La démocratie est-elle l’apanage des riches ?

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Qu’est-ce que la démocratie ? Ce terme désignait à l’origine un régime politique dans lequel tous les citoyens participent aux décisions politiques, au moins par le vote. Plus généralement, il s’applique aujourd’hui à tout système politique dans lequel le peuple est souverain. D’autres diront simplement que c’est le gouvernement du plus grand nombre. Cependant, la démocratie reste sujette à différentes interprétations, aussi bien quant à la signification concrète de la souveraineté populaire trop souvent malmenée par les Etats que pour ses applications pratiques parfois méconnaissables. Mais cela est un autre débat.

La démocratie n’est pas ce qui est déclamé sur les frontons des institutions ou dans la dénomination officielle des États, mais ce qui se fait dans leurs pratiques politiques, particulièrement l’exercice du pouvoir. Ainsi, la monarchie anglaise n’en est pas moins une démocratie, tout comme la France qui se contente de la simple appellation de “République Française” pendant que les États Unis d’Amérique n’en font aucunement mention ! On en arrive à des pays qui, tels l’Algérie, multiplient les redondances pour affirmer à travers un lexique incantatoire leur nature démocratique comme si les seuls mots pouvaient produire des effets magiques sur le réel. “République Algérienne Démocratique et Populaire”, trois fois soumise à la volonté du peuple donc si on s’attache au sens littéral des termes ! Ce n’est pas un peu trop pour notre pauvre Algérie qui n’est née un jour de l’été 62 que pour être immédiatement de nouveau asservie, ensemble peuple et ressources naturelles ? D’ailleurs, ironiquement, tous les anciens pays de l’Est étaient désignés par l’expression “les démocraties populaires” !

La quasi-totalité des pays de la planète se réclament de la démocratie. Mais, dans les faits, seuls quelques-uns le sont réellement. Ils se regroupent dans la partie nord du globe. Très peu de pays sont démocratiques au Sud. Aucun en Afrique, continent des plus vieux dictateurs, exceptée l’Afrique du Sud qui l’a héritée des Hollandais mais que le peuple arc-en-ciel s’échine à faire disparaître tandis que l’expérience sénégalaise n’est pas encore concluante !
Malheureusement, force est de constater que les pays d’ancrage réellement démocratique sont des pays prospères dont les populations jouissent d’un certain niveau de vie et, par voie de conséquence, d’une instruction suffisante pour une participation active à la vie politique et culturelle de la cité ! Dans les autres pays, même prétendument démocratiques, la pauvreté vient recouvrir de son drap mortuaire toute velléité d’émancipation citoyenne et de participation à la vie politique offrant, du coup, aux potentats locaux l’opportunité de s’installer violemment et durablement au pouvoir. La démocratie est-elle donc une coquetterie politique de riches à laquelle les pauvres n’ont pas accès faute de prérequis culturels et économiques ? Mais parfois, ne sont-ce pas les référents culturels eux-mêmes qui empêchent l’avènement de la démocratie ? Le débat est ouvert !

Dans les pays pauvres, les besoins élémentaires nécessaires à la survie de l’individu repoussent à une vie ultérieure les demandes moins urgentes de la société. Cette dernière, souvent insuffisamment organisée pour redistribuer les minimas sociaux à ses membres, les oblige à se les procurer eux-mêmes à travers un système D proche de la loi de la jungle. Exit donc la démocratie !

En résumé et pour ne pas condamner les pays pauvres à végéter dans les autoritarismes et les dictatures, disons que l’instauration de la démocratie dans un pays insuffisamment développé nécessite l’intervention au sein de la société d’une double rupture, intellectuelle et matérielle.

Dans les pays pseudo-démocratiques, la coutume, la culture traditionnelle et, surtout, la religion font régner un esprit moyenâgeux dans la société qui hypothèque tout développement socio-économique. La rupture intellectuelle consiste à faire prévaloir la science et l’esprit scientifique sur la religion et les pesanteurs sociologiques qui doivent être reléguées au second plan et dans la sphère privée. L’avancée technologique doit être regardée comme un acquis de l’Homme, une victoire sur lui-même, et non une grâce divine ! La rupture matérielle, elle, réside en la prise de conscience de soi et la fin de la fatalité qui fait dépendre ces pays de l’Occident pour n’importe quoi, du moindre médicament à la plus simple machine en passant par toute avancée et découverte scientifiques et techniques. L’homme du Sud ne doit plus être sa propre force d’inertie.

D’aucuns objecteront que l’Inde, par exemple, sans être un pays riche au regard de son PNB par habitant, est la plus grande démocratie du monde. Cependant, il suffit de voir comment les services de sécurité indiens traitent leurs concitoyens à coup de gifles, de pieds et de bâton pour la plus minime infraction pour douter très fort que l’Inde soit une démocratie. L’habit à lui seul ne peut faire le moine !

La misère matérielle nuit gravement à la démocratie. La misère intellectuelle la tue complètement.

Quid de l’Algérie dans tout ça ?

Mohand Ouidir Boumertit

 

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