Respectons le peuple et sa révolution !

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« La révolution par le peuple et pour le peuple », cette devise qu’on voit toujours sur les frontons de nos mairies n’a jamais eu son sens qu’en cette révolution du 22 février. Déçu par la compromission de son élite avec le pouvoir, fâché par la démission d’une bonne partie de l’opposition, structurée ou en retrait calculé, et son engagement dans la ruée vers l’or qu’offre la corruption montée en système, le peuple algérien a pris l’engagement de prendre son destin en main.

Aucune élite, aucun parti, aucun agitateur politique, de quelque bord qu’il soit, n’a été à l’origine du soulèvement populaire du 22 février. L’élite intellectuelle et politique salonnarde, détachée des réalités Algériennes, a été surprise, autant que le pouvoir, par la puissance du séisme.

Une partie de cette élite en faillite a tout de même, après un temps de calcul, opté pour la prise du train en marche. Elle n’avait pas droit d’accès à la locomotive mais avoir place dans le wagonnet était déjà mieux que de rester sur le quai.

Durant 13 mois, le peuple comme un seul homme s’est tracé une voie et un objectif : le pacifisme comme mode d’action et l’Algérie libre et démocratique comme finalité. Djazaïr Horra Démocratia, slogan phare et identifiant du camp démocrate n’a jamais été autant scandé dans tout le pays. Du quartier populaire de Bab El Oued au village oublié de Tin Zaouatine, les rêves sont les mêmes : Libertés, Démocratie, Égalité devant la loi, Indépendance de la justice, Alternance au pouvoir par voie démocratique, respect des fondamentaux démocratiques universellement reconnus, lutte contre la corruption, justice sociale, diversité culturelle. Karim Tabbou n’avait pas tort en déclarant qu’il suffit de transcrire les slogans « scandés massivement » dans les rues Algériennes pour avoir la constitution la plus démocratique et la plus progressiste du monde.

Le mois de mars 2020, la pandémie du coronavirus s’installe au pays. Le peuple Algérien se replie, dans un geste responsable et civilisé, pour s’éviter un drame national. Certains ont regagné leurs maisons en attendant la fin de cette crise sanitaire. D’autres se sont investis dans la bataille contre la convid-19 en initiant des campagnes de sensibilisation, en s’engageant dans la solidarité sociale ..etc. Pour le peuple en révolution, la trêve politique est annoncée et elle doit être respectée.

Le pouvoir en place et une partie de l’élite en faillite qui lui servait de faire-valoir ne l’entendaient pas de cette oreille. Les deux pensent que le temps est venu pour s’offrir la révolution du pauvre peuple et en faire un strapontin pour revenir à la crête, aux affaires et sous la lumière.

Que les tenants du pouvoir réel profitent de la situation de calme pour multiplier les répressions, c’est politiquement compréhensible et attendu. Par contre, qu’une partie de cette élite en état de divorce consommé avec le peuple ose monter au créneau pour dicter à une révolution, qu’elle n’a aucunement initiée, la voie à prendre, c’est carrément de la non-convenance, un manque d’éducation, voire même de la paranoïa. Vouloir la lui imposer est de la prétention exagérée.

Vouloir rattraper l’honneur perdu est de bon aloi. Aspirer à être un génie utile au service d’une nation en marche est salutaire, bénéfique et souhaitable. Mais faut-il encore savoir se présenter et présenter. Entre proposer une vision, la poser et l’imposer, y a de grandes nuances.

La jeunesse de 2020 n’est plus celle de 1990. Cette dernière qui courait Alger au rythme de « Alayha nahya, alayha namout » est née dans sa majorité dans les années 60, décennie des grands chocs idéologiques. Elle a passé sa jeunesse en plein recrutement des djihadistes en partance vers Kandahar d’où ils étaient envoyés à Tora Bora faire la guerre sainte au « mécréants communistes » soviétiques et alliés du « kafir Afgan » Nadjibullah. Ce sont ces cohortes qui sont revenues fin des années 80 faire la connexion avec les inscrits sur les listes d’attente qui ont remplis les maquis sanguinaires lors de la décennie noire. Sont-ils responsables de la tragédie nationale qui a couté la vie à plus de 250 000 Algériens ? Oui. Et mille fois Oui. Faut-il juger tous les responsables, et de tous bords, de ce massacre national ? Oui. Et mille fois Oui.

Toutefois, ce travail de mémoire et de justice doit se faire dans un État de droit, sans concession ni compromission et dans un souci de faire éclater la vérité, toute la vérité pour que les générations futures en prennent leçon. Et dans cette exigence morale, une raison de plus pour ne pas torpiller cette révolution en marche.

La jeunesse de 2020 est totalement différente. L’écrasante majorité est née lors de la décennie noire. Elle est venue au monde et le FIS était déjà dissous, ses slogans ramassés. Le moins touché d’entre eux  par la barbarie islamiste a passé son enfance, la peur au ventre d’être égorgé par le barbu qui rentrerait avec fracas dans le domicile familial. Ils ont passé leur adolescence, connectés au monde via les réseaux sociaux. C’est une jeunesse qui rêve et qui comprend bien les enjeux. Ne pas lui faire confiance est une forme de mépris, une autre vision minimaliste de la société, héritée en partie de l’approche colonialiste. L’écouter et la comprendre est le premier des devoirs militants. Ceci noté, de petits groupes fanatiques ci et là peuvent bien exister. Quel pays au monde n’en a pas ? Il appartient à l’État de les débusquer et les combattre

Le peuple algérien qui sort par millions chaque vendredi exige la vérité sur cette décennie noire. Une majeure partie de ceux et celles qui sortent réclamer la chute du régime et l’instauration de l’État de droit est directement victime de cette tragédie. il ne la crie pas sur tous les toits mais sa réclamation se lit dans les yeux, dans les voix et dans sa rage de vaincre le monstre et son géniteur. Il ne la crie pas, pas par peur mais par humilité. C’est un peuple qui ne veut pas faire commerce de sa tragédie et, digne, il refuse d’être marchand de drame vécu à la criée.

Il n’est un secret pour personne que les islamistes purs et durs sont à l’affût, tapis dans les bois et attendant le moindre relâchement pour occuper la scène. Appeler à la vigilance et lancer les alertes est un devoir de tout citoyen lucide. Les lanceurs d’alerte sont à saluer et à applaudir. Mais ils ne doivent en aucun cas avoir la prétention de pouvoir marcher sur le dos du peuple. Ce dernier qui a pris sur lui l’énorme responsabilité de libérer le pays de la mainmise des généraux et le mettre à l’abri des appétits claniques, après avoir constaté la démission de son élite, n’est ni « idiot » ni « médiocre », comme le laissent entendre les agitateurs de Place de la république. Il a pris le temps comprendre les enjeux. Il a bu jusqu’à la lie l’injustice du système en place, la hogra des généraux, l’indifférence des « génies futiles » et l’oppression des groupes islamistes sanguinaires. Des donneurs de leçons, il s’en passe allégrement. La révolution du peuple Algérien, initiée exclusivement par le peuple algérien, pour le bien de tout le peuple Algérien, est grandiose, profonde et inédite.  C’est une entreprise politique et civilisationnelle qui fera école dans le monde d’après-covid qui se dessine.

L’élite politique et culturelle doit admettre son échec et sa faillite et savoir tirer révérence à ce peuple qui lui a sauvé la face. Elle n’a pas été à l’origine de ce mouvement populaire pour en réclamer la paternité et le droit de regard. Ceux qui connaissent le sens du respect et les codes de l’honneur s’abstiennent de faire de l’agitation inutile. Ils suivent, souvent avec délectation, cette marche vers la liberté, toutes les libertés. Ils leur arrivent de conseiller, d’éclairer et d’expliquer les enjeux, et ils le font avec humilité, sans plan de carrière et sans consultation préalable des officines du régime. Ils savent que le vent du changement, incompressible et insaisissable, souffle sur le pays.

L’infime partie de l’élite qui s’agite ces derniers jours doit descendre de l’estrade de la fausse prétention et se rendre utile quand il faut, au moment qu’il faut. Elle doit cesser de tourner en cheval de cirque sur la place de la république et dans les réseaux sociaux en exigeant, sous peine de leur retrait [sic], l’inscription de la révolution populaire dans le vieux registre démocrates / islamistes. A les entendre, on dirait qu’ils sont la locomotive de la révolution et son carburant. Pourtant, ils le savent : Quand on n’a pas les moyens de sa politique, on se résilie au possible. Si certains sont engagés dans ce spectacle qui ne dit pas son nom, de bonne foi et par méconnaissance de la diabolique manœuvre enclenchée par les officines en vue de torpiller la révolution, d’autres sont de simples fournisseurs du nouvel agenda du régime, et qui ne représentent absolument rien dans la rue Algérienne. Le peuple ne les a jamais consultés et une majeure partie du peuple entend à peine leur bourdonnement.

Dans une déclaration au forum de Liberté, en date du 13 mars 2019, Dr Said Sadi, dont on respecte et l’homme et le parcours, a eu cette proposition constructive : « Écouter chaque voix quelle que soit son origine et son but, l’essentiel est qu’elle s’inscrive dans l’exigence de l’heure : écrire une nouvelle page pour donner les cadres les plus appropriés à l’expression et au développement de la nouvelle Algérie. La période de transition comme sas devant permettre l’ouverture de discussions annonçant un nouveau départ est aujourd’hui admise. ».

A la veille de la commémoration du 05 juillet, et en pleine campagne de dénigrement contre sa personne et son parti, Mohcine Belabbas a eu cette réflexion responsable : « Les Algériennes et les Algériens avec leurs différences peuvent se rencontrer, échanger et débattre dans la sérénité pour faire sortir leur pays de l’impasse dans laquelle l’a menée un système autoritaire, injuste, irresponsable, corrompu et incapable de s’amender ».

Ce sont là deux déclarations de deux hommes qui savent jauger les défis qui s’annoncent. Les agités des réseaux sociaux en ont-ils saisi le sens et la portée ? Évidemment, non !

Dans certaines logorrhées fantasmagoriques des réseaux, il n’y a ni la sérénité réclamée par Belabbas ni le devoir d’écoute exigé par Sadi. Pire encore, la période de transition voulue, à juste titre, par Sadi comme « sas devant permettre l’ouverture de discussions annonçant un nouveau départ » n’est même pas entamée, car pas encore arrachée, que des voix pressées par l’application d’un agenda dicté probablement dans une antichambre du régime, se lèvent pour exiger la discussion de sujets qu’ils savent impossibles matériellement en cette phase de grande répression.

L’adoption des préalables démocratiques avant toute discussion du contenu de la nouvelle constitution fait unanimité dans le hirak, au RCD, dans le PAD et dans tous les cercles démocrates. Les imposer à la nation dans l’ordre sérié exige l’union de tous les progressistes, hommes et femmes, jeunes et plus âgés. Mieux encore, la perspective réclame l’investissement de toutes les rues et places Algériennes. Celles de Paris ou de Montréal ne sont que soutien et écho international pour s’éviter isolement et blackout. Ce rêve est à portée de main du fait que le courant progressiste est majoritaire et influent dans la société. N’est aveugle que celui qui ne veut voir. Rachad et autres cellules rétrogrades ne sont que bulles dans les réseaux sociaux, nocives certes mais pas aussi pesantes comme on le laisse croire. Les suggestions des égarés de Londres, d’Alicante ou de Paris n’étaient jamais suivies dans les villes Algériennes. Quelques incidents minimes ont été enregistrés ci et là, mais jamais ils n’ont pesé dans le cours des événements.  En plus, on n’est pas nés de la dernière pluie ni sommes enfants grandis dans du coton pour ne pas pouvoir leur faire face homme à homme, le moment de la Grande explication. Si nous restons unis, y compris dans la diversité de nos lectures, toutes les batailles seront les nôtres. Nous leur imposerons le rythme et la cadence. Nous les mènerons avec rage et conviction pour l’honneur de nos martyrs. Y aller en âme de vainqueur est à moitié bataille gagnée, disent les stratèges.

Accuser le RCD, fer de lance du progressisme en Algérie, de compromission avec l’islamisme politique alors que ses déclarations publiques officielles et ses textes fondateurs, réaffirmés dans chaque congrès, ont tranché le débat sur la nécessité et l’urgence de séparer le politique du religieux, relève plus de la sape et la nuisance que de la volonté de construire le front démocrate exigé par la séquence historique. Cette dérive doit impérativement cesser pour permettre un débat serein et calme entre démocrates. L’Histoire ne pardonne pas. Elle nous a peut-être tous condamnés en première instance, alors tentons à gagner le procès en appel.  Il n’y a pire que le jugement de l’histoire qui nous a appris qu’on peut vivre toute une vie en héro, mais c’est au final qu’on passe à la postérité.

Le peuple algérien est en trêve. Il attend patiemment la fin de la crise sanitaire pour revenir achever son œuvre. Comme au 22 février, il saura seul relever les défis, porter haut ses revendications. Comme au 22 février, il n’attend rien de ces élites salonnardes égarées. Jour après jour, il se construit une nouvelle élite, celle qui ne se trompe pas de combat, de cause et d’objectifs. Tentons d’en faire partie pour le bien du pays et de la nation.

Amrane Cherfi, citoyen progressiste

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