Santé, Droits de l’homme, Situation des détenus au temps du coronavirus en Algérie : Les constats amères

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En ces temps de pandémie où le monde entier est confiné et les soldats aux blouses blanches sont au front pour combattre un virus qui menace toute l’humanité sans distinction de race ou de rang social, le pouvoir algérien profite de cette situation pour intimider des militants qui n’ont rien à se reprocher en dehors du fait de revendiquer pacifiquement la liberté et la démocratie.

Au lieu de concentrer son énergie sur une opération d’accompagnement des blouses blanches dans leur combat qui se mène, dans une large mesure, sans moyens de protection contre un COVID-19 mortel, le régime algérien amplifie la crise en exposant les robes noires à un danger certain, à travers les arrestations des activistes qui ont besoin d’être défendus.

Comme les blouses blanches, les robes noires sont appelées aussi par le devoir, en ces temps où toute sortie est synonyme d’un risque d’attraper un virus qui fait des ravages dans des pays qui nous dépassent de loin en amont et en aval de cette infection.

Pour mieux comprendre les rouages du front et de ses difficultés, nous avons sollicité le Dr Mohamed Khendak , premier médecin retraité qui a appelé ses collègues à reprendre la blouse. Joignant le geste à la parole le Dr Khendak est actuellement au front et il a accepté de nous livrer ses impressions, ses espoirs et ses inquiétudes.

Notre pays et notre système de santé ne sont pas prêts à répondre comme il se doit aux catastrophes

Pour lui, « la pandémie qui frappe le monde, et notre pays n’est pas en reste, a mis en valeur l’engagement moral et physique du personnel algérien de la santé qu’il faut saluer d’ailleurs. Par contre, cette crise sanitaire a démontré que notre pays et notre système de santé ne sont pas prêts à répondre comme il se doit aux catastrophes. Les raisons sont multiples. En premier lieu, la ressource humaine. Nous n’avons pas de véritables gestionnaires ou plus exactement, nous n’avons pas formé un personnel capable d’y répondre, ce qui a engendré une absence de stratégie. La réponse logistique à la pandémie a eu aussi son lot d’insuffisances, compliquée par la centralisation des décisions et le monopole de l’État concernant les aides »

les rapports du personnel et les constats sur les lieux ont contredit les discours officiels sur la disponibilité des moyens de protection

Le Docteur Khendak a salué les aides venant de la solidarité nationale et qui ont créé une véritable valeur ajoutée au niveau logistique. « Fort heureusement les âmes charitables et les citoyens ont contourné cet écueil. Leur mobilisation et leur efficacité ont été d’un apport extraordinaire dans la prévention et la lutte contre la propagation de l’infection», dit-il.

Notre interlocuteur n’a pas hésité de relever les écarts entre la réalité et les assurances des autorités concernant les moyens. Pour lui,  « les rapports du personnel et les constats sur les lieux ont contredit les discours officiels sur la disponibilité des moyens de protection». 

Sur un volet purement médical, le Dr Khendak a salué « la décision juste et courageuse du comité scientifique quant à l’utilisation de l’association chloroquine et azythromycine qui a eu un effet positif sur le nombre de décès et les guérisons. Même si le taux de morbidité reste important par rapport aux sujets infectés, nous n’avons pas, et c’est très soulageant, le nombre prédit et attendu. La catastrophe aurait pu être plus grande vu l’absence des moyens et un système de santé délétère».

En conclusion, le Dr Khendak s’est interrogé sur la capacité de notre pays et la volonté des pouvoirs publics à retenir les leçons de cette pandémie.  Sur cette perspective, notre interlocuteur reste très pessimiste. « Le secteur de la santé n’échappe pas à la gabegie générale et généralisée dans le pays. Les intentions et les discours seuls ne suffiront pas à mettre sur rail un programme de santé publique répondant aux aspirations de la nation. Pour ce faire, ceci doit inéluctablement passer par une démocratisation de la vie publique, la participation des institutions élues démocratiquement pour jouer leur rôle dans le suivi et la concrétisation des décisions et donner la possibilité aux spécialistes d’être écoutés. Peut-on y arriver? Évidemment oui mais à  la seule condition de se doter d’un pouvoir politique légitime  à la clé la confiance du peuple. Ce qui est malheureusement pas la cas pour le moment » a t-il développé.

En pleine pandémie, pourquoi donc l’appareil judiciaire n’attend pas des jours meilleurs pour convoquer et juger les militants politiques?

La situation des Droits de l’homme en Algérie est devenue pire

Sans se plaindre du fait d’exercer son devoir d’assurer le droit élémentaire des détenus à la défense et à l’assistance juridique, Maitre Fetta Sadat, membre de la direction nationale du RCD et femme connue et reconnue pour avoir accompagné admirablement la cause des détenus d’opinion depuis le début de la révolution du sourire, déplore « cet acharnement judiciaire, mené manu militari contre les acteurs de la société civile, contre des citoyennes et des citoyens dont le seul tort est d’avoir appelé et d’avoir œuvré en vue d’un changement radical pour une Algérie des droits et des libertés ».

Pour maitre Sadat, la situation est devenue pire . « La vague d’interpellations, d’arrestations et de poursuites judiciaires ciblant les participants au mouvement révolutionnaire du 22 février 2019, s’est accentuée de manière éhontée.
Elle englobe nombre de wilayas telles que Annaba, M’sila, Souk ahras, Medea, Chlef, Batna, Tizi ouzou …
Cet harcèlement policier et judiciaire en l’encontre d’activistes, de militants politiques et associatifs et d’acteurs de la société civile, et ce en cette période de pandémie, interpelle à plus d’un titre», juge-t-elle de prime abord.

le souci des tenants du pouvoir de fait est de parvenir à museler le peuple Algérien

 

La députée du RCD va dans le détail de cette histoire et met en exergue ses tenants et ses aboutissants. « Ce fait nous renseigne sur la volonté des tenants du pouvoir de fait de mettre à profit la période de confinement sanitaire et de la suspension des marches populaires pour imposer une politique de répression tous azimuts et d’exactions flagrantes en l’encontre des droits humains et des libertés individuelles et collectives. Cet état de fait atteste également que le souci des tenants du pouvoir de fait est de parvenir à museler le peuple Algérien en usant d’intimidations et de représailles de toutes sortes et non pas de lui garantir le moindre de ses droits, à savoir le droit à la santé et à son intégrité , les impératifs de cette grave pandémie imposent de réduire le nombre de personnes incarcérées . Et là encore, ce n’est pas une vue de l’esprit. Ceci est illustré par les orientations de l’ONU et des exemples existent à travers plusieurs pays du monde », explique Matre Sadat qui regrette que  « contrairement à cela, dans notre pays, il est fait recours à plus de répression, une répression qui, bien entendu vient grossir la population carcérale ». Pour la Droit-de-l’hommiste, « ce terrible fait nous renseigne sur la nature du régime ayant pour seul souci celui de sa survie », ce qui pose , selon elle,  avec une lancinante acuité,  la question de l’indépendance de la justice et donc de l’instauration d’un état de droit.

 

les familles des détenus affrontent cette situation avec endurance, dignité ,détermination et infiniment d’engagement

Mme Sadat n’a pas hésité à révéler que « les familles des détenus affrontent cette situation avec endurance, dignité ,détermination et infiniment d’engagement ».  Elle a apporté un message d’inquiétude des familles des détenus concernant la santé de leurs enfants. « Il faut rappeler que pandémie obligé, Ces familles sont privées du droit de rendre visite à leurs enfants incarcérés, droit qui leur était accordé en temps normal une fois par quinzaine. Mais cette peur et révolte de ces parents, dont les enfants sont dans les liens de la détention et pour certains en isolement ont pour effet de les galvaniser et de renforcer leur courage et leur détermination. Les parents sont conscients que c’est le prix à payer pour l’édification d’une Algérie libre et démocratique », note Maitre Sadat.

 

 

l’acharnement sur les hirakistes durant la période de confinement veut dire que le pouvoir en place est en situation de faiblesse

Pour sa part, Maitre Rezazgui Nassima , une autre avocate que nous avons sollicité et qui est aussi un élément très actif du collectif pour la défense des détenus, estime que « l’acharnement sur les hirakistes durant la période de confinement veut dire que le pouvoir en place est en situation de faiblesse et veut exploiter cette période de trêve des marches et du confinement pour affaiblir la force de la révolution .Et ça prouve que c’est un pouvoir répressif qui s’en fout de son peuple et qui a prouvé que la justice n’est pas indépendante en l’exploitant comme bourreau pour frapper ses enfants ».

La dynamique avocate Maitre Rezazgui rappelle pour l’opinion publique que « toutes les audiences sont suspendues sauf la correctionnelle et le référé.Et bien-sûr, ils maintiennent aussi les présentations et les comparutions immédiates des hirakistes ».

Concernant la suspension des visites aux détenus, Maitre Rezazgui met l’accent sur le fait qu’il ne reste que les visites des avocats . « Ce qui rend la tâche difficile et pour les robes noires et pour les familles et pour les détenus qui vivent amèrement cette injustice surtout en cette situation sanitaire des plus délicates ».

 

L’avocate n’a pas hésité à tirer la sonnette d’alarme sur « l’augmentation du risque de contamination  par le coronavirus de ces personnes arrêtées et de tout le personnel de ces maisons pénitentiaires »  car, pour elle,  les prisons ne sont pas des environnements isolés comme le pensent beaucoup.  « Le personnel pénitencier fait des entrées et sorties chaque jour, des livraisons de fruits et légumes sont faites aussi chaque jour, des livraisons d’autres besoins pour les cantines des prisons sont aussi faites périodiquement. D’ailleurs, c’est pour cette raison que l’ONU a appelé à libérer des prisonniers », révèle-t-elle.Dans ce climat de laxisme et d’arbitraire qui érige le pouvoir algérien en entité qui n’est intéressé que par sa survie, les blouses blanches et les robes noires restent mal gré bon gré mobilisés sur le front de lutte. Un engagement qui a forcé le respect de tout un peuple et qui a soutien populaire incommensurable.

 

Les deux corporations donnent une leçon sur une autre belle manière de mener la révolution pacifique contre un régime condamné à disparaître.

Moussa Nait Amara.

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