La nouvelle constitution réclamée ne peut être un simple texte discuté entre copains et coquins

La chefferie de l’Etat a mis en place un comité d’experts pour rédiger une nouvelle mouture d’une constitution déjà à multiples géniteurs.Pour taper à l’œil, le pouvoir en place a ramassé dans la même escarcelle tout ceux qu’il a pu convaincre dans l’agora des porteurs de titres universitaires, en prenant soin de charger l’un des meilleurs serviteurs du système de coordonner le travail.

Depuis bientôt un année, des millions d’Algériens sortent dans la rue pour réclamer une phase de transition et un processus constituant qui aboutira à un texte fondamental qui ne saurait être que l’émanation de la volonté populaire et le fruit d’un large consensus entre toutes les composantes de la communauté nationale. Le chef de l’Etat désigné par l’Armée et installé en pompes sous l’œil veillant des généraux tape à coté et propose un ravalement d’un texte maintes fois violé, plusieurs fois recousu et depuis longtemps dépassé. 

Le pouvoir de fait imposé par les généraux refuse de comprendre que la constitution est l’expression juridique d’une aspiration nationale, d’un projet d’Etat consensuel et d’un aboutissement d’un long débat inclusif, franc et ouvert entre toutes les composantes de la société. Confier un tel chantier à un panel d’experts, choisis parmi les copains et les coquins, revient à se limiter aux réglages techniques d’une forme d’Etat refusée et rejetée par le peuple depuis plus de 10 mois.

La crise qui a poussé le peuple Algérien à la révolution est politique. Sa solution ne peut être que politique, débattue, analysée et solutionnée par les politiques. La constitution doit répondre à plusieurs questions fondamentales telles que la problématique de l’identité nationale, le type de système politique à adopter, la matrice idéologique de la diplomatie nationale … etc. Le comité d’experts, désigné par un pouvoir illégitime et largement contesté, n’a pas la légitimité de procéder seul ou en entente avec des cercles acquis, de définir les limites des pouvoirs et de leur équilibre, les prérogatives de telle ou telle institution de l’Etat, la matrice idéologique de notre diplomatie à l’international …. etc. Ces questions relèvent de la souveraineté populaire et elles engagent toute une nation. Elles doivent être débattues et traitées en toute indépendance par des représentants du peuple désignés par ce dernier via un processus démocratique sérieux. Insister à confier ce lourd chantier à des experts triés sur le volet en fonction du degré de leur servitude au régime en place veut dire imposer aux Algériens une constitution de fait par un pouvoir de fait. ça revient à mettre en place une Algérie d’à coté, au moment l’Algérie réelle continue de battre le pavé et d’élever sa voix pour un nouvel État démocratique et social loin des triturations des bandes et des clans.

Arezki Lounis

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