« J’ai oublié d’être Sagan » de Nassira Belloula :  Un roman sur la condition féminine

 

« J’ai oublié d’être Sagan », un titre bien énigmatique pour un roman paru il y a quelques mois aux éditions Hash#ag, à Montréal, sous la plume de la très talentueuse écrivaine algéro-canadienne Nassira Belloula.

Dans ce nouveau roman, la femme est encore une fois au centre de la trame romanesque. L’histoire se déroule dans les années 70 ou 80 dans un petit village aux portes du Sahara algérien.

La narratrice, une jeune adolescente, vit dans cet environnement fermé à tout, au sein d’une famille conservatrice, très attachée aux us et coutumes. Confrontée à une série d’événements dramatiques dont certains remontent à l’enfance comme le viol qu’elle a subit de la part de son oncle et qui a fait voler son innocence en éclat, la jeune adolescence sera amenée à se rebeller contre la société, ce qui n’est pas bien vu par les hommes et même les femmes de son entourage voire de sa tribu. Mettant sa réputation et celle de sa famille en péril, sa mère va trouver un subterfuge pour protéger sa fille du courroux des autres et va répéter à qui veut l’entendre que sa fille est possédée par un Djinn (esprit malin). Dès lors, au lieu de s’attirer la colère des autres, la jeune fille suscite plutôt la compassion.

La vie de la jeune adolescente, déjà bouleversée, va l’être encore plus avec l’arrivée au lycée de ce nouveau professeur de français. Ce dernier, va donner aux élèves dont la narratrice des cours de littérature et, immédiatement, une symbiose entre l’élève et l’enseignant va naître. La jeune fille tombe éperdument amoureuse. « Je t’observe à la dérobée, convaincue que les mots que tu prononces s’adressent à moi, rien qu’à moi. Je m’arrime à une terre mystérieuse formée par les syllabes et les consonnes de ton prénom. A partir de cet instant, je n’ai fait qu’attendre ; que tu me remarques, que tu viennes jusqu’à moi » (P. 11).

Le professeur qui remarque dès le départ sa jeune élève tombe lui aussi sous son charme et, en plus de l’initier à la littérature, va aussi l’initier à l’amour. Pour ses 16 ans, il va lui offrir « Bonjour tristesse » de Françoise Sagan. C’est à partir de là que l’histoire va démarrer. Une histoire où l’on retrouve trois protagonistes, à savoir la jeune adolescente, le professeur de français et Sagan, à travers ses livres, l’influence qu’elle a sur le professeur et celle qu’elle aura sur la jeune adolescente qui, un peu jalouse, va s’habiller, se coiffer comme Françoise Sagan et va même se mettre à écrire pour plaire à son mentor.

De son idylle avec ce professeur va naître un enfant illégitime qui sera très vite placé et que la jeune fille ne verra jamais. Elle sera « sauvée » par un mariage qui n’était pas son choix. Débute alors une nouvelle vie, loin de ce village, mais toujours à l’ombre des souvenirs de cet amour perdu qui, en réapparaissant plusieurs années après, va réveiller une blessure profonde et jamais cicatrisée.

Dans ce roman à la fois passionnant et palpitant, l’écrivaine revient avec l’un de ses thèmes de prédilection, à savoir la condition féminine. Elle y évoque la polygamie, les mariages précoces, les mariages forcés et l’enfermement des femmes et leur désir de s’affranchir des carcans traditionalistes.

Dans « J’ai oublié d’être Sagan », rien ne vous laissera indifférent, ni le style d’écriture fluide et aéré, ni le thème toujours d’actualité, ni le tempo qui vous tient en haleine jusqu’à l’ultime ligne.

Kahina. A

Nassira Belloula, « J’ai oublié d’être Sagan », éditions Hash#ag, Montréal 2019, Pages 108.

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