Les annonces rose-bonbon de Djerrad face aux réalités amères du terrain

En l’absence de la quasi-totalité des députés de l’opposition – certains ont démissionné et d’autres ont gelé leur activité parlementaire – , le premier ministre Abdelaziz Djerrad a présenté hier mardi son plan d’action gouvernemental devant une assemblée décriée par tout le peuple Algérien. Un plan fait de grands slogans et dépourvu de toute annonce concrète, estiment plusieurs analystes. Les flèches tirées en direction de son prédécesseur, Nordine Bedoui, n’aveuglent pas pour autant la nation sur le manque de sérieux économique qui caractérise son offre pour la sortie de crise.

Abdelaziz Djerrad promet la construction « d’un nouveau pacte pour une nouvelle République, basé sur la sécurité alimentaire, la transition énergétique et l’économie numérique ». Une ambition qu’il tempère tout de même avec sa reconnaissance que « la situation financière du pays est fragile et reste largement tributaire des fluctuations du marché mondial des hydrocarbures ».

Les annonces de Djerrad  évoluent sur deux terrains très glissants qui risquent fortement de les conduire vers une réalité très douloureuse, broyant chemin faisant l’élément crédit dont manque  cruellement le pouvoir en place. En plus de la non-adhésion populaire à l’action gouvernementale, condition siné  qua non pour entamer une guerre économique aux mauvaises habitudes budgétivores et corruptrices, l’équipe d’Abdelaziz Djerrad sera confrontée à une grave crise économique induite par la baisse simultanée des prix du pétrole et du volume des exportations des hydrocarbures, le déficit de la balance commerciale qui a atteint 10 milliards de dollars à la fin de l’année 2019.

La baisse de production pétrolière qui est aux limites d’1 million de barils / jour alors qu’elle était de 1,4 millions b/j est n’arrange pas du tout les ambitions gouvernementales axées essentiellement sur le revenu pétrolier.

Tout aussi préoccupant, la dette publique intérieure a augmenté de 26% du PIB en 2017 à 45% du PIB en 2019, a précisé Abdelaziz Djerrad, nommé le 28 décembre.

Le pack des mauvaises donnes économiques ne se limite pas au peu. La fonte des réserves de change est aussi une source de tracas pour le pouvoir. La Banque d’Algérie a annoncé début février que les réserves de change avaient encore chuté à 62 milliards de dollars fin 2019 contre 79,88 mds USD fin 2018 et 97,22 mds fin 2017.  Le bas de laine national devrait atteindre 51,6 mds USD à la fin 2020, selon les prévisions de la dernière loi de finances adoptée en novembre, et pourraient même s’épuiser dans les prochaines années.

Le chef du gouvernement essuie le couteau sur les prédécesseurs sans remettre en cause la panne et la faillite totale du système politique qui l’a porté de façon illégitime au commandes. Pour lui,    la source des maux actuels  sont le fait d’ « une gestion catastrophique de l’Etat et des pratiques autoritaires qui ont conduit à la dilapidation des richesses du pays ». Du coup , il a promis de « mettre un terme aux « dérives qui ont caractérisé la gestions des affaires de l’Etat » durant les 20 années de règne du président déchu Abdelaziz Bouteflika.

Arezki Lounis

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