Hemmu Boumedine à Ameslay: « il faut nous donner les capacités de réaliser nos propres documentaires pour présenter l’image qu’on veut »

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Hemmu Boumedine est porte parole du rassemblement pour la Kabylie (RPK) et militant politique très actif.
Ses contributions et ses réflexions sont d’un apport important pour le véritable débat politique dans notre pays.
Il fait partie de ceux qui ont été interviewés par le réalisateur du documentaire diffusé par France 5 et qui a suscité une vive polémique. Il a accepté de nous livrer ses impressions dans cet entretien qu’il nous a accordé

 

Ameslay : Etant interviewé dans le documentaire diffusé par France 5, que pensez-vous de la polémique qu’il a suscité?

Hemmu Boumedine: En suivant le documentaire, au même temps que tout le monde, je m’attendais à ce qu’il fasse polémique, mais j’étais loin de m’imaginer que la levée de boucliers allait arriver à ce niveau, notamment les attaques violentes adressées sur les jeunes qui ont été interviewés par le réalisateur du film. Donc, il faut faire la part des choses entre ceux qui ont fait état de leur critique et ceux qui ont versé dans l’insulte et l’anathème.

En toute chose, on peut diverger, mais la liberté de parole et d’expression est quelque de chose de primordial pour construire une véritable démocratie. Comme je l’ai souvent affirmé, le plus grand apport du Hirak reste la parole retrouvée par les citoyens pour s’affirmer et exprimer leurs attentes. De toute polémique doit découler une évolution dans le débat, mais pas laisser derrière elle des blessures intérieures.

La portée du documentaire, et ça reste mon avis, a été surdimensionnée. En lisant certaines réactions, j’ai eu comme l’impression que notre destin, et le destin du Hirak, était en grande partie lié à ce documentaire. Si un documentaire peut ébranler l’image d’une révolution alors il faut bien se rendre à l’évidence, celle-ci n’en est pas une. Pourquoi nous n’arrivons pas à relativiser les choses et considérer que notre destin est entre nos mains et non entre les mains de ceux qui ont juste une caméra sur les épaules ?

Est-ce que le documentaire a été réalisé comme j’aurai voulu ? Je dirai non, parce que j’aurai voulu que le réalisateur insiste sur l’aspect politique puisque le titre qu’il a choisi est évocateur de ce qui est au cœur du Hirak : le changement de système politique. Il a fait le choix de faire intervenir les jeunes qui ont posé leurs préoccupations et leurs frustrations légitimes au détriment de ce qui est considéré par les hirakistes comme un consensus. En abordant certaines questions taboues, le réalisateur a créé un biais qui a fait que la majorité s’est focalisée sur quelques scènes au détriment de tout ce qui a été abordé : torture dans les commissariats, répression, la question du drapeau amazigh, la corruption…etc.

Mais en disant cela, je dois dire que la question des libertés individuelles ne peut pas être évacuée. Ceux qui pensent que l’on peut aller vers la démocratie sans la liberté, comme veulent insister ceux qui se focalisent seulement sur l’Etat de droit, doivent savoir que c’est la meilleure façon de faire une réplique de la révolution iranienne de Khomeini à travers ce mouvement.

Il faut avoir un rapport décomplexé vis-à-vis des islamo-conservateurs, car si nous leur faisons des concessions sur les libertés aujourd’hui, nous irons tout droit vers un autre régime autoritaire encore plus liberticide. La liberté, ce n’est pas qu’une chanson de Soolking. Cette polémique peut nous distraire mais ne saurait nous faire oublier notre objectif pour une citoyenneté moderne : le vivre-ensemble dans une Algérie plurielle et l’acceptation des différences.

Ameslay: Quels sont les propos que vous avez dit et vous auriez souhaité qu’ils soient retenus dans le documentaire?

Hemmu Boumedine: Ma présence dans ce documentaire était faite pour montrer que les jeunes sont en contact avec d’autres générations d’hommes politiques. Ce qui n’est d’ailleurs pas faux, puisque, effectivement, il y a un lien intergénérationnel fort entre les militants qui s’est vérifié dans les marches populaires et les conférences publiques. C’est ce qui a été d’ailleurs rapporté dans les propos qui ont été retenus pour le film. Bien sur, que j’aurai voulu que soit retenue la partie que j’ai consacrée à l’apport de la Kabylie dans l’émergence du mouvement populaire de février en relatant les faits historiques qui nous sont propres mais dont l’onde de choc a atteint tous les recoins de l’Algérie. Ce n’est pas par hasard que le pouvoir autoritaire, militarisé continue de stigmatiser les kabyles et la Kabylie.

Ameslay: Que pensez vous du timing de la diffusion du documentaire?

Hemmu Boumedine: Pour cette question, je n’en aucune idée parce que, comme tout le monde peut le deviner, je ne suis ni associé ni au montage, ni à sa réalisation. Mais ce que doivent savoir les gens, c’est que le réalisateur, Mustapha Kissous, est un journaliste du journal « Le Monde » dont la ligne éditoriale est foncièrement pro-hirak comme on peut le vérifier jusqu’aux derniers articles publiés. C’est cette ligne qui m’a encouragé a y participer. Maintenant, il y a certains qui pensent qu’il y a un complot ou une manipulation, c’est leur droit, mais pour ma part tout ce qui n’est pas vérifiable relève soit de la spéculation soit du préjugé. Cette rengaine de la main étrangère a été tellement agitée par le pouvoir en place que j’en ai la nausée pour l’utiliser dans mon jargon ; on peut chercher de meilleurs arguments. Je préfère dire qu’il est de la première importance de nous donner les capacités de réaliser nos propres documentaires pour présenter l’image qu’on veut, c’est une manière comme une autre de dire qu’il est toujours bon de revenir au paradigme de l’autonomie.

Entretien réalisé par Moussa Nait Amara.

 

 

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