Hommage à la doyenne des plasticiennes oranaises

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La faucheuse a frappé le milieu des arts plastiques algériens par trois fois ces derniers jours. Après Ammar Allalouche et Ahmed Stambouli, la semaine dernière, voici que la doyenne des artistes plasticiennes d’Oran s’en va elle aussi rejoindre le royaume des cieux. Leila Ferhat laisse un grand vide parmi ses très nombreux fans mais surtout une carrière riche sur laquelle nous revenons succinctement dans cet article.

Native de Mascara, elle a y a vu le jour en 1939. Passionnée de couleurs, elle griffonne ses premières esquisses sur des bouts de papiers depuis qu’elle a l’âge de tenir des crayons de couleurs avec ses petites mains. Avec le temps, ce qui n’était qu’un passe-temps d’enfant se mu en passion dévorante. Aussi lorsqu’elle en atteint l’âge, elle quitte sa ville natale pour rejoindre la grande ville d’Oran où elle s’inscrit à l’École Nationale d’Architecture et des Beaux-arts. Décrochant avec brio son CAFAS (Certificat d’Aptitude à la Formation Artistique) en juin 1969, elle met ensuite le cap sur la capitale où elle s’inscrit à l’École des Beaux-arts d’Alger où elle parfait sa formation auprès de grands maîtres tels qu’Issiakhem, Mesli…

A partir de 1975, elle décide de se vouer corps et âme à l’art. De ses premières participations à des expositions collectives, avec des toiles signées tout simplement Leila, l’artiste parvient à se démarquer de ses pairs. Sa touche audacieuse et sa palette de couleurs subtiles séduisent autant qu’elles intriguent. C’est que cette artiste encore méconnue du milieu artistique ne passe pas inaperçue. Face aux encouragements des professionnels et du public, la jeune artiste se voit transportée dans un tourbillon de création. Va naître alors une œuvre foisonnante qui ne cache rien des sentiments exacerbés de cette artiste authentique. Entre elle et le public, le lien est tissé et chacun de ses vernissages est un moment de communion et d’échange avec des admirateurs qui savent lire entre les lignes d’une œuvre s’inscrivant dans le semi-figuratif.

Energique, bosseuse, inspirée, Leila Ferhat peint sans relâche mais avec beaucoup de qualité. Expliquant ces moments de création, elle déclare un jour : « Les moments qui me stimulent, ce sont les épreuves que je surmonte… ce qui m’inspire, c’est ce qui me touche dans le quotidien. Je gribouille des croquis, soit des personnages, soit des têtes, durant une longue période de gestation, et puis tout d’un coup, les idées se bousculent et l’expression éclate… », avant d’ajouter : « Le reste est simplement formulation d’imagination, c’est-à-dire la faculté de traduire les sensations en coloration ».

Partout où elle expose (à travers plusieurs villes d’Algérie mais aussi à l’étranger comme le Maghreb, l’Europe, l’Asie, les Emirats arabes, l’Amérique du Nord et l’Amérique Latine), Leila Ferhat voit son travail salué, applaudi. Elle décroche au passage plusieurs distinctions. Une juste reconnaissance pour cette artiste, militant à sa façon pour les causes qui lui tiennent à cœur et lui semblent justes. « Mon sujet préféré reste la femme, femme au travail, femme libre, femme auprès de l’homme… », confie-t-elle un jour.

Des vives réactions suscitées par le décès de cette grande dame, nous retiendrons l’hommage que lui a rendu une autre artiste lumineuse, la grande Djahida Houadef, sur sa page Facebook. Dans une belle oraison funèbre, cette dernière écrit : «…La grande faucheuse a emporté sur son chemin aujourd’hui une autre artiste, Leila Ferhat, la doyenne des plasticiennes femmes oranaises. La douceur en personne, une sagesse hors norme et une artiste battante qui a réussi à affronter tous les obstacles sociétaux et professionnels. Elle avait maintenu avec ses mains et ses dents sa passion jusqu’au dernier souffle. Préservons son long labeur, retenons sa mémoire en valorisant son travail ».

Kahina A.

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