On n’a pas de constitution à réviser, on aspire à en écrire une

 

La vulgarisation de la notion de processus constituant est une réalité qui s’affirme dans notre société depuis février 2019, à travers les revendications exprimées par le peuple algérien lors de ses multiples actions cycliques.

Tous les Algériens impliqués dans le hirak – et qui sont des millions – sont aujourd’hui en mesure d’expliciter la portée et les objectifs d’un processus constituant et aussi la manière dont une constitution doit être rédigée dans le respect de la volonté populaire.

Le sursaut politique réalisé par l’insurrection du 22 février a fait que les manœuvres et les tartufferies politiques du régime ne marchent plus. Il n’est plus possible de duper le peuple par des commissions d’experts. Il en a trop vu de ce genre.

La rédaction d’une constitution est un acte éminemment politique, sans pour autant négliger son accompagnement et son encadrement par les spécialistes du domaine.

La mission de l’expertise demeure, à mon sens, celle de la traduction juridique et constitutionnelle des aspirations du peuple souverain.

Or la manière dont l’avant-projet de la constitution a été préparé est en parfaite contradiction avec le procédé universel dans ce genre d’entreprise politico-juridique.

Sur un autre volet, il est pratiquement impossible de soumettre à débat la mère de toutes les lois dans un moment où le peuple est doublement isolé. Une attitude qui renseigne sur la mauvaise foi du pouvoir du fait accompli et de sa nouvelle façade civile, en l’occurrence Tebboune.

Quel débat peut-on espérer dans une conjoncture où toute discordance avec la feuille de route du régime est réprimée de la manière la plus violente ?

De quelle constitution peut-on accoucher dans une ère où les procédures d’emprisonnement et de fermeture des organes de presse sont réduites à l’application de simples ordres donnés par appels téléphoniques ?

Peut-on pondre une constitution dans une conjoncture sanitaire caractérisée par la contrainte du confinement qui réduit l’expression populaire à la limite de l’impossible ?

Tellement d’interrogations dont les réponses ne peuvent être qu’une avalanche d’arguments qui démasquent cette énième ruse d’un pouvoir qui n’arrive pas à retenir les leçons.

Un peuple qui a la bouche masquée au sens propre et figuré ne pourra en aucun cas être partie prenante d’un quelconque débat. C’est clair comme de l’eau de roche.

De plus, il ne s’agit pas pour les Algériens de réviser une constitution, il s’agit plutôt d’en avoir une qui prendra en charge les revendications qu’il ne cesse de clamer depuis le début de la révolution du sourire.

Voila donc le seul projet qui intéresse le peuple et la voie de sa concrétisation n’est sans doute pas dans le bureau d’un chef d’État illégitime. Elle est dans la reprise de la mobilisation populaire, et dans la réoccupation de la rue avec ce pacifisme exemplaire qui n’a pas fait défaut depuis le déclenchement de ce qui est devenu désormais la première phase de la révolution du sourire.

Une deuxième phase s’avère plus que nécessaire et surtout imminente.

Moussa Nait Amara

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