La régionalisation, une alternative salvatrice

D’un côté, les limites du système hautement centralisé ont été démontrées par la crise sanitaire en cours. Désormais, il est clair pour tout le monde que le pouvoir algérien récuse toute initiative régionale, y compris dans ces moments où la gestion de l’urgence appelle à une prise de décision rapide et locale.

De l’autre côté, l’efficacité de l’auto-gestion du confinement en région kabyle remet sur la table du débat national l’alternative de la régionalisation modulable comme mode de gouvernance salvateur.

Voilà donc deux faits qui rendent la différence entre le jacobinisme et le « fait régional » plus que visible, sans trop verser dans des théories pour argumenter. L’expérience est beaucoup plus expressive.

Jusque-là, le pouvoir a opté pour des lois constitutionnelles qui ne prévoient aucune prérogative d’ordre politique aux collectivités locales. Ces dernières sont administrées d’une manière uniforme au détriment de la large diversité du pays.

Le « fait régional » est arbitrairement étouffé et assimilé au régionalisme négatif. Le concept de la région est toujours opposé par le pouvoir à l’unité nationale et à la stabilité du pays.
Les Wilayates telles qu’elles sont conçues actuellement ne répondent pas aux problèmes posés au niveau régional. Bien au contraire, elles sont dans une mission qui consiste à étouffer toute expression locale.

La vocation de la Wilaya est purement administrative. Elle assure un rôle de délégué. Elle n’est pas une entité politique à part entière.

Tout le monde est d’accord que cette façon de gouverner est un lourd héritage du colonialisme qui fait que notre indépendance demeure un projet inachevé. Constat qui érige la consécration de la région comme entité politique en acte de parachèvement de notre indépendance.

Au-delà de cette symbolique, d’autres raisons objectives font que cette alternative demeure la plus adaptée à la diversité et à l’immensité du territoire algérien.

Contrairement aux allégations du pouvoir en place qui profite des carences du jacobinisme pour mieux piller les richesses nationales, la régionalisation ne porte en aucun cas atteinte à l’unité nationale, bien au contraire, elle renfonce les structures de L’État en leur permettant d’avoir une expression et une existence des plus proches du citoyen.

L’auto-organisation, qui s’affiche en ce moment et qui s’est affichée bien avant dans d’autres moments de crise, a besoin d’un pouvoir politique de proximité pour se permettre une rentabilisation, une rationalisation et surtout un épanouissement.

Certes dans le cas de la région de la Kabylie, des assemblées communales sont en train d’accompagner cette auto-organisation, mais il ne faudrait surtout pas confondre « pouvoir communal » avec « pouvoir régional ». Une entité régionale devrait exister pour prolonger l’action menée à la base par les communes.

En fait, le processus de décentralisation basé uniquement sur les communes n’est pas créateur d’un pouvoir régional mais il est juste un moyen qui déconcentre et qui dispatche le pouvoir central. Il faut nuancer entre un pouvoir régional réel et un pouvoir délégué du pouvoir central.

La régionalisation, quant à elle, est susceptible de déboucher sur des entités dont la légitimité émane des particularités d’une région donnée. Ces instances régionales vont garantir une démocratie à la base en donnant du sens politique aux structures sociales existantes.

Le bilan de la résistance à la crise sanitaire actuelle doit être établi par régions pour mieux constater l’efficacité de l’auto-organisation régionale.

Et c’est à partir des statistiques de ce bilan que la nécessité de passer à la perspective de la régionalisation va être mise au clair d’une manière scientifique et surtout en dehors de toute autre considération subjective entretenue par le pouvoir pour diaboliser le concept de la région qui n’est autre qu’un mode de gestion des affaires de la cité.

Il faut dépassionner ce débat pour le mener dans la sérénité.

Moussa Nait Amara.

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