Décès du chanteur Mohamed Lamari : « Le ténor de la Casbah » tire sa révérence

Avec ses yeux d’un bleu intense, son look d’éternel jeune premier et sa voix de ténor, Mohamed Lamari a marqué la scène artistique algérienne comme peu ont su le faire.

Celui que l’on surnommait « le ténor de la Casbah » vient de tirer sa révérence, nous laissant en héritage un riche répertoire musical mais surtout le souvenir d’un artiste qui aura tant donné à son public et ses fans.

Natif d’Alger, au sein d’une famille de condition modeste, Mohamed Lamari voit le jour le 11 octobre 1940. Aîné de huit enfants, il use ses culottes sur les bancs de l’école jusqu’à l’âge de 14 ans, après quoi, il rejoint la vie active pour aider son père à nourrir la famille nombreuse. Il fait plusieurs petits métiers, commençant par celui de docker puis aide-pâtissier, ensuite apprenti-pâtissier et enfin apprenti-bijoutier. En parallèle, il consacrait son temps libre à la musique, pour laquelle il vouait une véritable passion. C’est à l’âge de 7 ans qu’il commence à flirter avec le chant, en intégrant les scouts musulmans et en faisant partie d’« Echihab ». Au sein de ce groupe, il apprend par cœur tous les chants patriotiques, et déjà sa voix tient la tête à toutes celles de ses petits camarades. A l’âge de 10 ans, il est invité à participer aux « radio-crochets » du Cinéma El Djamal qui, tous les dimanches matin, se transformait en music-hall. Interprétant sur scène des chants religieux, ainsi que les succès de Touri, Abderrahmane Aziz ou Ali Riahi, le jeune prodige rencontrait à chaque prestation l’engouement du public. Cela le décide à embrasser une carrière artistique pour emprunter la voix de son idole Abderrahmane Aziz.

Bien que ses premières apparitions sur scène étaient appréciées, applaudies et encouragées, la véritable découverte de ce jeune talent n’intervient qu’en 1954, lors de l’émission de Mustapha Skandrani, dédiée à la chanson moderne. Mohamed Lamari est pris sous l’aile de Abderrahmane Aziz qui l’intègre à la Djilalia, un groupe présentant des chants religieux, avec lequel il se produit tous les jeudis jusqu’en 1955, date à laquelle, il enregistre son premier disque chez El Djamal. Les titres de l’album sont écrits par Cheikh El Khaldi et composés par Boualem (accordéoniste de l’orchestre Blaoui). Entre-temps, il entre à l’Opéra d’Alger, sous la direction de Mahieddine Bachetarzi. C’est ce grand maître qui lui corrige ses défauts et lui apprend à mieux maîtriser sa voix, à respirer et à discipliner ses vocalises. Il le fait participer à un concours où il décroche le premier prix. La tournée effectuée avec la troupe de Touri finit de lui apporter un succès mérité.

En 1957, la maison d’édition Teppaz s’intéresse à lui, il y sort son premier disque intitulé « Mansitchi Ayama El hilwa » composé par Haddad Djillali. Un an plus tard, il enregistre sous le label Dounia, trois autres disques dont « Sammoura » (de Haddad Djillali). Le succès est au rendez-vous.
Il enchaîne alors les émissions dont une, en 1957, au Colisée avec l’orchestre Marcel Ayala et, la même année, participe à la première émission de la télévision algérienne aux côtés de la grande artiste britannique Petula Clark.

Durant la bataille d’Alger, Mohamed Lamari suspend toute activité artistique pour se mettre au service de la révolution. Arrêté et emprisonné dans les geôles coloniales, il n’est libéré qu’en 1958, après avoir été oublié au centre de tri de Ben Aknoun. Il se rend alors à Oran où il reprend clandestinement ses activités politiques. En 1961, il quitte Oran pour Blida. Toujours recherché par les autorités françaises, il y demeure caché jusqu’à l’indépendance de l’Algérie. En 1962, il est à Paris où il enregistre six disques, trois avec l’orchestre de Jerry Mengo et trois avec l’orchestre de Missoum. Il remporte un vif succès avec notamment « Djazaïria » (paroles de M. E. Hachelaf et musique de Haddad Djillali). De retour à Alger, il participe à toutes les activités artistiques du pays. Entre 1962 et 1982, il anime pas moins de1500 galas, entre les tournées du TNA, l’animation culturelle de la Sonatrach, les quinzaines commerciales organisées par les différentes municipalités…etc. En parallèle, il enregistre près d’une trentaine de disques, choisis dans un répertoire de 117 chansons aux diverses thématiques.

Mohamed Lamari nous quitte aujourd’hui à l’âge de 79 ans. Il demeure le symbole d’une jeunesse éternelle.

Kahina A.

vous pourriez aussi aimer Plus d'articles de l'auteur

%d blogueurs aiment cette page :