De l’accusation de Toufikisme à celle de l’Islamisme, les prêcheurs de l’échec du hirak se discréditent

L’adage « quand on veut tuer son chien, on l’accuse de rage » s’applique parfaitement à l’attitude adoptée par les sceptiques et autres alliés objectifs et alliés tout court du régime vis à vis de la révolution du sourire.

Les groupuscules détracteurs du Hirak sont minoritaires mais divers. Les contradictions dans leur démarche sont tellement flagrantes qu’elles discréditent totalement leur diagnostic du Hirak dont ils veulent faire une « maladie ».

Pour certains c’est la peste islamiste, prolongement de la réconciliation, et pour d’autres c’est le choléra du DRS et du Toufikisme qui incarne l’éradication.

En voilà une manière de fausser le débat national à travers le jargon des années quatre-vingt-dix complètement dépassé par les nouvelles aspirations de la société algérienne.

Les projections de ces détracteurs de la révolution citoyenne sont certes contradictoires mais leur l’objectif est commun. Il ne peut être que celui du maintien du statu quo tant qu’ils ne sont pas des potentiels bénéficiaires d’un éventuel changement. Le carrefour de croisement de ces sous-traitants est celui des privilèges et du maintien d’un ordre politique basé sur l’alternance clanique.

Pour les initiés au management en général et à l’approche processus en particulier, cette situation est comparable à celle d’une entreprise au bord de la faillite qui, dans une démarche de compression d’effectif, décide de garder en interne le cœur du métier et d »externaliser les processus de soutien.

Dans le cas du régime algérien, le cœur du métier est la violence qu’il assure parfaitement à travers un processus de répression et d’emprisonnements, et les processus de soutien sont ceux de la propagande, du détournement et de la diabolisation du Hirak.

La dernière analyse très objective de l’intellectuel et ex-gouverneur de la banque centrale, Abderrahmane Hadj Nacer, a déconstruit cet entêtement à vouloir changer de camp à la panique et à la panne.

La désignation d’un chef d’État incapable d’assurer une conférence de presse, devant un parterre de journalistes triés en fonction du critère d’allégeance, atteste que le déficit en ressources humaines est du côté du régime et non de celui de l’opposition démocratique qui accompagne politiquement l’insurrection citoyenne à travers la construction d’un compromis démocratique inédit. Que le RCD, un des plus actifs partis composant le PAD, soit la cible privilégiée de la diffamation et du lynchage des médias de la propagande officielle n’est pas le résultat d’un jeu de hasard.

Il ne s’agit pas aujourd’hui de considérer les éléments du virtuel comme des ingrédients d’analyse d’une révolution qui se fait, avec autant de détermination et de pacifisme, sur le terrain des luttes depuis une année.

Les millions de vues sur une intervention youtube ou le nombre de téléspectateurs d’une chaîne de télévision ne peuvent donner aucune visibilité pour une quelconque analyse politique. L’être humain a tendance à préférer voir ou lire le sensationnel sans pour autant le cautionner. L’absence totale de solidarité avec le patron de l’une des chaines de télévision les plus regardées en Algérie en est la preuve irréfutable.

La réponse à cette manière de fausser les données est résumée par A.Hadj Nacer dans l’expression suivante :« le Hirak lit tout le monde mais n’écoute personne ».

La révolution est dans la rue et cette dernière distingue parfaitement entre les politiques à prendre dans ses bras et ceux à chasser. Il suffit de sortir un vendredi du côté de Didouche Mourad, de place Audin ou de la Grande Poste pour le constater de visu.

Le Hirak est assez autonome pour qu’une rencontre privée puisse le détourner de ses aspirations citoyennes et démocratiques qu’il exprime clairement dans sa manière d’adopter la femme, l’emblème amazigh et la primauté du civil sur le militaire.

Nous ne le répéterons jamais assez, le mouvement citoyen du 22 février n’est pas un projet idéologique mais un projet politique qui se projette dans l’optique d’un État de droit balisé par une constitution qui permettrait la compétition programmatique voire idéologique dans le cadre des règles du jeu démocratique régi par l’alternance.

Une ambition légitime d’un peuple qui n’a que trop souffert du diktat d’un régime totalitaire, d’un terrorisme ravageur et d’une classe politique classique largement préfabriquée qui l’a toujours traité de mineur prédisposé à se faire manipuler.

La déconfiture avérée dans les sphères du régime renseigne parfaitement quant à la bonne santé du Hirak et du rapport de force qui passe de plus en plus du côté du peuple. Les images de la mobilisation du week-end du 21 et 22 février 2020 contredisent toute spéculation politicienne qui prêche contre tout bon sens l’échec de la révolution en marche.

Moussa Nait Amara

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