Procès d’Ouyahia et Sellal : Bouchouareb, Abdelaziz et Saïd Bouteflika présents-absents

Le procès des ex-premiers ministres, des ministres et des hommes d’affaires, accusés dans le dossier de l’automobile, s’est enfin ouvert aujourd’hui au tribunal de Sidi M’hamed d’Alger. Reportée lundi dernier, en raison de l’absence de condition, l’audience a commencé avec l’audition des accusés, dont les deux ex-premiers ministres, en l’occurrence Ahmed Ouyahia et Abdelmalek Sellal.

Les ex-ministres, Yousef Yousfi, Mahdjoub Bedda et Abdelghani Zaalane étaient aussi concernés par ce procès qui a commencé, vers 10 heures du matin.

Le premier appelé à la barre est Ahmed Ouyahia. Vêtu d’un manteau noir, comme on le voit sur des images prises sur l’écran mis en place dans le hall du tribunal, l’ancien chef du gouvernement à plusieurs reprises tente, d’emblée, de contre-attaquer en remettant en cause la légalité de la procédure judiciaire.

Il demande carrément le respect de l’article 177 de la Constitution, qui prévoit « l’institution d’une haute Cour de l’Etat pour connaître des actes pouvant êtres qualifiés de haute trahison du président de la République, des crimes et délits du Premier ministre, commis dans l’exercice de leur fonction ».

Mais la demande est rejetée par le procureur de la République. Le juge reprend l’interrogatoire en interrogeant l’ex-premier ministre sur les faits qui lui sont reprochés.

Ouyahia : « j’ai deux comptes bancaires »

En réponse, Ahmed Ouyahia rejette toutes les accusations. Il affirme qu’il « n’a pas recouru au népotisme » dans le dossier du montage de véhicules et qu’« il n’a pas violé la loi ». «Les avantages ont été octroyés, dans le cadre de l’affaire du montage des véhicules, conformément à loi relative à la promotion de l’investissement », précise-t-il.

Il ajoute, dans ce sens, « avoir appliqué la politique du Gouvernement en matière de promotion de l’investissement et de création de postes d’emploi ». «Ce qui s’est passé en 2017 ne relève pas de mes responsabilités. Lorsque j’ai pris le gouvernement, j’ai trouvé des usines en activité », indique-t-il.

L’accusé soutient aussi qu’en 2014, la facture d’importation des véhicules a atteint les 6 milliards de dollars par an. « C’est pourquoi nous avons choisi de garder uniquement 7 importateurs, car le nombre aurait pu atteindre les 40 importateurs et on aurait vidé le trésor public », dit-il.

Interrogé sur ses comptes bancaires qui ont connu des mouvements de 30 milliards de centimes en trois ans, Ahmed Ouyahia répond : « J’ai un compte au niveau du CPA de 30 000 DA. Le second est au niveau de la BDL. Je ne l’ai pas déclaré car l’argent n’a aucun lien avec ma fonction », dit-il, affirmant « qu’il a transféré de l’argent à son fils pour l’aider dans son projet ». « Je ne suis pas idiot pour ouvrir un compte bancaire dans une banque publique pour faire dans le blanchiment d’argent » lance-t-il.

L’argent du 5e mandat

L’audition a été marquée par l’évocation de l’argent versé par les opérateurs en vue de financer la campagne électorale du président déchu, Abdelaziz Bouteflika, qui s’apprêtait à briguer un 5e mandat.

Et les noms de l’ex-chef de l’Etat et son frère cadet ont été plusieurs fois évoqués lors de cette audience, notamment par Abdelmalek Sellal. Ce dernier a été interrogé d’abord sur l’industrie automobile et le non-respect du cahier des charges. Il enfonce alors Abdesslam Bouchouareb.

« Ce cahier a été élaboré par Abdesslam Bouchouareb, ministre de l’industrie (actuellement en fuite à l’étranger). Lorsque nous l’avons vu, nous lui avons demandé verbalement d’élaborer un autre », déclare-t-il.

Le juge l’interroge ensuite sur le financement de la campagne du président Bouteflika et les 39 milliards déposés au niveau de la direction de campagne par l’homme d’affaires Mazouz. Sur cette question, il nie « tout lien avec la gestion des finances de la campagne et que seul le candidat et son frère cadet, Saïd Bouteflika sont responsables de cette question. «Je n’ai rencontré aucun des bailleurs de fonds », affirme-t-il.

Même réponse pour Youcef Yousfi, ancien ministre de l’industrie. Ce dernier charge aussi Abdesslam Bouchouareb. « Lorsque je suis arrivé au ministère, j’ai trouvé de nombreux dysfonctionnements. J’ai essayé de changer les choses, mais je n’ai pas pu. L’entière responsabilité dans l’élaboration du cahier des charges est assumée par Abdesslam Bouchouareb », indique-t-il.

Mahdjoub Bedda abonde aussi dans le même sens, en affirmant que « le dossier concernant le montage automobile a été élaboré par Abdesslam Bouchouareb ». « J’ai procédé au retrait des licences d’importation des véhicules en application de l’article 11 du décret exécutif concernant ce volet », justifie-t-il.

Abdelghani Zaalane, lui, a été interrogé sur sa gestion de la direction de campagne du 5ème mandat avorté. « L’argent versé à la direction de campagne s’élève à 75 milliards de centimes. Je n’ai pas ouvert deux comptes bancaires pour recevoir cet argent », dit-il, niant aussi son rôle dans la gestion des finances de la campagne.

Massinissa Ikhlef

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