage et documentaire) les œuvres les plus marquantes.

Dans la catégorie « long métrage », le Grand prix a été attribué au film d’animation « Wardi » (The Tower). Projeté en ouverture de la manifestation, cette coproduction norvégo-palestinienne raconte le quotidien de « Wardi, une petite fille de 11 ans, née dans les camps de réfugiés palestiniens au Liban et qui ne connaît presque rien de la Palestine. C’est le 15 mai, jour de commémoration de la Nekba de 1948, lorsque les Palestiniens ont été chassés de leur terre, que Sidi, l’arrière-grand-père découvre que Wardi n’a aucune connaissance de son histoire ». Le vieillard entreprend alors de faire dérouler le fil du souvenir, en racontant à son arrière-petite-fille ce que sa famille a subi en 1948 et comment il s’est retrouvé réfugié au Liban, vivant dans un camp de toile, sous une tente. A la suite de ce douloureux récit, Sidi remet à Wardi la clé de la maison familiale abandonnée sous la contrainte en Palestine, une maison dans laquelle il espère retourner un jour. Pour maintenir la mémoire vivace, la petite Wardi va alors questionner tous ses proches pour comprendre leur parcours résistant.

Réalisé par le cinéaste norvégien Mats Grorud, ce film s’inspire d’histoires réelles, recueillies par le réalisateur, auprès des populations des camps du temps où il vivait lui-même dans un camp de réfugiés palestiniens au Liban en tant qu’enseignant d’anglais.

Dans la catégorie court-métrage, c’est « Facing Mecca » du réalisateur suisse Jan-Eric Mack qui a été récompensé. Le film raconte l’histoire de Fareed, un réfugié syrien dont la femme est hospitalisée pour un cancer en phase terminale. Informé par l’hôpital que sa femme est dans un état critique, Fareed est conduit auprès de son épouse par Roli, un retraité. La femme de Fareed décède peu après. La commune d’Amrikon est obligée de s’occuper de l’enterrement mais l’époux éploré veut enterrer son défunte épouse selon les coutumes musulmanes.

Roli décide de l’aider. Mais des problèmes surgissent, le cimetière d’Amrikon n’étant pas orienté vers La Mecque. Rolia alors un plan…

 

Dans la troisième catégorie, le jury récompensera le long métrage documentaire « 143, rue du désert » de Hassan Ferhani. Le réalisateur de « Fi rassi rond-point » (Dans ma tête un rond-point) dresse cette fois le portrait de Malika qui gère seule un modeste relais routier, où elle a élu domicile, sur la route entre El Meniaa (Ghardaïa) et Tamanrasset. « Vendant du thé, du café, des cigarettes et autres petits plats rapides, Malika se tient au courant de ce qu’il se passe autour d’elle grâce à son contact continue avec les routiers de passage chez elle ». La vieille dame, issue d’une ville du nord-est du pays (qu’elle n’évoque pas), s’attable souvent avec ses clients avec lesquels elle partage des bribes d’histoires et des tranches de vie. « Chauffeurs-routiers, imams, touristes étrangers ou algériens, troupes folkloriques de passage, tous marquent une halte au 143, rue du désert, un 20m² avec vue étroite sur l’immensité du désert où le réalisateur a réussi à faire tenir tout une philosophie de vie sans exploiter la beauté des images que les alentours peuvent offrir ».

Dans cette même catégorie, le Prix spécial du jury a auréolé le documentaire de la Serbe Mila Turajlic intitulé « A l’envers de l’histoire », tandis que « Sur les traces de Mamani Abdoulaye » de la réalisatrice nigérienne Amina Abdoulaye Mamani s’est vu décerner une « Mention spéciale ».

A noter que le jury a également remis des mentions d’encouragement à « Felfel Lahmar » de Saâdia Gacem, « Hadi Hiya » de Youcef Mahsas et une mention spéciale à « Une histoire dans ma peau » de Yanis Kheloufi.

Même s’ils ne sont pas repartis avec une distinction, d’autres films projetés durant cette décade ont été très applaudis par le public. C’est le cas notamment de « La Bolduc » du Canadien François Bouvier, « Sotra » d’Abdellah Aggoune, « La fausse saison » de Menad Embarek et « Paysages d’automne » de Merzak Allouache.

D’une durée de 90mn, ce dernier film qui signe le retour de l’un de nos plus talentueux réalisateurs, «raconte le quotidien de Houria, une jeune journaliste, rôle incarné par Salima Abada, qui enquête sur les meurtres de lycéennes embrigadées dans un réseau de prostitution et sur les conditions de vie de migrants subsahariens. La jeune reporter parcours tous les jours les rues de sa ville pour recueillir des informations auprès de ses contacts parmi lesquels des amis d’enfance dont Mustapha, incarné par Khaled Benaissa, devenu inspecteur de police dans la ville de Mostaganem où se déroule ce thriller.

Si le rythme du film va crescendo, le spectateur n’est pas du tout déçu par le déroulement des événements très bien ficelés par le réalisateur qui avoue que ce film à petit budget mérite, à l’instar de tous les films algériens, d’être vus « par le public et ne se contentent plus de participer aux festivals à l’étranger ».

A noter enfin que cette soirée de clôture a été marquée par un hommage au réalisateur Moussa Haddad, disparu en septembre dernier à l’âge de 82 ans. A cet effet, un documentaire retraçant son parcours cinématographique a été projeté, en présence de membres de sa famille.

Kahina A.

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