Tebboune au journal français l’opinion : « L’Algérie est incontournable pour la France et la France l’est pour l’Algérie »

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Abdelmadjid Tebboune s’adresse encore une fois aux français, moins de dix jours après l’entretien accordé à la très officielle chaine de télévision France 24. Cette fois-ci, c’est un long entretien exclusif qu’il accorde à l’Opinion pour affirmer « l’Algérie est incontournable pour la France », et vice-versa.

Le chef de l’Etat a révélé que lors de la dernière discussion téléphonique avec Macron, le travail sur la mémoire a été évoqué. « L’historien Benjamin Stora a été nommé pour accomplir ce travail mémoriel du côté français. Il est sincère et connaît l’Algérie et son histoire, de la période d’occupation jusqu’à aujourd’hui. Nous allons nommer son homologue algérien dans les 72 heures. Ces deux personnalités travailleront directement sous notre tutelle respective », dit le chef de l’Etat en émettant le souhait que les deux spécialistes « accomplissent leur travail dans la vérité, la sérénité et l’apaisement pour régler ces problèmes qui enveniment nos relations politiques, le climat des affaires et la bonne entente ».

« L’Algérie est incontournable pour la France, et la France l’est pour l’Algérie. Il faut affronter ces évènements douloureux pour repartir sur des relations profitables aux deux pays, notamment au niveau économique », estime Abdelmadjid Tebboune.

Quant à la forme que prendra l’acte d’apaisement entre les deux pays, le chef de l’Etat estime que « Les Algériens tiennent beaucoup plus à la reconnaissance de l’Etat français de ses actes qu’à une compensation matérielle. La seule compensation envisageable est celle des essais nucléaires. Les séquelles sont encore vives pour certaines populations, notamment atteintes de malformations. Et certains sites n’ont toujours pas été traités »

Sans le dire expressément, le chef de l’Etat, Abdelmadjid Tebboune, ne charge le président déchu par le Hirak d’aucune responsabilité politique ou délictuelle. Même le vocable de « bande », cher au défunt Gaïd Salah, a disparu au profit du terme « Gangs ». « L’Algérie a souffert de la maladie de l’ex-président et surtout du gaspillage des gangs qui l’entouraient », dit-il.

Pour Tebboune, l’Algérie « doit retrouver sa place et son influence naturelle. ». « Nous restons un leader tiers-mondiste, un des pays majeurs du mouvement des non-alignés. Nous souhaitons accentuer notre africanité et renforcer nos actions diplomatiques en Méditerranée, au sud du Sahara et dans le monde arabe. Une étude américaine en 1994 avait conclu qu’il y avait trois pays pivots sur le continent : l’Algérie, le Nigeria et l’Afrique du sud. Nous avons été une porte d’entrée pour la colonisation, nous avons été de tous les combats pour les indépendances, nous avons ouvert la voie – à tort ou à raison – au régime de parti unique puis au multipartisme. Nous n’avons pas de visées géopolitiques comme d’autres puissances étrangères. Nous prônons une culture pacifique, menons des médiations et cherchons à établir la paix entre belligérants », développe-t-il.

Le chef de l’Etat considère la Russie et la Chine comme les alliés naturels de l’Algérie. Quand aux USA, Tebboune pense que « Les Etats-Unis étaient hypermondialistes. Ils sont devenus isolationnistes. Le président Donald Trump a été élu pour cela. »

Concernant la Lybie, le chef de l’Etat a affirmé que « L’Algérie est prête à accueillir sur son sol des pourparlers sous l’égide des Nations-Unies ».

Parlant du voisin de l’ouest, Tebboune avance que « Nous n’avons aucun problème avec le Maroc et sommes concentrés sur le développement de notre pays. Nos frères marocains ne semblent pas être dans le même état d’esprit ».  « La construction de bases militaires à nos frontières est une forme d’escalade qui doit s’arrêter », rappelle le chef de l’Etat.

Revenant aux affaires politiques internes, le chef de l’Etat défend son projet en main. « Mon ambition est d’aboutir à une constitution consensuelle et pérenne qui encadre les pouvoirs du chef de l’Etat et ne permette plus de tripatouiller les textes afin de s’éterniser au pouvoir ou de servir les desseins des uns et des autres. L’Algérie est encore une démocratie en construction », plaide-t-il avant de souligner qu’il n’a pas opté pour un système purement parlementaire. « Celui-ci poserait des problèmes de gestion de la démocratie car cela nécessite une pratique sur des générations, voire des siècles. L’Algérie est encore une démocratie en construction. Nous sommes sur le chemin d’une démocratie responsable », argue-t-il.

Fidèle à son discours populiste, le chef de l’Etat, septuagénaire, se présente comme candidat de la société civile et de la jeunesse. « Et je suis en train de construire des institutions, si le peuple les accepte, où ces deux composantes seront majoritaires ».

Le chef de l’Etat considère cette première mandature comme une transition qui ne dit pas son nom. Il a émis l’espoir d’« obtenir une situation apaisée où les problèmes sociaux et économiques seront en partie réglés » avant la fin de son mandat.

Sur le chapitre des droits de l’homme, Tebboune affirme que « l’opposition ne doit pas se faire dans l’insulte, l’invective et l’appel au soulèvement. Seul un Etat fort et juste peut asseoir la démocratie, le contraire amène l’anarchie et le chaos ». Il nie l’existence de la répression dans le pays. « En matière de liberté d’expression, nous sommes le seul pays de la région à avoir plus de 160 quotidiens dont certains sont très caustiques. Nous les soutenons à travers la publicité et le tirage de leurs journaux par des imprimeries d’Etat. Ils ne se privent pas de porter la contradiction politique », argumente-t-il.

Sur le plan de relance économique, Tebboune veut réaliser plus de valeur ajoutée dans la chaîne automobile, l’agriculture et l’agroalimentaire, l’industrie lourde. Il dit autoriser l’importation d’usines de moins de cinq ans. Il a mis en exergue l’abrogation du 51-49 (obligation d’une majorité algérienne dans le capital des entreprises) qui pourrait, selon lui, attirer plus d’investissements étrangers.

Chose nouvelle, le chef de l’Etat n’exclut pas la possible ouverture du capital de certaines entreprises publiques.

Pour ce qui est de l’investissement français en Algérie, Abdelmadjid Tebboune relève que « Plus de 450 entreprises françaises opèrent dans le pays et se fondent même dans le paysage algérien. Elles sont appelées à jouer leur rôle dans la nouvelle Algérie. Pour rassurer les investisseurs, nous allons interdire toute réglementation d’une durée de vie de moins de dix ans car l’instabilité des réglementations a nui à l’essor des activités ».

Arezki Lounis

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