Les défis du sursaut du 22 février face à des détracteurs minoritaires mais multiples

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Les défaitistes, qui attendaient le passage en force du système à travers la farce électorale du 12 décembre pour se précipiter à verser dans une agitation qui pourrait, selon leur appréciation, achever la révolution du sourire, sortent de leurs nids d’embusqués. Usant, pour les uns,  d’analyses à deux balles qui renseignent sur leur méconnaissance totale des profondeurs du mouvement insurrectionnel qui se développe et se consolide depuis le 22 février, et de désinformation et d’intox pour les autres qui cherchent à maintenir le statu quo pour une raison ou pour une autre.

Pour ces détracteurs de ce sursaut populaire, les raisons stratégiques diffèrent mais l’objectif est commun : celui d’empêcher la construction d’une Algérie libre et démocratique.

Hallucinant et désolant cet engouement, de certains courants politiques et autres « personnalités » qui s’inscrivent dans une recomposition de l’allégeance, à porter haut et avec joie ce qu’ils appellent « la victoire du pouvoir ». Une victoire contre qui ?  Contre le peuple, tenez-vous bien !

À cela s’ajoutent les opportunistes élitistes et vendeurs d’expertises qui n’hésitent pas à mettre leur « savoir faire » au service d’une thèse et de son contraire en un laps de temps très court.
Dans l’espoir de bénéficier de quelques strapontins dans la nouvelle configuration et redistribution de la rente , ce genre de défaitistes avertis se prêtent au jeu qui consiste à  brandir le spectre de la banqueroute économique et de la famine, comme si l’économie  nationale existait et se portait bien avant le 22 février et que c’est l’insurrection citoyenne qui a dilapidé mille milliards en 10 mois.

Dire que le pouvoir du fait accompli a pris le dessus sur une révolution populaire, juste parce qu’il a validé un simulacre électoral que les Algériens ont rejeté massivement, est aberrant et contre toute éthique et morale politique.
Les médias étrangers, qui étaient aveuglés par le devoir de  réserve dicté par les « intérêts » de leurs États respectifs et qui ont brillé par un black-out quasi-total sur l’ampleur des manifestations, ont été contraints de réviser leur attitude à la veille du 12 décembre. La mobilisation de la diaspora algérienne contre les élections dans les villes occidentales était tellement importante que son occultation aurait fait passer ces médias pour des ridicules et des champions des ratages médiatiques. 

Les diplomaties étrangères ont passé une semaine à chercher la formule la moins mauvaise pour « féliciter » la nouvelle potiche civile de l’armée algérienne.
Ces deux situations embarrassantes, et pour les médias et pour les États, sont une preuve tangible de la conviction de la communauté internationale de la fragilité du pouvoir du fait accompli et du sérieux de la révolution en marche.

Il n’est nullement dans mon intention de perdre de l’énergie à convaincre les plus sceptiques de la bonne santé de la révolution du sourire. Ils trouveront toujours une brèche pour intoxiquer l’opinion publique parce que,  tout simplement, ils sont dans leur rôle.

Il s’agit plutôt de s’adresser aux engagés les plus fragiles dans ce processus révolutionnaire pour recadrer un éventuel relâchement mortel pour la perspective démocratique en Algérie.
Tout le monde est d’accord sur un constat et sur le pourquoi de ce constat. Toutes les opinions convergent pour dire que la contre-révolution du commandement militaire est basée sur deux aspects : celui d’opérer une cassure dans la révolution en marche à travers la stigmatisation de la Kabylie et celui de la faire déraper vers la violence.

Le degré du racisme officiel a atteint des proportions alarmantes et certains propos du vice-ministre de la défense sont dignes du tristement célèbre Apartheid d’Afrique du Sud. La proportion de la violence officielle est digne des régimes dictatoriaux les plus en vue dans l’histoire de l’humanité.
Cette stratégie contre-révolutionnaire est un aveu du pouvoir de sa panique devant les deux avancées les plus intéressantes que ce soulèvement ait réussi à opérer au niveau des profondeurs de la société algérienne :
– La solidarité agissante entre toutes les régions d’Algérie et leur consensus autour des mêmes revendications de rupture radicale avec le système et de construction d’un État démocratique et pluriel.
– Le pacifisme exemplaire qui s’est installé et qui se consolide d’une marche à une autre.
Voilà donc les deux données réelles et effectives que personne ne peux occulter et qui attestent que le match est largement à la portée du peuple et que le score, jusque-là, est en sa faveur.
Les ingrédients qui servent d’éléments d’analyses de cette révolution sont dans les aspects exprimés dans les marches  par les pancartes, les slogans et les attitudes des manifestants et autres animateurs du mouvement à travers tout le territoire national.

L’inédite présence massive de la femme à l’avant-garde de ce mouvement à travers toutes les villes algériennes y compris les plus conservatrices,  la transition démocratique, le processus constituant, la primauté du civil sur le militaire, la primauté de l’intérieur sur l’extérieur, l’Algérie libre et démocratique,  les hommages des citoyens des régions arabophones à la Kabylie, les slogans en arabe algérien scandés en Kabylie et ceux en tamazight scandés dans les régions arabophones et j’en passe. Voilà une armada d’avancées politiques qui confortent la thèse de l’adhésion de la majorité des algériens aux idéaux démocratiques.

N’en déplaise aux détracteurs de tous les bords, ces réalités sont puisées du terrain des luttes et non des analystes de la propagande dans les médias publics et privés. 

La solidité du pacte des forces de l’alternative démocratique est un autre élément qui prouve que la classe politique de l’opposition démocratique a accédé à un degré de maturité qui lui a permis de dépasser l’obstacle du leadership et de comprendre la vitalité de construire un compromis démocratique. L’acceptation de la présence des seuls leaders de cette mouvance aux marches du vendredi, principalement à Alger, est un gage de confiance offert par le peuple algérien à la nouvelle génération de leaders du pôle démocratique.

Personnellement, il m’est difficile de comprendre comment font les propagateurs de l’image du désert politique pour ne pas voir ou faire semblant de ne pas voir la quarantaine de feuilles de route qui traduisent politiquement les revendications de la rue.

Il ne s’agit pas, aujourd’hui, de proposer un projet idéologique qu’il faut, d’ailleurs, cesser de confondre avec un projet politique.

La transition démocratique n’est pas une doctrine mais juste un mécanisme qui va nous permettre d’aboutir à un État de droit où les règles du jeu démocratique seront consolidées et protégées par la force de la constitution comme loi fondamentale et de toutes les autres lois dérivées.
Ce n’est qu’à ce moment que les projets idéologiques pourront rentrer en compétition dans le cadre d’un véritable suffrage universel.

Personne n’a le droit d’être contre le principe du jeu électoral mais tout le monde a le devoir de bannir les farces électorales.
C’est au niveau de cette piste d’atterrissage que l’avion transportant l’espoir de cette révolution devrait atterrir un jour.

Certes, nous ne sommes pas encore à cette étape mais ceux qui, par inexpérience politique ou sur influence de la propagande, risquent de succomber au relâchement,  doivent savoir que ce processus révolutionnaire est irréversible.
Qu’un sursaut populaire qui aspire à une rupture radicale avec le système qui a construit une toile de clientèle, et qui reçoit des coups de tous les partisans du statu quo, soit traversé par un moment d’incertitude est tout à fait dans l’ordre des choses. 

Tomber, en ce moment, dans le piège des bilans partiels serait une erreur impardonnable. S’adonner à un tel exercice au moment où toutes les énergies vives de la société doivent être fédérées et exploitées dans l’intensification de l’action contestataire n’est aucunement rentable.

L’action de la rue qui a donné ses fruits, et dans l’affaiblissement du pouvoir du fait accompli et dans l’adhésion presque consensuelle des Algériens,  doit s’intensifier pour devenir quotidienne.
Il faut coordonner entre les animateurs pour instaurer des marches et des grèves cycliques corporatistes qui vont occuper la scène, à tour de rôle,  pendant toute la semaine.

Chaque jour une à deux corporations doivent être dans la rue au niveau des chefs-lieux de wilayas. Et bien sûr, tout le monde doit être dans la rue le vendredi.
Un programme de rassemblements de solidarité avec les détenus doit être établi et bien réparti sur tout le territoire national.
Les actions sur lesquelles le consensus n’est pas encore dégagé doivent intervenir progressivement et après une large concertation sur leurs modalités de mise en œuvre sur tout le territoire national.
Le mouvement ne doit exercer aucune forme de pression pour faire adhérer le citoyen à une quelconque action.

Il est impératif de concentrer les énergies sur l’opérationnel pour renverser le rapport de force en faveur du peuple.
Cette intensification exige un maximum d’organisation et de coordination entre tous les animateurs de la révolution au niveau national et ne nécessite en aucun cas une structuration dans le sens de la représentation du mouvement par des personnes.
En cette phase de réception des offres de service et des CV engagée par le pouvoir, toute aventure dans le sens d’établir des listes de représentants ne fera que conforter la nouvelle ruse dialoguiste du pouvoir.
Ce dialogue biaisé, qu’il faut rejeter catégoriquement, ne devrait pas affoler les animateurs les plus sincères. Bien au contraire, il va opérer une décantation et il va dévoiler au grand jour les opportunistes qui gangrènent jusque-là la révolution, de l’intérieur.

Dépasser ce cap des intimidations venant des multiples partisans du statu quo serait un pas géant vers la continuité de ce processus révolutionnaire qui est condamné à aboutir à la construction d’une Algérie libre, démocratique et plurielle. La réussite de cette révolution dans ses objectifs de rupture est une ligne de démarcation entre l’existence future de l’Algérie et sa disparition. Elle pèsera aussi dans la construction d’un bloc politique Nord-Africain qui recomposera l’ordre mondial. 
Ses détracteurs l’ont compris. À nous de le comprendre aussi.

Moussa Nait Amara

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